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Trump et les «pays de merde». Les mots me manquent

Trump et les «pays de merde». Les mots me manquent
AFP

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Dans une rencontre avec des législateurs sur la politique d’immigration, le président Trump a déclaré que les pays africains, Haïti et le Salvador sont des «pays de merde» (shithole countries). Comment devrait-on qualifier une telle attitude? Les lecteurs de ce blogue m’aideront sans doute à trouver le bon mot.

Hier, lors d’une rencontre avec des sénateurs sur la politique d’immigration, Donald Trump a déclaré que les États-Unis devraient fermer leurs portes aux immigrants des pays africains, de Haïti et du Salvador, qu’il a qualifié de «pays de merde» (traduction un peu décolorée de l'expression «shithole countries»). Du même souffle, il insistait que des efforts particuliers devraient être faits pour attirer des immigrants de pays comme la Norvège. Trump a nié avoir tenu de tels propos, mais au moins un témoin affirme qu’il a effectivement utilisé cette expression à forte connotation raciale, et qu’il l’a fait de façon répétée. Comment qualifier une telle attitude?

Ce n’est pas la première fois que Donald Trump démontre une telle attitude. La toute première apparition de Donald Trump dans les médias américains était en 1973, alors que son père et lui étaient poursuivis pour discrimination raciale systématique dans la sélection des locataires de leurs propriétés subventionnées par le gouvernement fédéral à New York. L’affaire s’est réglée à l’amiable en 1975 mais Trump père et fils ont été à nouveau accusés par le ministère de la Justice en 1978 pour discrimination raciale. En 1983, 95% des locataires d’un projet de HLM qui était la propriété de Trump étaient blancs. Comment qualifier une telle attitude?

En 1989, cinq jeunes afro-américains sont condamnés suite à une enquête sommaire et après un interrogatoire brutal pour le meurtre d’une joggeuse dans Central Park. Donald Trump publie alors une annonce à pleine page pour réclamer la peine de mort. Treize ans plus tard, les cinq accusés seront exonérés de tout blâme suite à la confession du vrai coupable, appuyée par les preuves d’ADN. Trump n’a jamais émis le moindre regret ni la moindre excuse et a toujours insisté sur la culpabilité des cinq jeunes.

Comment qualifier une telle attitude?

En 2000, Trump finance secrètement une campagne de publicité pour barrer la route à l’établissement de casinos autochtones qui feraient concurrence à ses établissements de jeu, en exploitant entre autres les préjugés envers les Amérindiens. Comment qualifier une telle attitude?

En 2011, Donald Trump mène une campagne teintée d’insinuations raciales mensongères contre Barack Obama, entretenant à grands renforts d’interventions médiatiques le mythe selon lequel Obama serait né au Kenya, ce qui rendrait sa présidence illégitime. Il entretient d’autres rumeurs dérogatoires au sujet du président, toutes formulées de façon à entretenir les préjugés raciaux de ses opposants. Comment qualifier une telle attitude?

Avant et pendant sa campagne présidentielle, Donald Trump insiste lourdement sur la composante raciale de la criminalité aux États-Unis. Il déclare faussement que la majorité des homicides sur des personnes de race blanche sont commis par des membres de minorités visibles. En 2015, il tweete une image qui affirme faussement que 81% des homicides sur des blancs sont commis par des noirs. Comment qualifier une telle attitude?

En 2015, au moment de déclencher sa campagne présidentielle, Donald Trump ciblait les immigrants mexicains, qu’il qualifiait en bloc de criminels et de violeurs. Comment qualifier une telle attitude?

Pendant la campagne, il en appelle à un arrêt total et complet de l’admission des musulmans aux frontières des États-Unis. Malgré de multiples tentatives de reformuler cette politique foncièrement discriminatoire, ses déclarations sur cet enjeu continuent à ce jour de cibler les musulmans. Comment qualifier une telle attitude?

À plusieurs moments pendant la campagne présidentielle, Donald Trump a fait des déclarations, souvent dénuées de fondements factuels, qui entretenaient les préjugés sur les minorités raciales. Par exemple, il qualifiait les communautés hispanophones et afro-américaines d’enfer où on ne peut littéralement pas se promener dans la rue sans se faire tirer dessus. Comment qualifier une telle attitude?

Depuis qu’il occupe la Maison-Blanche, les choses ne se sont pas vraiment améliorées. L’événement marquant a bien sûr été la réaction controversée du président aux événements de Charlottesville. Devant une manifestation de nazis et de suprémacistes blancs qui a résulté dans la mort d’une manifestante, Trump a maintenu que les deux côtés de la manifestation étaient à blâmer et a souligné qu’il y avait des gens très bien au cœur du groupe des manifestants d’extrême-droite à l’origine des violences. Comment qualifier une telle attitude?

La déclaration d’hier sur les pays considérés «merdiques» par l’homme qui occupe le poste qui devrait normalement venir avec le titre de «leader du monde libre» était donc loin d’être un événement isolé. Cet incident ne fait que révéler encore une fois une attitude qui ressemble à une constante dans le comportement de Donald Trump. Je suis sûr que les lecteurs de ce blogue vont m’aider à trouver le bon mot pour la désigner.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM