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De la techno et bien du kilométrage

Jessica Bélisle s’est servie de l’application Zwift pour battre le record du monde du plus grand kilométrage parcouru sur un vélo stationnaire en 128 heures.
Photo courtoisie Jessica Bélisle s’est servie de l’application Zwift pour battre le record du monde du plus grand kilométrage parcouru sur un vélo stationnaire en 128 heures.

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Lionel Sanders, champion du monde de longue distance en triathlon, dit s’être entraîné exclusivement sur Zwift cette année. Plus près de chez nous, la cyclovore Jessica Bélisle s’en est servi pour battre le record du monde du plus grand kilométrage parcouru sur un vélo stationnaire en 128 heures.

L’application reproduit l’expérience de rouler en peloton sur des parcours variés.
Photo courtoisie
L’application reproduit l’expérience de rouler en peloton sur des parcours variés.

« On doit se créer un avatar, puis on peut jouer », me dit Steve Collins. Valérie, sa conjointe, le reprend en précisant qu’on parle de s’entraîner. Le sous-sol chauffé à 15 C et l’énorme ventilateur à côté du vélo donnaient assez d’indices pour supposer que les coups de pédales qui s’enchaînent dans cette pièce le sont peut-être par plaisir — pour « jouer » —, mais qu’ils sont aussi rudement efficaces et soutirent bien de la sueur à ce couple de cyclistes.

Steve a enseigné le spinning pendant neuf ans, et il n’en voit plus l’intérêt depuis la découverte de sa nouvelle « bébelle ».

Intelligent et social

Tout autour, Londres. Sur la ligne de départ, une trentaine d’autres cyclistes. Derrière chaque cycliste, un homme ou une femme, assis sur son vélo branché sur une base d’entraînement de vélo intelligent (un home trainer intelligent ou au moins un capteur de puissance), et un écran devant les yeux (télévision, téléphone, tablette ou ordinateur).

Zwift regroupe des cyclistes bien réels du monde entier sur un même parcours virtuel.
Photo courtoisie
Zwift regroupe des cyclistes bien réels du monde entier sur un même parcours virtuel.

« Ce ne sont pas des robots ! Ce sont toutes de vraies personnes », résume Steve. Le virtuel et le réel qui se rencontrent pour proposer un cadre d’entraînement pratique (à la maison), sans pour autant être routinier, ou isolé. L’élément social de l’application Zwift est crucial. Tous les jours celle-ci offre une série de rendez-vous cyclistes dans lesquels on peut choisir de rouler de façon « compétitive » ou récréative.

« Je roule à 5 h 30 le matin ! Je suis à peine réveillée, et ça me prend un peloton et un effet de groupe pour me motiver à pousser plus afin d’en tirer un bon entraînement », dit Valérie, qui a échangé sa roue pour profiter de l’effet de sillonnage (drafting) avec un Alexander de Moscou, ce matin. De l’entraide à relais, entre parfaits inconnus.

« Ce n’est pas rare qu’on remarque d’autres Montréalais dans les événements, et il y en a qui décident de se rencontrer, voire de rouler l’été en vrai, sur l’asphalte », raconte Steve. Et il y a tous les amis cyclistes qui se connaissent déjà, qui entretiennent en ligne une douce compétitivité pendant la saison froide.

« Je vois par exemple que tel ami est en train de rouler 40 km un dimanche matin... Quand j’ai moins le goût, c’est certain que ça me motive à donner mes coups de pédales. Je veux être capable de le suivre l’été prochain sur la route ! » dit Valérie.

« On roule aussi dehors en Fatbike l’hiver, mais pour s’entraîner, Zwift c’est vraiment idéal », croient les deux parents qui peuvent se donner à fond dans le confort de leur maison, alors que les enfants font leurs trucs sans incidence sur leur quotidien.

Et avec les grands froids qu’on a connus dernièrement, on devine que bien des entraînements se sont déroulés au chaud à travers la province...

QUI EST DERRIÈRE ZWIFT ?

L’Anglais Eric Min et l’Américain Jon Mayfield, les deux cofondateurs de Zwift, se sont rencontrés sur le forum SlowTwitch. Le premier était un passionné de vélo et propriétaire d’une firme de consultation en technologie. Le deuxième travaillait dans l’industrie du jeu vidéo et planchait sur des projets personnels visant à rendre les entraînements intérieurs plus intéressants. Ils ont uni leurs forces pour lancer Zwift, qui a été accueilli bras ouverts par la communauté cycliste internationale. Mi-jeu, mi-outil d’entraînement, Zwift rallie les troupes en ajoutant un aspect social et réaliste aux entraînements de « sous-sol ».

« L’utilisateur moyen a 38 ans, et il joue à son premier jeu depuis plus de 20 ans. Tout ce qu’on inclut dans l’expérience vise à motiver les gens à s’entraîner en créant un univers qui reprend tout ce que les cyclistes aiment des sorties extérieures », confiait l’équipe de Zwift en entrevue au Telegraph.

Zwift nourrit aussi les amateurs de statistiques, qui y voient des informations utiles pour se dépasser, s’améliorer et se mesurer parmi les autres cyclistes. La liaison directe avec l’application Strava, sur laquelle les données d’entraînement peuvent être automatiquement transférées, ajoute une autre dimension plaisant aux cyclistes sociaux.

La plateforme fonctionne par abonnement mensuel (18 $), qu’on peut choisir de mettre en pause à tout moment, sans perdre ses statistiques. Zwift ne compte pas s’arrêter à l’univers des cyclistes, testant présentement une extension pour les coureurs.

EST-CE EFFICACE ?

On a posé la question à Guy Thibault, docteur en physiologie de l’exercice et directeur Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec. Or, il s’avère que le spécialiste est lui-même adepte de la plateforme ; il considère l’expérience Zwift comme tout aussi efficace qu’un entraînement « réel » (comparativement à virtuel) en ce qui a trait à l’amélioration des qualités physiques.

« Zwift est truffée de trucs incitant à se pousser davantage, ce qui favorise des gains efficaces et rapides. Et comme l’alternative est de rouler à l’extérieur, où il est ardu en plein hiver de faire des entraînements par intervalles, la plateforme est un bel outil d’entraînement », dit M. Thibault.

Le chercheur formule toutefois deux mises en garde : le surentraînement et la déshydratation. « L’univers stimulant rend les séances faciles difficiles sur Zwift. Il y a le danger de trop pousser, trop souvent », précise M. Thibault. Quant au deuxième point à surveiller, le docteur en physiologie de l’exercice suggère d’ouvrir une fenêtre et de s’outiller d’un ventilateur pendant les séances, puis, en cas de doute, de se peser avant et après chaque entraînement afin de s’assurer que notre poids n’a pas diminué de plus de 3 %.