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Mathieu Turcotte: le patineur qui fabrique des patins

Mathieu Turcotte a de quoi être fier de sa compagnie, Apex Racing Skates, qui fournit des patins de vitesse à de nombreux athlètes canadiens et internationaux depuis 2001.
Photo Pierre-Paul Poulin Mathieu Turcotte a de quoi être fier de sa compagnie, Apex Racing Skates, qui fournit des patins de vitesse à de nombreux athlètes canadiens et internationaux depuis 2001.

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Le Sherbrookois Mathieu Turcotte a accroché ses patins en 2008. Maintenant, il consacre son temps à les fabriquer ! Les activités de son entreprise, Apex Racing Skates, fondée en 2001, vont bon train en cette année olympique.

Ce triple médaillé des Jeux en patinage de vitesse sur courte piste fournit les patins à plusieurs clients sur la scène internationale, dont les Canadiens Alex Boisvert-Lacroix, Vincent De Haître, Alexandre St-Jean, Ivanie Blondin et Olivier Jean, spécialistes des épreuves sur longue piste, ainsi que Kim Boutin et Valérie Maltais, qui excellent sur courte piste.

Mathieu Turcotte a décroché trois médailles olympiques, dont celle de bronze dans l’épreuve de 1000 mètres lors des Jeux de 2002 à Salt Lake City.
Photo d'archives, AFP
Mathieu Turcotte a décroché trois médailles olympiques, dont celle de bronze dans l’épreuve de 1000 mètres lors des Jeux de 2002 à Salt Lake City.

Ce sont tous des athlètes qui ont de bonnes chances de monter sur le podium aux Jeux olympiques de Pyeongchang. À ce groupe, on doit ajouter les clients provenant de l’extérieur du Canada, qui représentent la moitié du chiffre d’affaires d’Apex Racing Skates.

Un travail d’artisan

La petite entreprise montréalaise créée par Mathieu Turcotte a pris de l’expansion au fil des ans. Les bottines sur mesure, qui requièrent entre 25 à 30 heures de travail pour chaque paire, sont des modèles de plus en plus populaires.

La compagnie en vend environ 400 paires par année, à des prix variant de 1800 $ à 1900 $. C’est un véritable travail d’artisan qu’effectuent les cinq employés de la firme Apex. Il faut voir l’attention qu’ils consacrent à la fabrication des bottines pour réaliser qu’aucun détail n’est négligé.

L’objectif de Turcotte est de fournir des patins à une clientèle plus vaste dès cette année, plutôt que de se limiter aux ventes réservées aux athlètes d’élite.

« C’est mon gagne-pain et il devient impératif d’élargir la gamme de produits et de l’exporter dans le plus grand nombre de pays possible, explique-t-il. J’aimerais dénicher un représentant des ventes dans un pays comme la Hollande, où le patinage de vitesse est le sport numéro 1. Je sais fort bien que je serais un petit joueur parmi les gros dans ce marché, mais je crois que ça vaudrait la peine de tenter ma chance. »

Peux-tu nous rappeler comment a commencé cette aventure dans le monde de l’entrepreneuriat ?

« J’ai étudié au cégep Montmorency, à Laval afin de devenir technicien en orthèse et prothèse. J’ai toujours eu de l’intérêt pour la fabrication de patins. Sylvain Perreault avait conçu mes premiers patins à l’époque. J’ai appris de lui et de Laurent Daignault et j’ai décidé de fabriquer mes propres patins au début des années 2000 et de fonder la compagnie Apex, même si ma carrière était en cours. Marc Gagnon fut l’un de mes premiers clients, en 2002, lorsqu’il s’est couvert de gloire aux Jeux olympiques de Salt Lake City. Quatre des six patineurs de vitesse de l’équipe canadienne à ces Jeux en 2002 utilisaient d’ailleurs mes patins, dont François-Louis Tremblay. Les bons résultats des Canadiens à Salt Lake City ont servi de tremplin à la compagnie. La publicité de bouche à oreille est souvent la meilleure. Aujourd’hui, on a de bonnes ambassadrices en Kim Boutin et Valérie Maltais, entre autres. »

Comment as-tu développé ton côté gestionnaire ?

« Les valeurs acquises durant ma carrière de patineur m’ont aidé à percer dans le monde des affaires. Je réalise pleinement l’importance d’offrir un produit de grande qualité et de développer une étroite relation avec les athlètes qui choisissent les patins Apex. L’objectif est non seulement de bien les servir, mais aussi de leur fournir un outil qui peut faire la différence lors des grandes compétitions, comme les Jeux olympiques. »

La compétition doit être forte dans cette industrie. Que faut-il faire pour se démarquer ?

