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Des logiciels pour aider les élèves à lire et à écrire

Ces outils mènent à des « réussites exceptionnelles », mais aussi à des « dérapages »

Élèves en difficulté
Photo Pierre-Paul Poulin Charles-William, 10 ans, est dyslexique et dysorthographique. L’accès à des logiciels d’aide en classe « fait toute la différence », affirme sa mère, Émilie Langlois. « Si on n’avait pas ça, je pense qu’il serait un futur décrocheur. »

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Les élèves en difficulté qui utilisent des logiciels pour les aider à lire et à écrire en classe sont plus nombreux que jamais, a constaté Le Journal. Or, l’accès à ces outils est parfois problématique alors que des orthopédagogues constatent des « dérapages ».

Selon des données obtenues auprès d’une vingtaine de commissions scolaires, le nombre d’élèves qui utilisent des logiciels « d’aide technologique » en classe a considérablement augmenté depuis cinq ans. Dans certaines commissions scolaires, leur nombre a plus que doublé.

Ces logiciels d’aide à la rédaction ou à la lecture, comme WordQ ou Lexibar, sont utilisés par plusieurs élèves qui ont des troubles d’apprentissage comme la dyslexie ou la dysorthographie. Certains outils, qu’on appelle des prédicteurs de mots, suggèrent des mots bien orthographiés à utiliser selon ce que l’élève tape au clavier. D’autres logiciels de synthèse vocale « lisent à voix haute » un texte ou encore une phrase que l’élève vient de rédiger. Ces outils peuvent être comparés à une paire de lunettes, indique Jean Chouinard, conseiller pédagogique au Service national du RÉCIT en adaptation scolaire. Il s’agit d’« orthèses pédagogiques » qui permettent à un élève de compenser un trouble neurologique. L’accès à ces outils devient une question d’équité, affirme-t-il.

Améliorer les compétences

Ces outils « compensatoires » aident l’élève à mieux apprendre, ajoute Madeleine Fauteux, conseillère pédagogique à l’Institut des troubles d’apprentissage. « Au départ, les gens avaient tendance à penser que c’était une béquille. Mais des recherches ont démontré que les aides technologiques permettent vraiment d’améliorer les compétences », dit-elle.

Ces logiciels permettent des « réussites exceptionnelles » chez certains élèves, ajoute Mme Fauteux. Depuis près de 10 ans, le ministère de l’Éducation autorise l’utilisation de ces logiciels en classe et lors des évaluations si l’élève présente des difficultés marquées et persistantes, malgré de nombreuses interventions ciblées et répétées. Un diagnostic peut être utile, mais il n’est pas obligatoire, souligne M. Chouinard. À l’Association des orthopédagogues du Québec (ADOQ), on constate toutefois de « nombreux dérapages » à ce sujet.

Le « danger »

« Il s’avère tentant d’offrir le recours à certains outils technologiques [...] en remplacement d’une intervention orthopédagogique qui permettrait à l’apprenant de remédier totalement ou en partie à ses difficultés », peut-on lire dans un mémoire rédigé l’an dernier, dans lequel l’ADOQ incite à la « prudence ».

« C’est vrai qu’à certains endroits, on donne rapidement l’ordinateur, mais sans offrir de soutien à l’élève », affirme Madeleine Fauteux. Le « danger » est de penser que l’élève n’a plus besoin de services parce qu’il utilise maintenant des logiciels d’aide, ce qui serait « de la pensée magique », ajoute-t-elle.

Jean Chouinard reconnaît de son côté qu’il peut y avoir des « dérapages », mais il estime que les problèmes de méconnaissance et d’accès aux outils technologiques sont beaucoup plus fréquents : « Parfois (le recours à ces outils se fait) trop tôt, mais majoritairement, ça se fait souvent trop tard », dit-il. « Le gros problème, c’est le manque de formation » à ce sujet dans le réseau scolaire, ajoute M. Chouinard.

 

Pas toujours facile d’avoir accès à ces formes d’aide à l’école

Émile est dyslexique et dysorthographique. Sa mère, Anne-Marie L’Écuyer, a dû mener une « bataille » pour qu’il ait accès à des logiciels pour l’aider à lire et à écrire.

Dès la maternelle, Émile a été suivi à l’école par une orthopédagogue. Ses difficultés en lecture et en écriture ont persisté, si bien que ses parents ont eu recours à des services au privé, en plus de ceux offerts à l’école. En cinquième année, on lui a recommandé l’utilisation de logiciels d’aide technologique en classe.

La commission scolaire a toutefois refusé de fournir ces outils, disant qu’elle n’était pas tenue de respecter les recommandations provenant du privé, raconte Mme L’Écuyer, qui a alors décidé de fournir elle-même un portable et ces logiciels à son enfant. Elle s’est tout de même butée à la méconnaissance du personnel face à ces outils. « Il n’y a personne qui savait comment ça marchait ! C’est moi qui le leur ai montré », raconte-t-elle.

En première secondaire, Émile a finalement pu avoir accès à un ordinateur portable, fourni par l’école. Mais l’appareil était très lent et l’élève n’a reçu aucun soutien pour l’aider à l’utiliser, déplore Mme L’Écuyer. « On lui a dit : “Tiens, voici ton ordinateur, bonne chance !” », lance-t-elle. Sa mère a aussi dû se battre pour qu’Émile ait accès au correcteur orthographique qu’il utilisait au primaire, qu’on lui avait d’abord refusé.

« Encore de la résistance »

Émile est aujourd’hui en troisième secondaire. Il a reçu un nouvel ordinateur plus performant l’an dernier, mais n’a toujours pas accès à tous les logiciels d’aide qui lui ont été recommandés.

À l’Institut des troubles d’apprentissage, la conseillère pédagogique Madeleine Fauteux affirme qu’il « y a encore de la résistance, basée sur la méconnaissance de ces outils » dans le réseau scolaire. De son côté, Jean Chouinard, conseiller pédagogique au Service national du RÉCIT en adaptation scolaire, rappelle que les ressources restent limitées. « Les écoles font leur possible », lance-t-il.

 

Nombre d’élèves qui utilisent des logiciels d’aide en classe

Commission scolaire du Lac Saint-Jean

  • 2012 - 2013 :  17
  • 2016 - 2017 :  40
  • Augmentation : +135 %

Commission scolaire des Premières-Seigneuries

  • 2012 - 2013 :  72
  • 2016 - 2017 :  163
  • Augmentation :  +126 %

Commission scolaire de Montréal*

  • 2012 - 2013 :  320
  • 2016 - 2017 :  658
  • Augmentation :  +106 %

*Il s’agit des nouveaux élèves qui bénéficient de cette aide et non du total d’élèves qui utilisent des logiciels

Commission scolaire de Laval*

  • 2012 - 2013 :  173
  • 2016 - 2017 :  339
  • Augmentation :  +96 %

*Il s’agit du nombre d’outils technologiques accordés plutôt que du nombre d’élèves