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Elle part pour ne pas mettre la vie des patients en danger

Selon l’infirmière, le nombre de quarts de travail de 16 heures se multiplie

Anik Henri
Photo david prince Anik Henri n’exclut pas un retour comme infirmière, mais il faudrait que les conditions changent, selon elle.

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ROUYN-NORANDA | Exaspérée de prendre des risques avec la santé de ses patients, une infirmière de l’Abitibi a décidé de quitter le métier « qu’elle adore ».

En 11 ans de carrière à l’hôpital de Rouyn-Noranda, Anik Henri n’avait jamais imaginé quitter un jour son métier d’infirmière.

Mais depuis quelques mois, elle affirme que les conditions de travail se sont détériorées au point où la sécurité des patients est en danger.

Dans l’unité de chirurgie où elle travaillait jusqu’au 23 décembre dernier, elle affirme que 26 des 47 infirmières sont en congé de maladie ou en congé de maternité.

La direction oblige donc de plus en plus souvent, selon elle, les infirmières à faire des heures supplémentaires obligatoires.

Le Code de déontologie prévoit que les infirmières ne puissent abandonner leur patient s'il n'y a pas de relève pour les soins. Selon le conseiller syndical Frédérique Beauchamp, l'employeur se sert du Code de déontologie pour les obliger à demeurer en poste. 

« Avant, ce type de mesure était vraiment exceptionnel. Ça arrivait quelques fois par année seulement dans tout le département. Mais maintenant, c’est régulier. À la mi-décembre, en 36 heures, cinq infirmières ont été obligées de faire des quarts de 16 heures », a dit l’infirmière de 45 ans.

En pleurs

Dans les derniers mois, elle a vu plusieurs collègues de travail pleurer après avoir été obligées de faire des quarts de travail doubles.

« On arrive à nous faire croire que c’est nous qui avons un problème et qu’on résiste au changement. Ben voyons, ce n’est pas moi qui vais porter tous les malheurs du système de santé ! Le problème n’est pas qu’on résiste au changement, mais que ça n’a pas d’allure », a-t-elle dit.

Selon Mme Henri, les gestionnaires ne sont pas de mauvaise foi, mais ils sont dans un système où il y a des coupes partout et ils ne peuvent pas faire autrement.

Mme Henri a donc démissionné et a réorienté sa carrière. Elle a dû dire adieu à son fonds de pension et à ses avantages sociaux, et doit vivre avec une diminution de salaire.

« Mais j’ai la paix et je n’ai pas peur de passer à côté de quelque chose parce que je suis trop fatiguée », a-t-elle dit.

Plusieurs messages

Au moment de sa démission, elle a publié un cri du cœur sur Facebook.

Depuis, Mme Henri dit avoir reçu des centaines de messages d’infirmières de partout au Québec qui se disent elles aussi épuisées par les conditions de travail difficiles.

« Ce n’est pas vrai qu’après 16 heures, on est aussi alerte. Les risques d’erreurs sont plus grands et je ne veux pas cautionner cette façon de faire notre travail. Je vois que la situation n’est pas unique à l’Abitibi. C’est généralisé et c’est très dommage parce que le métier d’infirmière est un des plus beaux », a-t-elle affirmé.

Le Centre de santé n’avait pas rappelé Le Journal.