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La dernière croisade de l’infatigable docteur du hockey

À 83 ans, rien ne ralentit Gaston Marcotte après 60 ans de carrière

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Photo Agence QMI, Daniel Mallard Gaston Marcotte passe ses journées à lire et à écrire, d’où la présence d’innombrables livres et manuscrits dans son bureau situé au 2e étage du PEPS.

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Après avoir corrigé le coup de patin de Peter Stastny, collaboré avec le hockey soviétique, analysé les Nordiques à la télé et enseigné à l’université durant plus de 40 ans, Gaston Marcotte travaille toujours sept jours sur sept pour mener, « avant de mourir », son ultime croisade afin de réformer le modèle québécois d’enseignement.

Figure marquante du hockey dans les années 70, Gaston Marcotte est l’un de ceux que l’on surnommait « les docteurs du hockey », qui y ont introduit l’aspect scientifique, tant sur le plan stratégique qu’à l’entraînement. Et si des termes comme « lancer frappé », « lancer du revers » et « arrêt brusque » font maintenant partie du langage courant du hockey, c’est grâce à lui, qui a été un des premiers à franciser les gestes techniques de ce sport.

Début 2018, le voilà encore à son bureau au 2e étage du PEPS, où il besogne tous les jours, même les weekends. « Non, jamais ! », répond Gaston Marcotte, lorsque questionné à savoir s’il n’a jamais rêvé de profiter d’une vraie retraite. L’octogénaire est toujours professeur associé à l’Université Laval, et ce, en dépit de sa retraite officielle en 2004. « Il me reste beaucoup trop de choses à faire », assure-t-il.

Et pour cause. En 2001, il lance le Mouvement Humanisation, dont il est le président fondateur. Il se dédie par le fait même à son ultime combat : que la dignité humaine devienne le fondement du système d’éducation actuel, qui est présentement vicié, à son avis.

En somme, il juge que le système en place ne permet que de former de bons athlètes, de bons comptables, de bons avocats, de bons professionnels ; mais pas de meilleurs individus. Il croit que la planche de salut de l’enseignement est plutôt l’apprentissage de « valeurs humaines ».

« Si on avait fait autant de progrès dans le développement humain que dans le sport, les humains auraient au minimum 50 % moins de problèmes qu’on a aujourd’hui. »

« Humaniser » l’humain

Éternel réformiste, Gaston Marcotte s’était montré très critique, au début des années 2000, pour dénoncer l’influence de la religion dans le milieu éducatif, qui est d’ailleurs toujours dans le viseur.

Si son approche du développement humain peut sembler utopique ou trop théorique pour certains, c’est tout le contraire, selon le principal intéressé.

« Du tout, du tout ! Il n’y a rien de plus pratique et de préventif que de permettre à un être humain de devenir plus humain », croit-il.

Gaston Marcotte n’entend pas s’en laisser imposer et compte lutter ferme pour que son idée fasse son bout de chemin au ministère de l’Éducation. « Vous embarquez et vous m’aidez, ou bien vous devenez un obstacle. Il n’y a pas de règle du jeu lorsque je défends quelque chose en lequel je crois », prévient celui qui compte publier un livre durant l’année.

Potentiel « gaspillé »

Gaston Marcotte illustre son propos à l’aide, notamment, des programmes sports-études, qui « gaspillent un potentiel incroyable » pour inculquer ces valeurs.

Père de nombreuses initiatives sportives amateurs au Québec, il suit depuis leurs balbutiements les sports-études, dont les premiers ont été lancés par ses élèves, soutient-il. « On a fait des progrès dans tous les sports, incluant le hockey. Mais on ne profite pas du potentiel éducatif incroyable des sports collectifs, comme le football et le hockey, où il y a du contact et beaucoup d’émotions », déplore celui qui a été le premier directeur du PEPS de l’Université Laval, en 1970.

Gaston Marcotte n’hésite pas à dresser un lien direct entre les sports d’équipe et la vie en société. « Il y a une occasion incroyable, non seulement pour apprendre à respecter l’adversaire, mais aussi son intégrité, tant physique qu’intellectuelle », conclut-il.

 

Un sport qui a fait des pas de géant en 10 ans, selon le professeur

Impressionné par le développement du hockey au cours de la dernière décennie, Gaston Marcotte croit néanmoins que ce sport mérite des remises en question.

