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Mort de Guy Blouin: le policier Simon Beaulieu acquitté

Simon Beaulieu et son avocat Maxime Roy après le verdict
Photo Stevens Leblanc Simon Beaulieu et son avocat Maxime Roy après le verdict

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Le décès du cycliste Guy Blouin, survenu sur la rue Saint-François à Québec en septembre 2014, est une « accumulation de différents évènements [...] qui ont conduit à un malheureux et bête accident qui n’est pas criminel pour autant ».

Après 40 mois d’enquête, de procédures et d’attente, le verdict est tombé, vendredi, au procès du policier Simon Beaulieu, et ce dernier a été acquitté des accusations de conduite dangereuse et de négligence criminelle qui avaient été portées contre lui.

Une décision qui a été rendue par le juge René de la Sablonnière devant une salle remplie par les collègues du policier, mais aussi par des représentants du Comité du 3 septembre, formé à la suite du décès du cycliste.

Les parents et famille du policier Simon Beaulieu après le verdict
Photo Stevens Leblanc
Les parents et famille du policier Simon Beaulieu après le verdict

Dès les premières minutes de la lecture du verdict, la tension était palpable dans la salle d’audition qui, pour l’occasion, se trouvait en lien avec une autre salle par le biais de la visioconférence, pour permettre à tous d’entendre la décision.

Lorsque le verdict d’acquittement est tombé dans la salle où se trouvait le policier Beaulieu, il n’y a eu aucune réaction, hormis les parents de l’homme de 37 ans qui ont discrètement essuyé une larme.

Décision

Dans sa décision d’une quinzaine de pages, le président du Tribunal s’en est pris vivement à l’expertise présentée par la Couronne en mentionnant que la cueillette d’informations de la part de l’expert de la poursuite laissait « à désirer », pour ne pas dire qu’elle était « déficiente ».

« L’expert de la poursuite ignore que les véhicules du Service de police de la Ville de Québec sont dotés d’un GPS. Il ne fait pas confiance à cette technologie », a rappelé le magistrat qui s’est rangé du côté de la défense pour estimer la vitesse de déplacement du véhicule patrouille à 22 km/h, et non pas à 44 km/h comme estimé par la Couronne.

Le juge a également rappelé que l’expert de la poursuite avait « rédigé son rapport d’expertise en vase clos », qu’il n’avait « pas comparé ses résultats pour validation avec les affirmations des témoins oculaires » et qu’il avait usé d’une « formule simplifiée » inadéquate dans les circonstances.  

De plus, le juge a relevé que, lors de l’examen mécanique, l’expert de la poursuite et le mécanicien de la CAA n’avaient pas enlevé « la roue arrière pour constater que l’essieu bouge et qu’il est cassé, contrairement à ce qu’a fait l’expert de la défense ».

Le processus judiciaire étant terminé pour Simon Beaulieu, la plainte en déontologie policière qui avait été déposée à la suite de l’accident et mise en suspens pourra maintenant suivre son cours.

Pour évaluer le caractère de dangerosité des évènements qui se sont produits le 3 septembre 2014, le Tribunal s’est rangé du côté de la défense, qui a suggéré de prendre en compte 7 éléments :

-       La manœuvre en soi : Le policier a replacé en ligne droite son véhicule afin de s’assurer qu’il reculerait de façon droite et sécuritaire.
-       La configuration des lieux : Route à sens unique où il y a assez d’espace pour qu’un véhicule circule dans un sens et qu’on y adjoigne une voie de stationnement.
-       L’achalandage : Balayage visuel effectué par le policier. Aucune voiture n’est stationnée illégalement. Il constate qu’il n’y a personne dans la rue.
-       La vitesse : La vitesse retenue par le Tribunal est celle provenant du rapport d’expertise de la défense, à savoir 22 km/h.
-       L’absence de sirène ou de gyrophare : Le policier doit utiliser ces équipements lorsque les circonstances l’exigent. La preuve démontre que le policier Beaulieu ne les a pas utilisés pour ne pas gêner la personne interpellée ou créer un attroupement.
-       La visibilité lors de la manœuvre : Rien dans la preuve ne permet de conclure que la visibilité était réduite.
-       L’état mécanique du véhicule : L’essieu de la roue arrière droite est cassé, entraînant une capacité de freinage réduite.

Jean Fortin du comite du 3 septembre
Photo Stevens Leblanc
Jean Fortin du comite du 3 septembre

Les réactions

« Nous sommes très heureux parce qu’il s’agit d’une décision fort bien fouillée, motivée et réfléchie. Elle confirme ce que nous avons toujours soutenu soit qu’il s’agissait d’un accident malheureux. »

 - Me Maxime Roy, avocat de la défense

« C’était une question de degré au niveau de la conduite de monsieur Beaulieu et, selon le tribunal, la poursuite n’a pas réussi à atteindre le niveau requis pour une condamnation au criminel. C’est une chose que nous respectons et nous n’irons pas en appel. »

 - Michaël Bourget, procureur de la Couronne

« Je suis extrêmement déçue et je ne ferai jamais mon deuil de Guy. Il aimait la vie, il était heureux... C’était un maudit bon gars. »

 - Sylvie Blouin, sœur de la victime

« Suite au décès de Guy, on sent que les policiers sont plus conscientisés. Dans Saint-Roch, ils font plus attention. Ils ne viennent plus avec leur voiture sur le parvis. Ils vont à pied, parler avec le monde alors ça, c’est un point positif qui ressort de l’événement »,

 - Jean Fortin, porte-parole Comité du 3 septembre