/sports/ski
Navigation

Nicolas Fontaine tient les sauts à bout de bras

L’ancien champion de ski acrobatique s’occupe aujourd’hui du développement de ce sport

Nicolas Fontaine
Photo Pierre Durocher L’ancien champion du monde Nicolas Fontaine a transmis sa passion pour le ski acrobatique à ses enfants, Miha et Charlie, qu’on voit à l’entraînement au gymnase avant le début de la saison. Miha aimerait participer aux Jeux olympiques à son tour.

Coup d'oeil sur cet article

QUÉBEC | Il fut un temps où les spécialistes des sauts et descentes de bosses se partageaient la vedette dans le monde du ski acrobatique. C’était la belle époque des Laroche, Langlois, Rozon et cie. Les années glorieuses du « Québec Air Force ».

Les as des sauts ont eu un gros mot à dire pour aider la discipline du ski acrobatique à s’intégrer dans la programmation olympique lors des Jeux de 1992 à Albertville, tout d’abord à titre de sport de démonstration, et, en 1994, à titre de sport officiel aux Jeux de Lillehammer.

La domination de nos sauteurs sur la scène mondiale ne faisait alors aucun doute. Nicolas Fontaine fut le dernier membre de ce « Québec Air Force ». Cet ancien champion du monde a pris sa retraite en 2003.

À bout de bras

Quinze ans plus tard, Fontaine tient toujours à bout de bras cette discipline au Québec, lui qui a déménagé de Magog à Lac-Beauport il y a huit ans pour s’occuper plus activement du développement de la relève et du recrutement pour l’Association canadienne de ski acrobatique, tout en supervisant l’entraînement estival à la rampe d’eau du Centre Acrobatx Yves Laroche.

Parmi le groupe de jeunes s’exerçant sous sa férule, il y a son fils âgé de 14 ans, Miha. Fort talentueux, il est déjà champion provincial dans sa catégorie d’âge et on croit que Miha pourrait bien suivre les traces du paternel vers une participation aux Jeux olympiques de 2026.

Une passion familiale

Nicolas Fontaine, qui a pris part aux Jeux de 1992, de 1994, de 1998 et de 2002, est heureux de voir que ses enfants, Miha et Charlie, sont friands de ski acrobatique.

« Disons que je me suis arrangé pour qu’ils aiment effectuer des sauts, explique-t-il en souriant, lors d’une entrevue réalisée à l’Arpidrome de Charlesbourg. Je ne voulais pas qu’ils me demandent un jour quel genre de sport j’ai pratiqué durant ma carrière. Oui, j’ai encouragé mes enfants à faire du ski. Ça me permet de passer du bon temps avec eux. »

C’est un choix qu’on a fait en famille, au détriment du hockey, et je serai fier si Miha participe un jour aux Jeux olympiques en ski acrobatique. À 14 ans, il effectue des sauts à un degré de difficulté fort élevé, que je n’aurais jamais pu imaginer réussir à son âge. »

Nicolas Fontaine a été l’un des meilleurs sauteurs que le Canada a produits sur la scène du ski acrobatique.
Photo d'archives
Nicolas Fontaine a été l’un des meilleurs sauteurs que le Canada a produits sur la scène du ski acrobatique.

Est-ce difficile d’éviter de mettre trop de pression sur les épaules de son fils lorsqu’on constate qu’il a beaucoup de talent dans une discipline sportive qu’on a longtemps pratiquée ?

« J’essaie de ne pas trop le “coacher”. Je le laisse aller et on verra ce que l’avenir lui réservera. Miha s’exerce autant dans les bosses que dans les sauts. Il est important de développer les deux disciplines en même temps. Les grands champions que sont Alexandre Bilodeau et Mikaël Kingsbury l’ont fait quand ils évoluaient dans les rangs juniors. On leur a transmis la passion pour l’acrobatie à un jeune âge et ils ont choisi la bonne méthode en développant leur talent dans le cadre des deux disciplines. »

Ça fait 15 ans que tu t’impliques pour garder vivante la tradition des sauteurs en ski acrobatique au Québec et au Canada. Crains-tu parfois que cette discipline disparaisse du programme olympique, maintenant que la discipline du slopestyle a été ajoutée en 2014 ?

