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À l’assaut de la «Montagne sauvage»

Quatre alpinistes formeront une expédition québécoise au K2 l’été prochain

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Nathalie Fortin, Benoît Lamoureux, Serge Dessureault et Maurice Beauséjour se préparent pour leur grand défi.

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Le K2, « la montagne des montagnes », apparaît dans la mire d’une expédition toute québécoise. Dans la courte fenêtre d’opportunité à la fin de juillet prochain, elle vise le second plus haut sommet au monde. Et le plus dangereux...

Serge Dessureault, Benoît Lamoureux, Maurice Beauséjour et Nathalie Fortin uniront leurs forces pour réussir ce qu’aucun Québécois n’a accompli à ce jour, lever les bras au ciel à 8611 mètres d’altitude (28 251 pieds), point culminant de la « Montagne sauvage ».

Situé aux confins du Pakistan à la limite de la frontière chinoise, dans l’extrémité nord de la chaîne montagneuse du Karakoram, à plus de 100 km du village d’Askole, le K2 n’a rien d’un endroit hospitalier. Dangereux et incroyablement escarpé, lieu de conditions climatiques surprenantes et extrêmes, ce pic est réservé aux alpinistes d’expérience. Le climat change en un claquement de doigt, ce qui explique pourquoi la fenêtre d’ascension vers le sommet n’est étroite que de quelques jours à la fin de juillet et au début d’août.

Ne s’aventure pas qui veut sur cette montagne où près de 90 grimpeurs ont perdu la vie. Quelque 390 montagnards, dont deux Canadiens, l’ont conquise depuis les Italiens Lino Lacedelli et Achile Compagnoni en juillet 1954. C’est 20 fois moins que les 8100 ascensions fructueuses vers le toit du monde, l’Everest.

« Je ne peux pas concevoir qu’aucun Québécois n’ait encore réussi. J’ai assemblé une équipe de chez nous, parce que je sais que nous sommes capables d’y arriver, certifie Dessureault, un pompier âgé de 53 ans, qui en sera à une deuxième tentative sur le K2 après celle avortée en 2016.

« Je sais le genre d’émotions qu’on vit sur cette montagne, renchérit l’alpiniste d’expérience connu au Québec pour ses nombreuses ascensions, dont celle de l’Everest par la face nord en 2007. C’est réalisable, mais à notre façon, c’est-à-dire avec sécurité. Pas question de jouer à la roulette russe. Autant cette montagne me fait peur, autant je la respecte. C’est très dur. Un défi n’attend pas l’autre. »

Une force d’attraction

Bien que périlleux, le K2 déploie un incroyable magnétisme. Mythique, il attire les véritables grimpeurs. Il représente l’excellence dans la communauté alpine.

« Nous ne le grimpons pas pour ce que ça peut nous apporter. Il faut le faire pour les bonnes raisons, assure avec humilité Nathalie Fortin, impressionnée par ses flancs abrupts lorsqu’elle l’a aperçu en 2010 en se rendant au Gasherbrum II, dans la même région. Il faut que ce soit honorable. » Celle-ci pourrait devenir la première Canadienne à accomplir l’exploit.

Cette montagne exige des ambitions démesurées alors que la fatalité guette à tout moment. Son étiquette de Killer Mountain n’est pas futile, loin de là. Dès le premier coup de botte depuis le glacier Baltoro, les dangers et les possibilités d’accidents sont omniprésents. La cordée québécoise assure qu’elle sera vigilante et prudente dans ses décisions.

La route la plus empruntée, l’éperon des Abruzzes, est aussi hasardeuse. Les passages du House Chimney et du Black Pyramid requièrent d’excellentes habiletés. Et à 500 mètres de la cime, le haut sérac surplombant le Bottleneck est menaçant dans l’éreintante poussée sommitale d’une douzaine d’heures à partir du camp 4, à environ 8000 m d’altitude.

Si l’expédition québécoise grimpe à 8611 mètres, elle n’aurait alors accompli que la moitié du chemin dans cette aventure qui pourrait marquer l’histoire de l’alpinisme de la Belle Province. La descente est périlleuse. Environ 40 % des décès surviennent sur le retour vers le camp de base.

Une peur bleue

Maurice Beauséjour voit la photo grandiose du K2 estampillée au fond de sa mémoire depuis de nombreuses années. C’est plus fort que lui, il veut s’y rendre.

« En m’embarquant dans cette expédition, je ne cacherai pas qu’il y a des nuits où je ne dors pas. J’ai la chienne de cette montagne, mais je l’ai apprivoisée. Elle me fait peur comme elle m’attire, relate l’homme de 64 ans qui a gravi l’Everest avec Dessureault, son grand complice en alpinisme. Ce genre de peur, c’est celle qui nous permet de revenir en vie. Il faut éviter d’être téméraire. »

Cette saison marquera le 10e funeste anniversaire de la pire tragédie. Le 2 août 2008, 11 alpinistes avaient trouvé la mort dans une succession d’évènements dramatiques. Chutes, chutes de sérac et nuit en bivouac à plus de 8000 mètres, dans la zone de la mort, ont marqué ces 24 heures fatales.

Les Québécois ne désirent surtout pas que leur nom soit gravé dans une assiette métallique fixée au Gilkey Memorial, lieu de sépulture en mémoire des victimes, situé à un jet de pierre du camp de base. Ils ne laisseront donc rien au hasard. Dans les six prochains mois, ils se prépareront à ce défi colossal afin d’écrire l’histoire.