« Il y a cinq grandes compagnies qui fabriquent des patins de vitesse. Pour établir ma réputation, je dois offrir aux athlètes un service à la clientèle hors pair et leur livrer les bottines en respectant les délais dans la fabrication. Chaque athlète a des besoins particuliers pour ses pieds. Il faut que la bottine soit parfaitement moulée afin qu’elle soit confortable lorsque le patineur file à 60 kilomètres à l’heure sur ses lames. Il faut avoir le souci du détail afin de pouvoir dénicher la petite coche qui peut aider l’athlète à réaliser pleinement ses objectifs. Mon but est de leur procurer une tranquillité d’esprit lorsqu’ils amorcent une compétition. J’aime travailler avec des athlètes en quête de nouveautés, car cela me force à chercher à améliorer constamment nos produits. »

Aimerais-tu commercialiser tes patins sur une plus grande échelle, notamment en rejoignant des gens qui aimeraient pratiquer le patinage de vitesse pour le simple plaisir ?

« C’est dans mes projets. Il y aurait moyen de fabriquer des patins moins dispendieux, de très bonne qualité, afin de combler une telle demande. On pourrait offrir de tels patins dans des boutiques spécialisées. J’aimerais si possible qu’un tel projet se concrétise dans les prochains mois. »

De quoi es-tu le plus fier lorsqu’il est question de ta carrière comme patineur de vitesse ?

Mathieu Turcotte a connu une belle carrière sur la scène internationale du patinage de vitesse sur courte piste.
Photo d'archives
Mathieu Turcotte a connu une belle carrière sur la scène internationale du patinage de vitesse sur courte piste.

« Je conserve de très beaux souvenirs des nombreuses médailles qu’on a su remporter en équipe, dont cette victoire au relais aux Jeux olympiques de Salt Lake City. J’ai compris ce jour-là ce qu’était la force du travail d’équipe. Il y avait une belle synergie et je me suis fait de bons amis durant mes années passées au sein de l’équipe nationale. »

Peux-tu nous parler de la médaille de bronze que tu as obtenue dans l’épreuve de 1000 mètres aux Jeux de Salt Lake City ?

« Personne n’a oublié cette course. J’étais parmi les quatre patineurs à avoir été impliqués dans une chute dans le dernier virage, ce qui a permis à l’Australien Steven Bradbury de décrocher l’or, contre toute attente. J’ai juste eu le temps de me relever pour atteindre la ligne d’arrivée au troisième rang. J’aurais aimé que cette course prenne fin autrement, mais ça n’enlève rien au fait que j’ai dû travailler fort pour obtenir cette médaille olympique individuelle. »

Est-ce que le passage à la retraite en 2008 a été difficile ?

« À l’instar de plusieurs athlètes, j’ai traversé une période creuse. La compagnie n’allait pas très bien et j’ai pris la décision de racheter les actions de mon partenaire. Je me suis donné une période de six mois à un an pour effectuer un virage positif pour la compagnie. Le fait d’avoir toujours été discipliné m’a aidé. Du stress, j’en ai vécu au début ainsi qu’en 2008, lorsqu’il a fallu redresser la compagnie. Je retire un sentiment de satisfaction de faire ce que j’aime dans la vie. La compagnie connaît une belle croissance et je trouve cela inspirant d’être encore actif dans le sport. »

Qui ont été tes modèles lorsque tu as commencé à pratiquer le patinage de vitesse ?

Il a été champion de la Coupe du monde sur 500 mètres en 2005.
Photo d'archives, Olivier Jean
Il a été champion de la Coupe du monde sur 500 mètres en 2005.

« Gaétan Boucher est l’athlète qui m’a le plus marqué. Je n’avais que sept ans lorsqu’il a fait sensation aux Jeux olympiques de 1984 à Sarajevo. Gaétan est alors devenu un héros national. À l’école, on voulait tous se mettre à patiner comme lui. Mon autre idole était le Norvégien Johann Olav Koss. Marc Gagnon et Frédéric Blackburn ont eux aussi été des modèles à suivre pour moi. J’étais très fier de pouvoir m’exercer en leur compagnie à mon arrivée à Montréal. Je voulais leur démontrer que je méritais ma place dans l’équipe nationale. »

Comment vivras-tu les Jeux de Pyeongchang en sachant que plusieurs patineurs chaussent tes patins ?

« On regarde les Jeux ici même, à l’usine, devant la télé. J’ai vécu des sensations fortes aux Jeux olympiques de 2002 et de 2006 en montant trois fois sur le podium, et un athlète qui a vécu la frénésie des Jeux reste “accro” pour le reste de sa vie lorsqu’il regarde les compétitions. »


► Mathieu Turcotte est né le 8 février 1977 à Sherbrooke. Il réside à Montréal. Sa conjointe Véronique et lui sont les parents de trois garçons, Benjamin (8 ans), Victor (5 ans) et Charles (3 ans)

► Emplois : cofondateur et président d’Apex Racing Skates, une entreprise qui fabrique des bottines pour des patins de vitesse ; il est aussi technicien en orthèse et prothèse.

► Carrière : il a été membre de l’équipe canadienne de patinage de vitesse de 1998 à 2008, récoltant trois médailles aux Jeux olympiques de 2002 et de 2006, soit deux dans des épreuves de relais et une au 1000 mètres aux Jeux de Salt Lake City. Il a été champion de la Coupe du monde dans l’épreuve de 500 mètres en 2005 et il a savouré la conquête de plusieurs titres mondiaux en équipe.