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Pour Barrette, privatiser n’est pas privatiser

Periode des questions
Photo Simon Clark

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Récemment, le ministre de la Santé du Québec Gaétan Barrette a été l’invité d’honneur de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et a prononcé une conférence devant un cocktail composé de gens d’affaires et de représentants de l’aimable industrie pharmaceutique, celle qui a des prix prohibitifs et qui fait affaire intensément dans les pays pauvres du «cheap labor». La rencontre entre amis a eu lieu dans un chic hôtel montréalais au mois de novembre 2017. Jamais les libéraux s’abaissent à aller parler aux travailleurs ordinaires, aux écologistes, aux assistés sociaux, aux étudiants, à la plèbe quoi. Pas payant pour eux. Ils croient fermement qu’ils peuvent continuellement les endormir seulement par leurs belles paroles creuses, leurs clichés et slogans concoctés par des firmes en relations publiques.

Les ordres du ministre Barrette

«Le ministre Barrette veut éliminer la culture qui oppose public et privé» (La Presse, 21 novembre 2017). En gros, privatiser n’est pas privatiser. Le Québec est la province qui a le plus de santé privée et d’écoles privatisées, mais grassement subventionnées : «Les écoles privées à 75% par l’État, révèle un comité (du PLQ)» (La Presse, 12 juin 2014). Bon, il est grand temps de faire correctement votre éducation, car vous êtes «idéologiquement» braqués et bouchés. Il ne faut plus dire privatisation de nos services publics et de nos instruments collectifs. Il faut plutôt parler de partenariat, d’interface, d’association, de coopération, etc.

Par exemple, on privatise les autoroutes et une partie d’Hydro-Québec par le biais d’éoliennes et de petits barrages, que faut-il dorénavant dire dans ces cas? Bravo, vous avez bien compris. Selon l’évangile politique du PLQ faut appeler ça un partenariat qui va stimuler l’économie, favoriser la croissance et créer de la richesse, ce que ne fait pas, toujours selon les mandarins libéraux, les investissements gouvernementaux effectués dans les écoles, les garderies et la santé publique. Seul le privé «associatif», c’est-à-dire accroché aux tétines de l’État, peut créer des jobs et s’enrichir en plus de nous enrichir.

Barrette plaît beaucoup aux pharmaceutiques

Lors de sa rencontre fraternelle avec la Chambre de commerce et les sbires de l’industrie pharmaceutique, Gaétan Barrette, ne faisant aucun cas de nombreuses pénuries de médicaments et des prix exorbitants de leurs pilules, a décidé de leur en donner encore plus aux frais de la population. À l’avenir, les compagnies pharmaceutiques pourront aller dans nos hôpitaux publics et recueillir plein d’informations sur les patients et leurs maladies afin de tester leurs produits, etc. Les hôpitaux deviendront un bar ouvert et un buffet à volonté pour les multinationales pharmaceutiques, un terrain d’expérimentation gratuit avec plein de cobayes. Et tout ça, c’est gratos. Allez, vous n’avez qu’à vous servir dans les biens et services de la population.

Sciences de la vie et non pharmaceutiques

Oh pardon, je m’excuse, afin de mieux vous vendre sa patente, le ministre Barrette ne prononce pas le terme industrie pharmaceutique, mais bien celui de secteur des «sciences de la vie». Je vous l’ai dit, pour Barrette, le contenant importe plus que le contenu, ce qui lui fait dire n’importe quoi. Sciences de la vie, ça sonne mieux à nos oreilles que compagnies pharmaceutiques, n’est-ce pas?

Interface et non pas privatisation

Barrette a servi un avertissement, un autre, aux journalistes présents à son happening avec les bonzes des «sciences de la vie» : «Ce n’est pas une question de privatisation. N’allez pas écrire que j’ai parlé de privatiser le système de santé. J’ai dit interface. Et que vous le vouliez ou non (donc on n’a pas le choix, faut s’y soumettre), cette interface-là n’est pas juste un incontournable, elle est en quelque part vitale». C’est également lui qui, niant les faits, comme Donald Trump, a dit à propos de la fusion véritable du CHUM avec l’hôpital Sainte-Justine que : «Regrouper n’est pas fusionner» (Le Devoir, 13 octobre 2017). Comme le poète disait : «Trop, c’est trop.»

Le boss de la Chambre de commerce jubile

Michel Leblanc, le président de la Chambre de commerce, était dans tous ses états et n’a pu s’empêcher d’acclamer chaleureusement Gaétan Barrette : «Le docteur Barrette a dit des choses qu’on n’a pas assez entendues de la part d’anciens ministres de la Santé». Comme toujours, le patronat et le PLQ filent le parfait bonheur, une sorte de symbiose transcendantale.

Plus besoin d’aller tester en Afrique et en Asie

Le grand manitou de la Chambre de commerce a aussi dit, qu’enfin, nos compagnies pharmaceutiques n’auront plus besoin d’aller tester leurs médicaments et leurs appareils aux «États-Unis ou d’autres pays». Quels sont ces autres pays? Peut-être des pays pauvres en Asie et en Afrique où les pharmaceutiques peuvent tester leurs pilules et leurs traitements chez des cobayes humains payés vraiment pas cher? Des pays pauvres ou des gens vendent leurs propres organes (reins, poumons, etc.) à des étrangers pour survivre? Bravo, maintenant elles vont pouvoir expérimenter leurs patentes ici même au Québec avec la bénédiction enthousiaste du PLQ et de son grandiose ministre de la Santé. Là, on parle des «vraies affaires».

Le Québec est le goulag pour les pharmaceutiques

Et lors de cette réunion entre camarades, Gaétan Barrette a dit avoir «entendu» des histoires désolantes d’entreprises québécoises qui ont dû se tourner vers les États-Unis pour faire tester leurs produits, car elles s’étaient butées à des portes fermées dans les établissements de santé québécois. Vraiment, et selon moi, cet homme-là est un danger public.

Monsieur Barrette, pourriez-vous préciser avec des noms vos «quand-dira-t-on» d’histoires désolantes? Quelles entreprises pharmaceutiques furent brimées dans leur droit de tester gratuitement leurs produits sur des sujets québécois? Et où sont-elles allées précisément aux États-Unis qui, généralement, a des mesures plus sévères qu’ici? De quels types de produits s’agissaient-ils? Ont-elles été en Europe? Ben effrayant, un ministre qui essaie de nous convaincre du bien de ce bradage de biens collectifs au profit d’affairistes avec de vulgaires cancans et d’insignifiants ragots. Ça ne fait vraiment pas sérieux.