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Des étudiantes se font demander de ne pas tomber enceintes durant leurs études supérieures

Des femmes se font dire de ne pas tomber enceintes

Ève Langelier, titulaire de la Chaire pour les femmes en sciences et en génie au Québec et professeure en génie mécanique à l’Université de Sherbrooke.
Photo courtoisie Ève Langelier, titulaire de la Chaire pour les femmes en sciences et en génie au Québec et professeure en génie mécanique à l’Université de Sherbrooke.

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Une chercheuse québécoise reconnue dénonce que des directeurs de recherche demandent à des étudiantes de ne pas tomber enceintes durant leurs études supérieures.

Ève Langelier affirme que certaines étudiantes doivent signer, lors de leur inscription à la maîtrise ou au doctorat, une entente stipulant qu’elles ne tomberont pas enceintes pendant qu’elles participent à un projet de recherche.

« C’est comme demander à une femme, pendant une entrevue d’embauche, si elle veut des enfants. C’est totalement discriminatoire », souligne la titulaire de la Chaire pour les femmes en sciences et en génie au Québec.

Mme Langelier a publié une lettre ouverte sur Facebook mardi pour critiquer cette pratique. Les hommes seraient aussi visés par cette dernière, puisqu’on exigerait qu’ils ne partent pas en congé de paternité durant leurs études.

Selon la titulaire, ces demandes pourraient s’expliquer par le fait que les professeurs subissent beaucoup de pression pour compléter leurs recherches rapidement. Lorsque des étudiants participent à leurs travaux, ils ne veulent donc pas qu’ils s’absentent trop longtemps.

Elle craint toutefois que ce genre de demande décourage les femmes souhaitant devenir mères de se lancer dans des études supérieures.

« Quand tu veux faire une carrière académique en sciences, ce n’est pas facile de trouver le bon moment pour avoir des enfants, dit-elle. Quand tu finis ton doctorat, tu as 29 ou 30 ans et tu veux avoir un emploi, alors ce n’est pas encore le temps. »

À Sherbrooke

Comme Ève Langelier est professeure en génie mécanique à l’Université de Sherbrooke (UdeS), tous les cas qui lui ont été rapportés se sont produits dans cet établissement.

« Mais c’est quelque chose qui n’est pas cautionné par l’UdeS, assure-t-elle. Ce sont des pratiques individuelles.

« Et si ça arrive ici, ça ne me surprendrait pas du tout que ça arrive ailleurs aussi », ajoute-t-elle.

Le vice-recteur à la recherche et aux études supérieures de l’UdeS, Jean-Pierre Perreault, confirme que l’Université « n’encourage aucunement de telles pratiques, qui sont d’ailleurs contraires à la Charte des droits et libertés ».

« L’UdeS s’engage à prendre les moyens raisonnables pour prévenir la discrimination et l’inégalité, les faire cesser et les sanctionner », a-t-il indiqué par courriel.