« Pourquoi faudrait-il abandonner les sauts ? À ce que je sache, en ski alpin, on n’abolit pas d’épreuves. Il y a une tradition à respecter. Je m’implique à fond parce que s’il n’y a pas de programme pour soutenir les jeunes qui commencent à pratiquer des sauts sur la rampe d’eau à Lac-Beauport, cette discipline pourrait effectivement être éliminée de la programmation olympique. À mon avis, les jeunes devraient pratiquer les deux épreuves afin de bien développer leurs aptitudes, autant comme skieur de bosses qu’en acrobatie. Les deux disciplines doivent être complémentaires. J’agis comme une sorte de chef d’orchestre. Je veux que tout le monde soit sur la même page et que la polyvalence soit prioritaire en ski acrobatique. »

Quel est le plus gros obstacle auquel tu es confronté ?

« C’est la diminution de l’aide financière des gouvernements. Le ski acrobatique a perdu des commanditaires majeurs après les Jeux olympiques de 2010 et j’ai même cru, à un moment donné, que l’épreuve des sauts n’allait pas survivre à ces coupes. On se bat pour trouver du financement. Ce n’est pas facile. L’aide financière est passée de 25 000 $ à 3000 $ seulement. Le fait qu’Olivier Rochon ait été forcé de rater les Jeux olympiques de 2010 et de 2014 en raison de blessures n’a pas aidé le financement qu’on obtient des gouvernements, qui tiennent toujours compte des résultats aux Jeux. Je suis néanmoins parvenu, ces dernières années, à rebâtir le programme de formation des entraîneurs et à développer un groupe de très bons jeunes sauteurs, inscrits dans le cadre d’un programme de sport-études à Québec. Il y a de l’espoir. Je rêve d’ailleurs que la station du Lac-Beauport puisse présenter les championnats du monde juniors de ski acrobatique en 2021. »

Quels ont été les plus beaux moments de ta carrière, ainsi que tes moments les plus difficiles ?

« Le ski était quelque chose de naturel pour moi. J’ai remporté quatre championnats d’affilée sur le circuit de la Coupe du monde et mon titre de champion du monde en 1997 au Japon a été ma plus belle réalisation. J’ai vécu ma plus grande déception en 1998 aux Jeux de Nagano. J’étais le grand favori et en voyant la note décevante que les juges m’ont accordée pour un premier saut que j’estimais aussi bien réussi que celui de l’année précédente dans le cadre du Championnat du monde, j’ai perdu ma concentration pour le second et j’ai dû me contenter de la dixième position. Je n’étais plus dedans et j’ai vécu une amère déception. Les services d’un psychologue sportif n’étaient pas disponibles pour les athlètes à l’époque. Je pense que ça m’aurait été bien utile... »

As-tu déjà songé à t’impliquer dans un autre domaine que le ski ?

« Jusqu’en 2010, j’ai eu beaucoup de plaisir à participer à des spectacles de ski acrobatique, tout en menant une carrière d’entraîneur. Mais à l’âge de 40 ans, je me suis demandé où tout cela allait me mener et j’ai accepté de me présenter aux élections municipales à Lac-Beauport. J’ai été battu par une faible marge de 47 voix, mais ça ne me dérangeait pas vraiment parce que je me serais retrouvé seul au sein du parti que je représentais, parti qui n’avait pas obtenu de bons résultats à ces élections. »

Comment as-tu vécu la perte de l’usage de l’œil droit en 2008 ?

« Ce fut causé, semble-t-il, par l’inflammation du nerf optique due à un caillot de sang. Deux ans plus tard, il a fallu remplacer mon œil par une prothèse d’acrylique. J’ai appris à vivre avec cette vision diminuée. Ça ne me nuit pas du tout dans mon boulot. »

Nicolas Fontaine a remporté plusieurs épreuves sur le circuit de la Coupe du monde, notamment au mont Tremblant.
Photo d'archives
Nicolas Fontaine a remporté plusieurs épreuves sur le circuit de la Coupe du monde, notamment au mont Tremblant.

► Nicolas Fontaine est né le 5 octobre 1970 à Magog. Il réside aujourd’hui à Lac-Beauport. Sa conjointe Caroline et lui sont parents de deux enfants, Miha (14 ans) et Charlie (10 ans).

Travail : Nicolas est responsable du recrutement pour l’Association canadienne de ski acrobatique et il est le vice-président du Centre Acrobatx Yves-Laroche.

Carrière : quatre fois champion sur le circuit de la Coupe du monde dans l’épreuve des sauts, soit de 1997 à 2000, Nicolas Fontaine a aussi été sacré champion du monde en 1997. Il a pris part à quatre éditions des Jeux olympiques, récoltant une 2e position en 1992 à Albertville, une 6e place en 1994 à Lillehammer, une 10e position en 1998 à Nagano et une 16e place en 2002 à Salt Lake City.