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La Ville de Montréal redoute un gâchis environnemental

La municipalité exige qu’un promoteur retire des sols suspects de son terrain

Terrain illégalement remblayé RdP
Photo Agence QMI, Elizabeth Laplante Le ministère de l’Environnement a trouvé de la terre contaminée au cuivre sur le vaste terrain des promoteurs Samuel Hornstein et Rhéal Dallaire, situé dans le quartier Rivière-des-Prairies, à Montréal.

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Québec et Montréal prennent les grands moyens contre un promoteur au lourd passé criminel qui a accumulé des dizaines de tonnes de sols suspects sur un vaste terrain de Rivière-des-Prairies.

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a trouvé de la terre contaminée au cuivre sur le site que Rhéal Dallaire prévoit transformer en quartier résidentiel.

Ce promoteur travaille depuis 2011 avec Les Constructions fédérales inc., qui détient le terrain de Rivière-des-Prairies. Cette compagnie lui a confié l’aménagement du terrain malgré ses nombreuses condamnations pour fraudes et faillites douteuses dans les années 1990 et 2000.

Depuis, Dallaire a laissé des dizaines de camions venir déverser leur contenu sur le site, déboisé sans permis en 2015. Sur le vaste lot, situé à l’angle du boulevard Gouin et de la rue Trefflé-Berthiaume, à quelques pas de la rivière des Prairies, le sol naturel est recouvert par près de deux mètres de terre issue de chantiers de construction.

« Il faut que ça cesse »

« Nous ne sommes pas certains de la provenance de cette terre, dit la mairesse de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Chantal Rouleau. Il entrepose des matières de construction, des débris, et nuit à la qualité de l’environnement. Il faut que ça cesse. »

Fin octobre, la Ville de Montréal a d’ailleurs mis en demeure le propriétaire et le promoteur de retirer la terre du site et de le remettre dans son état d’origine.

Chantal Rouleau<br>
Mairesse
Photo Zacharie Goudreault
Chantal Rouleau
Mairesse

La municipalité leur reproche aussi de ne pas avoir aménagé la barrière anti-sédiments qu’ils devaient installer pour protéger la forêt voisine, une zone protégée.

Depuis, peu de choses ont changé sur le site, mais la mairesse ne compte pas en rester là. Elle entend donner à la Ville de Montréal le mandat de demander une injonction pour forcer Les Constructions fédérales et Dallaire à remettre le site en son état d’origine.

De son côté, le promoteur assure que Québec et l’arrondissement n’ont aucune raison de s’affoler.

« La mise en demeure de la Ville, c’est farfelu, dit Dallaire, contacté par notre Bureau d’enquête. Il n’y a pas de sols contaminés ; je crois que c’est de l’acharnement. »

Sols conformes ?

L’avocat du promoteur assure qu’il a fait caractériser le site par la firme ABS.

« On a un rapport intérimaire démontrant que tous les sols sont conformes », assure Me Sebastian Pyzik, contredisant ainsi des mesures de Québec. Notre Bureau d’enquête lui a demandé une copie de l’étude, mais l’avocat ne nous l’a pas fait parvenir.

Le président des Constructions fédérales, Sam Hornstein, n’a pas voulu accorder d’entrevue.

Lourd passé et fréquentations mafieuses

Rhéal Dallaire a pris en main le développement du Faubourg Pointe-aux-Prairies pour Les Constructions fédérales inc., de la famille Hornstein.
PHOTO COURTOISIE
Rhéal Dallaire a pris en main le développement du Faubourg Pointe-aux-Prairies pour Les Constructions fédérales inc., de la famille Hornstein.

Rhéal Dallaire est loin d’en être à ses premières frasques, même s’il est peu connu du grand public. Après une première condamnation pour trafic de drogue et escroquerie en 1992, il a multiplié les peines de prison pour fraude, extorsion, vol et voies de fait, notamment.

Il a aussi fait faillite en 1995, puis ce fut le tour d’une de ses entreprises, en 2008, après un conflit avec d’anciens associés qui se considéraient floués. Il a ensuite collaboré avec des individus liés à la mafia italienne ayant fait parler d’eux à la commission Charbonneau.

En contact avec des caïds

Par exemple, Dallaire a reconnu dans des documents de cour avoir eu des discussions avec Raynald Desjardins, alors que le caïd tentait avec son associé Domenico Arcuri de mettre la main sur la fameuse entreprise de décontamination Carboneutre.

Depuis 2011, Dallaire et sa conjointe étaient déjà les plus importants créanciers de cette entreprise.

Desjardins est aujourd’hui en prison pour le meurtre de son rival Salvatore Montagna.

Encore aujourd’hui, Dallaire, 54 ans, reconnaît recevoir chaque mois des fonds liés au terrain de Carboneutre, à Montréal-Est.

L’homme d’affaires était aussi régulièrement en contact avec un lieutenant de l’ancien parrain Vito Rizzuto, Tonino Callochia, assassiné en décembre 2014, selon l’interrogatoire assermenté d’une consultante de Carboneutre, Marlène Girard.

Cette dernière a livré ce témoignage dans le cadre d’une poursuite qu’elle a intentée contre Dallaire. Elle lui reproche d’avoir comploté avec Callochia pour extorquer l’entreprise.