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Jeux de chaises dans les salons de coiffure

L’APECQ veut que Québec pénalise les clients de salons clandestins

Sophie Dubé
Photo Francis Halin La propriétaire du Salon Azur Coiffure à Saint-Bruno, Sophie Dubé, veut que les règles du jeu soient les mêmes pour tout le monde. Elle souhaite que plus de gens dénoncent le travail au noir des salons clandestins qui lui fait perdre temps et argent.

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Plusieurs propriétaires de salons de coiffure subissent l’exode de leurs coiffeurs qui souhaitent gagner plus d’argent comme travailleurs autonomes pour éviter de payer la TPS et la TVQ.

« C’est épouvantable. On subit ça. Tous les coiffeurs veulent partir dans des salons qui font de la “location de chaises” pour se mettre les revenus dans leurs poches parce qu’ils n’ont pas de taxes à payer », déplore Sophie Dubé, propriétaire du Salon Azur Coiffure, à Saint-Bruno, en Montérégie. On paye entre 100$ et 200$ par semaine pour “louer une chaise” dans un salon ou un local pour exercer le métier comme un travailleur autonome.

L’Association professionnelle des employeurs de la coiffure du Québec (APECQ) part en guerre contre le travail au noir qui représente 280 millions $ d’évasion fiscale par année dans le secteur des soins personnels.

Son président, Gervais Bisson, estime que la règle permettant aux travailleurs autonomes de ne pas percevoir la TPS et la TVQ si leurs ventes ne dépassent pas 30 000 $ par année donne lieu à de l’abus.

« Ça foisonne. C’est rendu que même les employés réguliers nous demandent du travail au noir. Quand on refuse, ils partent et vont se louer une chaise », affirme-t-il. M. Bisson va plus loin encore et demande au gouvernement d’intervenir pour que le client qui a visité un salon de coiffure au noir soit aussi mis à l’amende.

Meilleur contrôle

Ce n’est pas la première fois que l’APECQ réclame des mesures plus sévères pour contrer le travail au noir, mais cette fois-ci elle s’allie au Conseil du patronat (CPQ) pour livrer ce combat. « Ce qu’on demande, c’est l’installation de modules d’enregistrement des ventes (MEV), comme dans les restaurants et les bars ».

Pour l’instant, ce n’est pas l’intention de Revenu Québec. « Il n’y a actuellement aucun projet en cours visant l’implantation de modules d’enregistrement des ventes dans les salons de coiffure », précise Geneviève Laurier, porte-parole de l’agence.

Revenu Québec ne ferme toutefois pas la porte. Selon Mme Laurier, ce type de module pourrait s’étendre à d’autres secteurs.

D’ici à ce que Québec bouge, les propriétaires de salons de coiffure disent souffrir de cette compétition inéquitable qui leur fait de plus en plus mal.

Pointe de l’iceberg

Un propriétaire d’un grand salon de coiffure de Montréal dans le métier depuis plus de 30 ans, qui a voulu garder l’anonymat de peur de représailles de ses compétiteurs, a confié au Journal que le phénomène des chaises à louer n’est que la pointe de l’iceberg.

Selon lui, le travail au noir ne se passe pas seulement avec la location de chaises ou dans les sous-sols obscurs. Des salons de coiffure connus qui ont pignon sur rue attirent les coiffeurs en les payant en argent comptant pour éviter de payer de l’impôt. « Ma compétition, ici, c’est ça. Il y en a beaucoup », raconte-t-il.

Un coiffeur très performant qui fait des ventes de 5000 $ par semaine et qui est payé à la commission à la hauteur de 50 % peut ainsi gagner 2500 $. « Moi, je ne suis pas capable d’accoter ça parce que moi, tout est déclaré. J’ai des redevances au gouvernement. J’ai des avantages sociaux. J’ai les fériés... »