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Des syndiqués de l’État se privent eux-mêmes de voyage

Leurs moyens de pression ont fait économiser 2,3 M$ aux contribuables

Commission Charbonneau
Photo Jocelyn Malette Richard Perron
Président syndical

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Sept fonctionnaires seront privés de participer à la mission en Chine du premier ministre Philippe Couillard à cause des moyens de pression de leur propre syndicat.

C’est la grève des heures supplémentaires des professionnels de l’État qui les empêchera de participer au voyage prévu du 20 au 28 janvier prochain, a appris notre Bureau d’enquête.

Le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), qui représente ces sept employés, a demandé au gouvernement de les exclure en raison de cette grève.

Le syndicat soutient que la journée normale de travail pour ses membres est de sept heures, pour une semaine de 35 heures, et que les services essentiels ne peuvent être invoqués.

« Nos conseillers ne peuvent pas voyager sans faire de temps supplémentaire parce que ça prend plus de 10 heures pour aller en Chine. Ils ne peuvent pas respecter l’horaire. [...] On ne voit pas en quoi la santé ou la sécurité du public peut être affectée. Qu’ils s’arrangent », lance le président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec, Richard Perron.

L’absence de ces fonctionnaires, des professionnels en contenu spécialistes de la Chine, n’aura pas pour effet de compromettre la mission, assure-t-on du côté du cabinet de la ministre de l’Économie, Dominique Anglade.

Lors du dernier voyage de Philippe Couillard en Israël, les fonctionnaires qui l’accompagnaient ont mis trois jours pour s’y rendre et trois jours pour en revenir en guise de moyen de pression, selon leur président syndical.
Photo Marc-Andre Gagnon
Lors du dernier voyage de Philippe Couillard en Israël, les fonctionnaires qui l’accompagnaient ont mis trois jours pour s’y rendre et trois jours pour en revenir en guise de moyen de pression, selon leur président syndical.

Fuseaux horaires

Les 17 000 professionnels du gouvernement qui sont sans contrat de travail depuis le 31 mars 2015 ont déclenché le 16 février dernier une grève de soirs et fins de semaine.

Ce moyen de pression oblige tous les ministères à soumettre au SPGQ des demandes de dérogation pour autoriser des heures supplémentaires.

En cas de refus, les syndiqués sont cloués au Québec et ne peuvent participer aux missions à l’étranger. Sinon le gouvernement doit trouver des accommodements pour éviter les heures supplémentaires.

Cette grève affecte particulièrement le ministère des Relations internationales, qui chapeaute les délégations du Québec à l’étranger. La réalité des fuseaux horaires cause des maux de tête à la ministre Christine St-Pierre.

« Quand il est 18 h à Paris, il est midi au Québec. Donc, à compter de midi heure du Québec, il n’y a plus moyen de joindre un de nos professionnels basés à Paris », se désole la ministre.

Les professionnels du gouvernement réclament de meilleures conditions salariales, car ils estiment qu’il y a un écart de 23 % entre leur rémunération et celle des autres professionnels du secteur public.

Trois jours pour aller en Israël

Les syndiqués qui ont accompagné Philippe Couillard en Israël et en Palestine en mai ont pris trois jours pour s’y rendre et trois jours pour en revenir à cause de leurs moyens de pression.

Ils ont dû multiplier les escales et les nuits à l’hôtel pour éviter de travailler plus de sept heures par jour.

« Ça leur a pris trois jours à l’aller et trois jours au retour. Départ pour Toronto une journée. Coucher à Toronto. Le lendemain départ pour Londres. Coucher une nuit et départ pour Tel-Aviv le lendemain. Le contraire au retour », relate laconiquement Richard Perron.

Des économies

La grève des heures supplémentaires des professionnels du gouvernement a toutefois un bon côté : des économies de 2,3 M$ cette année au trésor public.

Depuis le déclenchement de cette grève, le 16 février, les professionnels ont refusé d’effectuer plus de 47 000 heures supplémentaires comparativement à l’an dernier.

Ces données ont été obtenues par notre Bureau d’enquête dans le cadre d’une demande d’accès à l’information au Secrétariat du Conseil du trésor.

Entre le 16 février et le 16 novembre de la présente année, Québec a versé 4 112 450 $ pour près de 92 000 heures supplémentaires à taux simple ou taux et demi.

Pour la même période l’an dernier, le gouvernement avait payé 6 412 636 $ pour plus de 139 000 heures supplémentaires.

« Nous, les cinq premières heures supplémentaires sont à taux simple. Plus de cinq heures, on est à temps et demi », explique le président du SPGQ, Richard Perron.

« Les ingénieurs, les juristes, les membres du Syndicat de la fonction publique (SFPQ), dès qu’ils font une heure de temps supplémentaire, elle est payée à temps et demi. Nous voulons la parité », revendique M. Perron.

Des Heures supplémentaires à la baisse chez les fonctionnaires

16 février au 16 novembre 2017

  • 91 994 heures
  • Coût : 4 112 450 $

16 février au 16 novembre 2016

  • 139 161 heures
  • Coût : 6 412 636 $

3 jours dans chaque sens