/opinion/blogs/columnists
Navigation

Finasserie coûteuse

Finasserie coûteuse
Photo Agence QMI, DARIO AYALA

Coup d'oeil sur cet article

Valérie Plante a sérieusement hypothéqué son capital de sympathie avec la présentation de son premier budget municipal comportant une augmentation du compte de taxe qui dépassait les engagements pris lors de la campagne électorale. Au-delà du budget qui peut heurter, c’est l’entêtement à prétendre avoir respecté ses promesses qui mine principalement sa crédibilité, en ce début de mandat, et qui risque de transformer le vent de fraicheur qu’elle apportait dans le paysage politique en odeur de renfermé.

Pour l’essentiel, la nouvelle mairesse a préféré finasser en prétendant que l’augmentation de la taxe foncière a été limitée à l’inflation et que ce sont les hausses de taxe des arrondissements et du fonds d’infrastructure qui entrainent une augmentation de la facture au-delà de l’IPC. Pour le citoyen, c’est plutôt la facture globale qui l’intéresse et il ne se perd pas dans ces distinctions lorsqu’il doit faire son paiement à la municipalité. Il risque de grogner encore plus fort lorsqu’il constatera que le budget est construit sur un taux d’inflation surestimé par rapport aux indicateurs des grandes institutions.

Certains chroniqueurs et observateurs de la scène politique affirmeront la normalité d’une telle disparité entre les promesses faites et les contingences du pouvoir. L’un est allé jusqu’à prétendre que le citoyen aime porter des lunettes roses pendant les campagnes électorales en rêvassant sur des promesses qu’il sait au fond de lui-même qu’elles ne se réaliseront pas. Nous serions ainsi les artisans du cynisme à l’égard du politique en nous berçant d’illusions et en conspuant par la suite les politiciens qui ne nous offrent pas la vie en rose. Pis encore, certains instillent l’idée qu’il ne serait pas possible de faire de la politique autrement.

Quant à moi, il me semble que la vérité crue aurait eu meilleur goût et aurait rendu l’équipe de Valérie Plante plus fiable. Je ne connais pas les conseillers en communication de la nouvelle mairesse et de son équipe, mais ils se sont gourés de façon magistrale. Au lieu de s’égarer dans des explications alambiquées et de s’entêter à répéter les mêmes inepties sur toutes les tribunes, la mairesse aurait eu plus fière allure en admettant qu’elle ne pouvait respecter sa promesse, considérant les problèmes d’infrastructure et les besoins des arrondissements dédiés à des services de proximité. En sus, elle aurait pu invoquer le court laps de temps dévolu à la confection de ce premier budget et promettre de redoubler d’effort pour améliorer la fiscalité des Montréalais ou tout au moins les assurer qu’ils en auront pour leur argent.

Les politiciens, qui comptent des histoires, charment à court terme, mais disparaissent sans tambour ni trompette. Les politiciens qui réalisent les grands projets promis, entrent dans l’histoire et servent de modèle. Valérie Plante a été la première femme élue à la mairie de Montréal en 375 ans, il serait toutefois appréciable que l’histoire retienne d’autres marques de distinction pour elle. En plus de ses compétences, c’est son naturel et son franc parler qui l’ont amenée au sommet, souhaitons qu’elle les retrouvera bien vite après le rocambolesque épisode du budget.