/news/education
Navigation

Des ados vont apprendre à l’école comment agir avec les policiers

Fusillade à Montréal-Nord
Photo d'archives Cette photo montre l’intervention policière qui s’est terminée par le décès de Fredy Villanueva à Montréal en 2008.

Coup d'oeil sur cet article

Des élèves du secondaire seront sensibilisés en classe sur la façon d’agir en présence de policiers, une initiative du ministère de l’Éducation qui fait suite à la mort controversée de Fredy Villanueva.

Un comité piloté par le ministère de l’Éducation prépare un « outil de sensibilisation » qui sera utilisé dans les écoles pour que les jeunes apprennent quels comportements adopter en présence de policiers, a appris Le Journal.

L’outil comprendra notamment une capsule vidéo et un guide d’accompagnement.

Fredy Villanueva
Photo courtoisie
Fredy Villanueva

Le 9 août 2008, Fredy Villanueva, 18 ans, se trouve au parc Henri-Bourassa en compagnie de son frère Dany et d’un groupe de jeunes qui jouaient aux dés. Interpellé par deux policiers, Dany se débat quand ils tentent de l’arrêter.

Fredy s’avance vers un des policiers et se penche pour l’agripper afin de l’éloigner de son frère. Le policier fait feu, atteignant mortellement Fredy, qui n’est pas armé.

Dans son rapport paru en 2013, le coroner critique à la fois le travail du policier qui a tiré et l’attitude de Dany Villanueva, qui avait des antécédents judiciaires de violence.

Le coroner recommande au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de mieux former les policiers et au ministère de l’Éducation d’enseigner aux élèves du secondaire comment se comporter en cas d’interpellation policière.

Bonne initiative, mais...

Contacté par Le Journal, le Ministère n’a pas voulu préciser qui animera ces ateliers ni s’ils s’adresseront à tous les élèves du secondaire.

Tous les intervenants contactés par Le Journal trouvent que ces ateliers sont une bonne idée. Plusieurs critiquent toutefois le fait que des corps policiers siègent au comité qui a conçu l’outil, mais pas les organismes qui travaillent avec les jeunes vivant de la discrimination raciale.

« On ne peut pas faire porter toute la responsabilité [des dérapages] à des enfants », réagit Sophie Laquerre, du Centre des jeunes L’Escale.

Selon Ghayda Hassan, professeure à l’UQAM, il n’y a pas encore d’étude qui montre si sensibiliser les jeunes fonctionne ou ne fonctionne pas.

« Par contre, on sait que d’augmenter la compétence culturelle des policiers a des effets bénéfiques. »

Les policiers du poste de quartier 39 à Montréal-Nord ont notamment reçu des formations de ce type depuis 2009.

« Depuis trois ans, il y a de bons efforts faits par la police », note Mme Hassan.

Malgré cela, le nombre de plaintes pour profilage racial n’a que peu baissé depuis que le SPVM a établi un plan stratégique en ce sens, selon un rapport paru en novembre.

« Humains »

Reste que des ateliers qui s’adressent à des jeunes ou des nouveaux arrivants de pays où les citoyens craignent la police existent déjà. « On voit que ça porte ses fruits », dit Miguël Alston, chef du poste de quartier 39. Souvent, les gens croient à tort que l’agent n’a pas le droit de leur demander de s’identifier, ce qui rend l’arrestation conflictuelle, explique-t-il.

« Côtoyer des policiers leur fait réaliser que ce sont des êtres humains. Qu’ils ne sont pas leurs ennemis », abonde Ousseynou Ndiaye, de l’organisme Un itinéraire pour tous.

– Avec la collaboration d’Annabelle Blais