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Toujours attirés par ce pic mystérieux

Serge Dessureault et Benoît Lamoureux avaient frôlé la catastrophe en juillet 2016

En 2016, Serge Dessureault et Benoît Lamoureux avaient tenté l’ascension du K2, dans le nord du Pakistan. Leur expédition s’était arrêtée à environ 7200 mètres d’altitude. Une énorme avalanche avait détruit les camps 3 et 4.
Photo courtoisie En 2016, Serge Dessureault et Benoît Lamoureux avaient tenté l’ascension du K2, dans le nord du Pakistan. Leur expédition s’était arrêtée à environ 7200 mètres d’altitude. Une énorme avalanche avait détruit les camps 3 et 4.

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Dix-huit mois après avoir vu leur rêve s’envoler en raison d’une monstrueuse avalanche, Serge Dessureault et Benoît Lamoureux n’entretiennent aucune rancune envers la montagne. Au contraire...

Le 23 juillet 2016, une puissante avalanche, qui avait entamé sa course folle près du sommet, avait avalé sur son passage le camp 4, à près de 8000 mètres d’altitude, puis le camp 3, environ 800 mètres en aval. Elle s’était écrasée au pied de la montagne avec une force inouïe.

Sur les flancs abrupts du K2, les alpinistes sont confrontés à des passages très techniques. Certains d’entre eux sont inclinés jusqu’à 90 degrés.
Photo courtoisie
Sur les flancs abrupts du K2, les alpinistes sont confrontés à des passages très techniques. Certains d’entre eux sont inclinés jusqu’à 90 degrés.

 

Dans le vrombissement, Dessureault avait entendu les bouteilles d’oxygène exploser sur le roc sous la force de l’impact. Il était alors avec son coéquipier au camp 1, à l’abri des rochers à 5800 mètres.

Quand des porteurs avaient par la suite grimpé aux camps supérieurs, aucune trace des tentes et de tous les équipements. Impossible donc d’atteindre le sommet. Dans sa course folle, l’avalanche avait englouti les rêves des grimpeurs. Ceux-ci avaient dû se résigner à rebrousser chemin. Miraculeusement, aucune perte de vie humaine. Quelque 60 alpinistes avaient été épargnés puisqu’ils avaient tous passé la nuit dans les camps inférieurs. Pour une deuxième année de suite, le sommet était resté invaincu.

Sur les flancs du K2, la superficie des campements inférieurs n’est pas très grande. Les tentes sont parfois installées à des endroits abrupts.
Photo courtoisie
Sur les flancs du K2, la superficie des campements inférieurs n’est pas très grande. Les tentes sont parfois installées à des endroits abrupts.

 

« Drette là, c’est non ! »

Sur le coup de l’émotion, quelques heures après un désastre évité de justesse, Dessureault avait lâché à son équipe du Québec qu’il ne planifiait pas retourner au K2. « Drette là, c’est non ! Mais qui sait, peut-être plus tard », avait-il écrit.

Il lui aura fallu une année avant de songer à une nouvelle expédition et changer d’idée, viscéralement attiré par ce pic mystérieux. Ne collant à aucune religion, il remercie encore le ciel d’être en vie.

« Nous avions fait nos devoirs, je n’ai aucun regret. Je donnais une note de 10 sur 10 à cette expédition en raison de la préparation, de l’organisation et de l’équipe, évalue-t-il. Nous avions pris les bonnes décisions sur la montagne. C’est certain que j’aurais aimé cocher le K2 sur ma liste. »

Parmi les nombreuses difficultés sur le K2, la neige repose sur la roche parfois très instable. Si l’ascension est l’une des plus difficiles au monde, la descente n’est vraiment pas de tout repos. Environ 40 % des décès sont relevés sur le chemin du retour après avoir touché selon les statistiques connues.
Photo courtoisie
Parmi les nombreuses difficultés sur le K2, la neige repose sur la roche parfois très instable. Si l’ascension est l’une des plus difficiles au monde, la descente n’est vraiment pas de tout repos. Environ 40 % des décès sont relevés sur le chemin du retour après avoir touché selon les statistiques connues.

 

Expérience extraordinaire

Lamoureux ne s’était jamais senti en danger devant la puissance de la nature. Les nerfs avaient ensuite cédé en constatant l’ampleur de la situation.

