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Survivre à la panne, en hiver

Christian Guay-Poliquin
Photo Julien Bois

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Que peut-il arriver lorsqu’une panne de courant majeure prive le Québec d’électricité pendant l’hiver ? Et pendant longtemps ? Christian Guay-Poliquin, lauréat du Prix littéraire du Gouverneur général pour Le poids de la neige, explore le devenir de deux inconnus forcés de s’entraider dans ce roman d’une rare intensité dramatique, qui traduit parfaitement les forces de l’humain et de la nature.

Dans une maison de campagne refroidie par les courants d’air, Matthias doit prendre soin d’un jeune accidenté de la route qui lui a été confié. Dehors, c’est l’hiver. Et l’hiver, sans électricité. Il a accepté ce rôle en échange de vivres et d’une place pour rentrer en ville, au printemps, pour retrouver sa conjointe malade.

Pendant que la neige s’accumule, les deux hommes apprennent à se connaître et à survivre, entre les visites des gens du village. L’hiver est rude, l’isolement leur pèse, le risque est grand. Vont-ils résister jusqu’au printemps ? Comment ?

Christian Guay-Poliquin a récolté une série de prix avec son roman, notamment le Prix littéraire du Gouverneur général et le prix Ringuet. « Si ça aide le roman à cheminer et à faire connaître son auteur, j’en suis bien content ! » commente-t-il avec simplicité, en entrevue. Il fera une tournée en France cet hiver. « Ça en fait pas mal... j’ai été assez surpris de tout ça ! »

Ralentir le temps

Auteur volubile, l’écrivain de Saint-Armand, un petit village des Cantons-de-l’Est, donne le sentiment d’avoir ralenti le temps dans son roman. « Je raconte tout le temps des histoires où il ne se passe rien... j’essaie de conserver une façon extrêmement classique, allant du point A au point B, avec des péripéties entre les deux. Mais je me plais à dire que, justement, c’est quand il ne se passe à peu près rien qu’on a l’impression que tout peut arriver à chaque moment ! »

« J’ai essayé de créer une petite tension qui est très simple et fait partie de la vie qu’on mène : parfois il ne se passe pas grand-chose, mais on est dans l’espérance, ou dans l’attente, ou dans le désir. Ce sont des choses qui font en sorte qu’on anime notre propre vie ou notre propre imaginaire. »

En écrivant Le poids de la neige, son deuxième roman, Christian souhaitait écrire un roman de bois, de forêt, tout en tissant des petits liens avec son roman précédent, Le fil des kilomètres. « Ce que je voulais raconter, c’est la rémission de mon personnage, en le faisant entrer en contact avec un personnage plus âgé, tout en jouant avec le clivage générationnel. Je parle de la complexité d’une amitié un peu forcée. L’hiver me permet de coincer les deux personnages ensemble. »

« Entrer en communication »

Le territoire compte pour beaucoup dans cette histoire : la campagne, la nature, la neige, l’hiver, l’accumulation de neige. Il ne nomme pas les lieux, ne dit pas quand ça se passe. « On sait que c’est dans un futur relativement proche... mais il y a en même temps un retour en arrière. Qu’est-ce qui tombe quand on n’a plus d’électricité ? On peut juste entrer en communication avec le monde proche de nous. En 1998, pendant le verglas, soudainement, tous les voisins se parlaient... Quand les institutions tombent, il reste la complexité et la profondeur des relations humaines, la tendresse, et des fois aussi la crainte et les ruses de chacun. »

Christian aime ce qu’il appelle « les petits passages météo » du texte quand il décrit la neige. « J’ai grandi dans le fond d’un rang... Je pourrais chaque jour écrire deux-trois pages sur le temps qu’il fait et je serais heureux ! C’est vivant, notre paysage. »

<b><i>Le Poids de la neige</i></b><br>
Christian Guay-Poliquin, Éditions La Peuplade, 312 pages
Photo Éditions La Peuplade
Le Poids de la neige
Christian Guay-Poliquin, Éditions La Peuplade, 312 pages