Malgré son combat d’ordre social, ses yeux et ses oreilles ne sont jamais bien loin de ses premières amours : le hockey.

Favoriser la sécurité des joueurs

Selon lui, le spectacle peut être amélioré tout en favorisant la sécurité des joueurs.

« Je serais porté à agrandir les buts. L’équipement a tellement été grossi dans les dernières années. Ça ajouterait un peu à la difficulté », propose-t-il, une possibilité qui est évoquée régulièrement depuis une dizaine d’années.

« Je mettrais des punitions plus sévères pour les coups à la tête, tout ce qui touche le hockey, les coudes ou quoi que ce soit, pour éviter le problème des commotions cérébrales », ajoute-t-il.

Le pédagogue du sport introduirait également une rondelle en caoutchouc « plus petite et plus rebondissante » au hockey mineur afin d’éviter les attroupements le long des rampes.

Évolution exponentielle

Depuis son séjour dans le junior au début des années 50, où il se rappelle s’être frotté aux Henri Richard et Jean Béliveau de ce monde, Gaston Marcotte estime que le jeu n’a jamais autant progressé que durant les dix dernières années.

« Le hockey, quand je le regarde, a fait des progrès incroyables en termes de vitesse, d’habiletés de base, d’équipements, sur les plans scientifique et de la nutrition », observe celui qui, déjà dans les années 60, avait basé sa maîtrise et son doctorat sur la science dans le sport, un champ, à l’époque, à peine exploré en Amérique du Nord.

Voyager en URSS

C’est justement à l’occasion de ses études universitaires que Gaston Marcotte a visité la Suède et la Tchécoslovaquie, mais aussi l’URSS à l’occasion d’un stage de perfectionnement en 1974. C’est là qu’il avait réellement constaté la différence entre les approches nord-américaines et soviétiques.

Deux ans après la Série du siècle, Gaston Marcotte a eu l’occasion de voyager en URSS. De gauche à droite : Charles Thiffault, Georges Larivière, Christian Pelchat, lui-même, Claude Chapleau et Alexander Yakushev.
Photo d'archives
Deux ans après la Série du siècle, Gaston Marcotte a eu l’occasion de voyager en URSS. De gauche à droite : Charles Thiffault, Georges Larivière, Christian Pelchat, lui-même, Claude Chapleau et Alexander Yakushev.

« J’aurais de la difficulté à dire à quel point ils étaient en avance, mais je pense qu’on était au moins 10 ans derrière eux », croit-il.

Aux côtés de Peter Stastny

Un bref séjour à titre de conseiller durant une période d’entraînement des Nordiques sert un bon exemple de la constante recherche du progrès de Gaston Marcotte.

Décelant une faiblesse dans le patinage « du côté droit » chez nul autre que Peter Stastny, l’homme qui n’a jamais eu la langue dans sa poche l’interpelle.

« Quand je l’ai testé là-dessus, je lui ai fait une remarque : “Un peu de problèmes, hein ?” Il était en colère, mais il le savait. Je lui ai dit de ne pas s’en faire, que c’était un détail. On est allés dans le coin 10 minutes. Il était content, ce gars-là voulait tellement apprendre. Il était humble. Un gentleman », se souvient celui qui a aussi été analyste des matchs des Nordiques à la télé.

 

Sa carrière

  • 1952-1954 : Joue au hockey junior majeur avec les Spitfires de Windsor, puis les Reds de Trois-Rivières
  • 1960 : Début d’une carrière de plus de 40 ans dans l’enseignement universitaire
  • 1961-1963 : Entraîneur-chef de l’équipe de hockey de l’Université d’Ottawa
  • 1967 : Premier président de la Fédération du hockey amateur du Québec (ancêtre de Hockey Québec)
  • 1969 : Président de la Confédération des sports du Québec (ancêtre de Sports Québec)
  • 1969-1970 : Administrateur de l’année dans le sport amateur au Québec
  • 1970 : Nommé premier directeur du PEPS de l’Université Laval
  • 1979-1981 : Analyste des matchs des Nordiques à la télévision
  • 1991 : Premier membre intronisé au Temple de la renommée du hockey québécois
  • 1992 : Récipiendaire du prix d’honneur Gordon-Jukes de l’Association de hockey amateur du Canada pour sa contribution au progrès du hockey au pays