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Couleurs de l’incendie... la vengeance de Madeleine !

Couleurs de l’incendie... la vengeance de Madeleine !

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Vous voulez vous faire un cadeau, offrir ce qu’il y a de mieux à un ami très cher. Courez de ce pas chez votre libraire, et procurez –vous : Couleurs de l’incendie du romancier Pierre Lemaitre. Pourquoi tant de joie, justement parce que cinq ans après, ce fils spirituel du grand Alexandre Dumas vient d’écrire la suite d’Au revoir, là-haut. Couronné par le  prix Goncourt en 2013 et vendu plus à plus d’un million et demi d’exemplaires, ce roman foisonnant fut porté à l’écran par Albert Dupontel en décembre 2017. Réalisée en collaboration avec le romancier, cette fable amère rendait pleinement justice à tous ceux et celles qui avaient chèrement payé la folie des hommes lors de la Première Guerre mondiale.

Ne jamais défier une femme


Nous sommes en 1927. Le patriarche de la famille vient de trépasser et Madeleine Péricourt doit organiser les funérailles ou le Tout-Paris vient de presser. Comme la fortune est immense, les rapaces sont au rendez-vous, surtout ceux de la famille. Dans cette atmosphère plus que tendue, un événement tragique survint. Paul, son unique enfant, saute du balcon et vient atterrir sur le cercueil de son grand-père. À la peine immense d’une disparition s’ajoute le petit qui restera paralysé jusqu’à la fin des jours. À la manière des feuilletonistes, Pierre Lemaitre tisse une fascinante sarabande  . Dans cette Europe où les sirènes du fascisme et du nazisme commencent à faire échos, ces fameuses Couleurs de l’incendie annoncent le pire. Madeleine dont les compétences financières sont minces va devoir lutter contre son arriviste de frère, un fondé de pouvoir miné par la jalousie eut un amant dont le chantage va devenir sa marque de commerce. Si vous pensez que notre monde est bien différent de celui de l’entre-deux-guerres, détrompez-vous ! Les fausses nouvelles qui inondent les grands quotidiens sont légion, et ce, en toute connaissance de cause. Le romancier, preuve à l’appui, n’invente rien en décrivant comme les officines de presse étaient à la solde des financiers. Comment les fausses rumeurs créaient des mirages en ruinant les petits épargnants et plus encore, certaines banques assoiffés de profits (ie les explorations pétrolières en Roumanie). Tout l’art de Pierre Lemaitre est de donner corps à ce quotidien, en brodant des intrigues soutenues, avec ce don inné de portraitiste. La vengeance est un comme une infusion, et Madeleine sait très bien comment faire macérer ses ennemis dans leur jus, avant de les broyer.

Nous avons attendu, tant mieux. Plus qu’un roman, une lecture jouissive