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La victime était sensibilisée à la conduite avec alcool

Sa famille a peine à croire qu’un homme ivre pourrait être responsable de sa mort

traversier
Photo courtoisie Normand Gravel était très attaché à son petit-fils Ethan et espérait de tout cœur le voir grandir.

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La mort du matelot heurté jeudi par la voiture d’un chauffeur possiblement ivre sur le traversier reliant Sorel-Tracy à Saint-Ignace-de-Loyola est ironique, selon sa famille, puisque l’homme de 57 ans se faisait un point d’honneur de ne jamais mélanger l’alcool et la conduite.

« Mon père était le premier à ne pas toucher à son véhicule lorsqu’il festoyait, a confié la fille de Normand Gravel, Catherine Gravel, les larmes aux yeux. Il était très sensibilisé et il nous a inculqué cette mentalité depuis longtemps à mon frère et moi. C’est vraiment spécial, pas mal ironique, qu’il meure de cette façon-là. »

Passionné de son travail

Normand Gravel, dépeint comme un bon vivant et un homme extrêmement consciencieux par ses collègues, adorait son travail. Il disait souvent à la blague qu’il était privilégié puisqu’il était payé pour faire des croisières chaque jour, a raconté sa conjointe, Chantal Bernard.

Même si Chantal Bernard (à gauche) était la conjointe de la victime depuis peu, elle a une belle relation avec sa belle-fille Catherine Gravel.
Photo Frédérique Giguère
Même si Chantal Bernard (à gauche) était la conjointe de la victime depuis peu, elle a une belle relation avec sa belle-fille Catherine Gravel.

Il photographiait fréquemment les couchers et les levers du soleil sur le fleuve Saint-Laurent et se considérait chanceux de pouvoir observer une si belle vue.

Petit-fils

Employé depuis une dizaine d’années par la Société des traversiers du Québec, le matelot se réjouissait d’avoir récemment obtenu un poste de jour, après avoir travaillé de nuit depuis ses débuts.

Son nouvel horaire lui permettait d’accorder du temps de qualité à sa famille, et tout spécialement à son premier petit-fils, Ethan, né en juillet.

« Il y a beaucoup de maladies cardiaques dans sa famille et il disait toujours qu’il avait peur de ne pas voir son petit-fils grandir, a raconté celle qu’il qualifiait de son âme sœur. C’était un grand amateur de sports et il souhaitait tellement pouvoir inculquer certaines de ses passions à son petit-fils, l’amener au hockey, par exemple. »

Normand Gravel et Chantal Bernard formaient un couple depuis peu.

« Mais je n’avais jamais vu mon père aussi heureux de toute ma vie », a précisé sa fille Catherine.

Anniversaire du couple

Samedi, les tourtereaux devaient d’ailleurs aller souper au restaurant où ils se sont rencontrés, et manger à la même table pour célébrer leur première année d’amour.

« J’aurais voulu avoir plus de temps avec lui, a ajouté Mme Bernard. Tous les deux, on avait appris à s’aimer pour ce que nous sommes vraiment. J’ai attendu ça toute ma vie et on me l’arrache après un an. »

La conjointe de Normand Gravel conservera bien précieusement le dernier texto de son amoureux, envoyé une dizaine de minutes avant sa mort, dans lequel il lui réitère son amour.

Le chauffard de 77 ans est gravement blessé

Le conducteur de 77 ans soupçonné d’avoir causé l’accident mortel sur le traversier à Saint-Ignace-de-Loyola repose dans un état critique à l’hôpital.

S’il survit à ses graves blessures, Réal Savoie sera accusé de conduite dangereuse causant la mort et de conduite avec les facultés affaiblies causant la mort.

Les enquêteurs de la SQ ont examiné la scène jusqu’à environ 22 h jeudi afin de récolter tous les éléments de preuve possibles.
Photo agence QMI, Sylvain Denis
Les enquêteurs de la SQ ont examiné la scène jusqu’à environ 22 h jeudi afin de récolter tous les éléments de preuve possibles.

Les prochains jours seront toutefois déterminants pour le septuagénaire, qui pourrait ne pas s’en sortir, selon nos sources.

Plusieurs témoins

La tragédie s’est produite jeudi vers 15 h 30 alors que le traversier accostait du côté de Saint-Ignace-de-Loyola, dans Lanaudière. Outre les employés, une trentaine de passagers se trouvaient à bord du bateau.

Selon des témoins, le véhicule, vraisemblablement conduit par Savoie, aurait zigzagué sur le quai avant de défoncer la barrière de sécurité et de heurter violemment Normand Gravel.

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Photo Agence QMI, Sylvain Denis

Le conducteur roulait à au moins 30 km/h lorsqu’il a happé la victime, selon les témoignages récoltés sur les lieux vendredi. Bien que le capitaine ait tenté d’avertir les matelots de l’arrivée du chauffard, le père de famille n’a pas eu le temps de s’éloigner suffisamment.

Souligner sa mémoire

Un hommage a été rendu à M. Gravel vendredi matin vers 8 h à bord du NM Lucien L., le navire qui assure la traverse entre Saint-Ignace-de-Loyola et Sorel-Tracy. Les sirènes ont retenti à quelques reprises afin de commémorer la mémoire du matelot.

En plus de l’enquête de la Sûreté du Québec, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) se penchera elle aussi sur le dossier afin de s’assurer que tout était conforme sur le navire.

« Pour le moment, on ne remet pas en question la sécurité de nos employés. C’était vraiment un geste isolé », a indiqué Vicky Boivin, porte-parole de la Société des traversiers du Québec, qui attendra toutefois les conclusions de la CNESST afin de voir si des améliorations peuvent être apportées.

– Avec la collaboration d’Amélie St-Yves