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Les Écornifleuses revisitent Titus Andronicus

Titus
Photo courtoisie Charles Fleury

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En adaptant le classique Titus Andronicus de Shakespeare, avec une inversion des sexes pour les personnages, la compagnie Les Écornifleuses a fait preuve d’audace. Une audace qui s’avère payante avec une œuvre consistante, forte, folle et incandescente.

À l’affiche jusqu’à samedi au Lantiss du pavillon Louis-Jacques Casault de l’Université Laval, Titus est une aventure théâtrale déstabilisante et totalement fascinante.

Déstabilisante en raison des comédiennes qui jouent des personnages masculins, et vice et versa. Fascinante en raison de sa forme, la mise en scène d’Édith Patenaude, le jeu de Joanie Lehoux (Titus) et de Marie-Hélène Gendreau, et l’enrobage musical créé par Mykalle Bielinski qui appuie avec justesse la dramaturgie de l’œuvre.

Le You Can’t Always Get What You Want des Stones que l’on entend avant le début de la pièce, chantée par Mykalle Bielinski et Guillaume Perreault, en direct, semble s’adresser à tous les personnages.

Écrite à la fin du 16e siècle, cette œuvre de jeunesse du dramaturge anglais raconte le conflit qui oppose Titus, un général romain, à son ennemie Tamora, reine des Goths. Un conflit où les actes de vengeance et les mises à mort se succèdent.

L’histoire, si on ne connaît pas le texte, est complexe. Et même si la comédienne Marie-Hélène Lalande présente, en introduction, les différents personnages, on finit tout de même par s’y perdre. Et tout à coup, au fil des minutes, les choses se placent et se clarifient.

Ce qui fera dire à une spectatrice, en quittant la salle, qu’elle n’a rien compris, mais qu’elle a adoré le spectacle.

Vengeances en série

Les personnages ont la mèche courte. Ça hurle, ça crie, ça parle fort, ça sacre en québécois et ça se fait des doigts d’honneur.

Tout est sujet à une vengeance et à une mutilation quelconques, que ce soit pour un bras, une langue ou une tête. On ne fait pas trop dans l’introspection.

La violence est décrite et rarement montrée, sauf lors de l’apparition d’une hache où l’acte violent sera suggéré et à une autre occasion où le sang coulera sur les planches.

L’inversion des sexes amène un moment fort déstabilisant lorsque Chiron et Démétrius, les fils de Tamara, joués par Caroline Boucher-Boudreau et Véronique Côté, violent Lavinia, fille de Titus, interprétée par Anglesh Major.

« Si j’avais pu naître dans le corps d’une femme », lance la comédienne Véronique Côté, dans une autre scène, ajoutant à l’étrangeté de ce contexte.

À travers toute cette folie, surréaliste et exagérée, la compagnie Les Écornifleuses propose une finale alternative, qui s’ajoute à celle écrite par Shakespeare. Une finale, cathartique, qui amène une belle lumière et calme toute la rage et la haine, balancée à haute intensité durant près de deux heures.

Le dépoussiérage de l’œuvre est efficace, les décalages sont parfois amusants et l’idée d’illuminer la noirceur à la fin est une idée tout à fait géniale. De la belle audace de la part des Écornifleuses.