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Le parcours particulier de Gordie Dwyer

Derrière le banc du Dinamo de Minsk, il rêve à la LNH

Gordie Dwyer
Jonathan Bernier L’ancien joueur du Canadien Gordie Dwyer est l’entraîneur du Dinamo de Minsk.

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KAZAN | Comme c’est le cas pour les joueurs, le chemin le plus commun pour un entraîneur désireux d’atteindre la LNH consiste à gravir les échelons du hockey professionnel nord-américain. Cependant, il arrive à l’occasion que l’un d’entre eux choisisse une autre avenue.

C’est le cas de Gordie Dwyer, qui en est à sa troisième saison à la barre d’une équipe de la KHL. Après deux ans derrière le banc du défunt Medevescak de Zagreb, il a entrepris, cette saison, un nouveau défi derrière celui du Dinamo de Minsk.

Dans le cadre de la visite de sa formation à Kazan, l’ancien joueur du Canadien a accepté de raconter son expérience au représentant du Journal.

« À Zagreb, j’avais une équipe internationale avec des joueurs de 13 nationalités différentes. Puisqu’à Minsk, on a une limite de joueurs importés, je dirige pratiquement seulement des Biélorusses, a-t-il expliqué. La langue est un défi, mais ça va quand même bien. Je donne mes directives en anglais et mes adjoints s’occupent de la traduction pour ceux qui ne le parlent pas. »

Et qu’en est-il lorsque vient le temps de passer un message ?

« Ce n’est pas un problème. Mes speechs sont plus courts, mais je m’assure que le message passe quand même », a-t-il lancé dans un éclat de rire.

Espion pour l’équipe olympique

Entraîneur-chef des Islanders de Charlottetown, dans la LHJMQ, pendant quatre ans, Dwyer ne passe pas inaperçu dans la KHL. Avec le récent congédiement de Mike Keenan, chez le Red Star de Kunlun, le Drummondvillois est le seul Canadien parmi les 27 pilotes du circuit. L’Américain Bobby Carpenter, qui a pris la relève de Keenan de façon intérimaire, est le seul autre Nord-Américain du groupe.

« À 39 ans, je suis un jeune Canadien qui s’établit, qui veut faire sa place. On m’accepte et je suis respecté. Ça se passe bien », a-t-il assuré.

Ce respect, il l’obtient également à l’ouest de l’océan Atlantique. De par sa position privilégiée sur le Vieux-Continent, Dwyer se veut un dépisteur de luxe pour les dirigeants de l’équipe canadienne. En plus d’avoir eu recours à ses services l’an dernier à la coupe Spengler, Hockey-Canada fait régulièrement appel à lui pour obtenir son opinion sur des joueurs susceptibles de défendre l’unifolié lors des prochains Jeux olympiques.

« Je suis en contact étroit avec Sean Burke (directeur-général d’Équipe Canada), Dave King (entraîneur adjoint) et tout leur entourage. Puisque je peux voir tous les joueurs qui sont dans les discussions pour former l’équipe olympique, on se parle toutes les semaines. Leur travail est difficile. Ils doivent trouver les cartes cachées », a-t-il déclaré.

Le plus gros des sacrifices

Qui sait où ce travail non officiel de dépisteur pourra le mener ? Si le Canada rafle un troisième titre olympique consécutif, on reconnaîtra peut-être sa contribution. Le monde du hockey étant petit, cette association par la bande lui ouvrira peut-être les portes du circuit Bettman.

« Je prends ce métier très au sérieux. Mon but ultime, c’est de faire partie d’une organisation de la LNH. C’était mon but en tant que joueur et ça l’est maintenant en temps qu’entraîneur », a soutenu Dwyer, dont la carrière s’est limitée à 108 rencontres, principalement avec le Lightning de Tampa Bay.

Sa volonté de réussir est telle que chaque automne, depuis trois ans, il laisse sa femme et ses trois enfants (Jack 12 ans, Ryan 10 ans et Shaw 7 ans) à Charlottetown là où la famille est établie depuis sa retraite du hockey.

« Il y a toujours des sacrifices à faire pour avancer dans notre métier. Ces dernières années, j’en ai fait pour avancer dans le mien. Ça, c’est le bout le plus difficile », a-t-il reconnu.

Au moins, au moment de son passage à Kazan, le Dinamo s’apprêtait à achever un court voyage de trois rencontres sur les patinoires adverses. Un périple au terme duquel sa famille doit aller le rejoindre dans la capitale de la Biélorussie pour y passer le temps de Fêtes.

L’occasion d’une vie

Les joueurs canadiens de la KHL vivent l’espoir olympique

L’une de ses ouailles est l’ex-défenseur québécois de la LNH Marc-André Gragnani.
Photo Jonathan Bernier
L’une de ses ouailles est l’ex-défenseur québécois de la LNH Marc-André Gragnani.

Parmi les joueurs sur lesquels Gordie Dwyer garde un œil, on retrouve Marc-André Gragnani et Justin Azevedo. Le premier joue sous ses ordres à Minsk, alors que le second est l’un des attaquants vedettes du AK Bars.

À moins d’un revirement de situation inattendue, Gragnani passera le mois de février à Pyeongchang. Avec ses 24points, dont 21 passes, en 37 rencontres, le Montréalais est le défenseur canadien le plus prolifique de la KHL.

Si participer aux Jeux olympiques constitue maintenant l’objectif principal de sa saison, Gragnani raconte que ce n’est pas la première pensée qui a traversé son esprit lorsque Gary Bettman a annoncé que les joueurs de la LNH ne participeraient pas à cette olympiade.

« Tout le monde veut voir les meilleurs joueurs aux Olympiques, car c’est le niveau de hockey le plus élevé qui existe. Même moi, j’étais déçu en apprenant la nouvelle », a-t-il admis à l’auteur de ces lignes.

« C’est un peu plus tard que j’ai réalisé que ce serait probablement la seule occasion dans ma vie que j’aurais de participer aux Olympiques, a-t-il poursuivi. C’est certain que si les gars de la LNH étaient là, je ne serais pas dans la conversation. »

Une motivation supplémentaire

Si ça semble être dans la poche pour Gragnani, c’est un peu moins évident pour Azevedo, qui soigne une blessure à une jambe depuis plusieurs semaines.

« Je m’approche d’un retour. Je peux marcher normalement et j’ai participé à trois entraînements cette semaine (en compagnie de ses coéquipiers, mais en survêtement). »

Évidemment, l’idée de participer aux Jeux olympiques se veut une motivation supplémentaire dans le processus de guérison de l’Ontarien, meilleur pointeur du AK Bars lors de ses trois premières saisons à Kazan.

« C’est une occasion à laquelle plusieurs joueurs ici n’auraient jamais osé rêver. Avant qu’elle ne rende ses décisions, je veux démontrer à l’équipe canadienne ce que je peux lui apporter. »

L’envie de représenter le Canada est d’autant plus grande qu’Azevedo n’a porté la feuille d’érable qu’à une seule occasion : lors du Championnat mondial des moins de 18 ans.

Jamais il n’a pris part au Championnat mondial de hockey junior. Pourtant, l’ancien porte-couleurs des Rangers de Kitchener avait totalement dominé la Ligue junior de l’Ontario et la Ligue canadienne de hockey au cours de la saison 2007-2008.

Ses 124 points (43 buts, 81 passes) lui avaient valu le titre de joueur de l’année dans le circuit junior canadien, devant des adversaires comme Steven Stamkos et John Tavares.