« Ça reste une expérience extraordinaire. Je me dis que chaque fois que je n’atteins pas le sommet, je grandis davantage, croit-il. Nous n’avions pas pu nous y rendre en raison de nos décisions. Elles étaient les bonnes avec ce qui est arrivé. Nous étions rendus à mettre la cerise sur le sundae de ce voyage. Tout avait été formidable. »

Passage très technique que celui du « House Chimney » à environ 6550 m d’altitude (21 500 pieds). C’est un couloir rocheux vertical de 100 pieds situé entre les camps 1 et 2.
Photo courtoisie
Passage très technique que celui du « House Chimney » à environ 6550 m d’altitude (21 500 pieds). C’est un couloir rocheux vertical de 100 pieds situé entre les camps 1 et 2.

 

Cette aventure leur a permis de faire un premier tour de reconnaissance jusqu’à environ 7200 mètres d’altitude, à 1400 mètres du sommet. En juillet, ils seront en terrain connu. Ils pourront peaufiner quelques petits détails, comme le confort au camp de base, où ils passeront près d’un mois en période d’acclimatation.

« Le gros du travail est fait, ça élimine les craintes. Je suis plus confiant même si je resterai toujours craintif. Je suis plus affamé à grimper jusqu’en haut. Notre insuccès d’il y a deux ans, c’est une catapulte pour y retourner », relate Dessureault, la tête pleine d’images pittoresques.

S’il était émerveillé par le paysage en débouchant du House Chimney sur un perchoir à 6550 mètres, il ne peut s’imaginer le panorama à partir du Bottleneck, à 8200 mètres. Et surtout, celui du sommet où l’on aperçoit l’ombre de la pyramide s’étirer au loin dans le Karakoram.

Faits « d’hiver »

Malédiction féminine

Le K2 est reconnu comme un endroit maudit pour les femmes. Les cinq premières dames à l’avoir conquis sont toutes décédées sur ses flancs ou dans l’Himalaya dans les années suivantes. La première à avoir réussi en 1986, la Polonaise Wanda Rutkiewicz, meurt sur le Kangchenjunga en 1992. La Française Chantal Mauduit perd la vie en 1998 sur le Dhaulagiri six ans après son ascension du K2. Lilianne Barrard et Julie Tullis (1986) ainsi qu’Alison Hargreaves (1995) meurent dans leur descente du K2.

Les Canadiens au K2

Dans le désastre du 13 août 1995, le Canadien Jeff Lakes meurt des effets de l’exposition à l’altitude. Il avait décidé de rebrousser chemin en rejoignant les camps inférieurs sur la montagne quand la tempête a frappé. Son compagnon d’expédition, Dan Culvert, a fait une chute mortelle dans la descente, en compagnie de Jim Haberl. Culvert et Haberl sont les seuls Canadiens à avoir visité le sommet du 2e pic du monde.

En hiver, il faut être fou !

Le K2 est le seul des 14 sommets de plus de 8000 mètres sur la planète à n’avoir jamais été conquis en hiver. Une quatrième tentative s’est mise en branle par des Polonais durant le temps des Fêtes.

Le sablier de la « zone de la mort »

En montagne, mieux vaut respecter l’horloge. C’est davantage le cas en haute altitude alors que le corps dépérit à grande vitesse, surtout à partir de 7500 m, dans la « zone de la mort ». Avec son expérience, Serge Dessureault est un véritable shérif du sablier. Quand les étapes ne peuvent être franchies dans les temps prescrits, il ordonne de redescendre en lieu sûr. « Il faut toujours prévoir le retour. Je ne veux pas que mon nom soit gravé à un endroit ou soit écrit dans un livre. On entend surtout parler des accidents. Je préfère passer sous le radar et revenir à la maison. »

La couronne des 8000

L’Autrichienne Gerlinde Kaltenbrunner est la première femme au monde à avoir gravi les 14 sommets de plus de 8000 mètres sans oxygène et porteur. Après six tentatives, elle a gravi le K2 le 23 août 2011 par la voie nord. Vanessa O’Brien est devenue la première Américaine à se rendre au sommet l’été dernier, et la 20e femme à réaliser l’exploit. Nathalie Fortin serait la première Canadienne à toucher la cime.