/news/society
Navigation

Rémunération des médecins et travail autonome: «De pauvres travailleurs autonomes...»

Caroline Bédard
Photo courtoisie PIerre Latour Caroline Bédard

Coup d'oeil sur cet article

Dans la foulée de l’actualité à propos de la condition des médecins et de leurs bonus pour la ponctualité, il est faux de dire qu’ils sont de pauvres travailleurs autonomes !

À l’Alliance québécoise des travailleurs(euses) autonomes, nous rencontrons des personnes qui vivent de leur passion et qui, souvent, ont de la difficulté à joindre les deux bouts.

C’est quoi, un vrai travailleur autonome

C’est quoi, au juste, un VRAI travailleur autonome ? Statistique Canada estime que quelque 2,5 millions de Canadiens, soit 15 % de la population nationale, sont des travailleurs autonomes, une catégorie qui regroupe les propriétaires d’entreprises, les pigistes et de nombreux travailleurs contractuels. Toujours selon Statistique Canada, 24 700 emplois au Québec ont été créés dans cette catégorie au cours des neuf derniers mois. On parle d’une augmentation de 4,5 % de travailleurs autonomes depuis mars 2017 sur le marché du travail au Québec.

Nous considérons qu’il s’agit de 24 700 personnes qui ont choisi de travailler de leur passion, incluant tous les grands défis que cela comporte. Bien sûr que de travailler pour soi est stimulant et enrichissant, car on peut se permettre de toucher à toutes les sphères d’une petite entreprise. Par contre, ces personnes n’ont aucun montant d’argent parce qu’ils arrivent à l’heure comme les médecins, ce sont des personnes qui font énormément de prospection pour avoir de nouveaux clients. Sans prospection, pas de client, pas de revenus supplémentaires ! Et les revenus pour un travailleur autonome, c’est le pain et le beurre qu’on met sur la table, c’est l’hypothèque qu’on doit payer, etc.

D’après nos comptables...

D’ailleurs, selon nos comptables, nous ne pouvons facturer seulement à un client, car on pourrait croire qu’il est notre employeur et non un client. Selon Statistique Canada, en 2009, le revenu moyen d’un travailleur autonome était estimé à 46 200 $ par année, soit 57 800 $ pour ceux constitués en société et 38 900 $ pour ceux qui ne le sont pas.

La sécurité financière

Maintenant, qu’en est-il de leur sécurité financière ? Aucune sécurité. Un travailleur autonome doit tenir ses finances très serrées afin de passer les mois de l’année où il a moins de revenus. Le travailleur autonome n’a pas de fonds de pension, de vacances payées, de congés de maladie, de prestations de retraite, de prestations de maladie. Il faut qu’il prévoie tout à l’avance, à même les revenus générés durant l’année. Un travailleur autonome, c’est quelqu’un qui se jette d’un avion dans le vide et construit un parachute pendant la descente pour sécuriser son arrivée. C’est un sport extrême, mais tellement excitant !

Nos amis les médecins

Quant aux médecins, ils ne font jamais de prospection pour avoir de nouveaux clients. Un médecin facture TOUJOURS au même client, c’est-à-dire le gouvernement. Un médecin gagne plus de 400 000 $ par année. Un médecin ne manquera JAMAIS de travail. Un médecin a une sécurité financière... À la lumière de ces faits, vous constatez facilement que le médecin n’est pas un travailleur autonome.

Alors, s’il vous plaît, arrêtez de dire qu’ils sont de « pauvres travailleurs autonomes » ! Le client rêvé pour un travailleur autonome serait quoi, d’après vous ? Je vous laisse le soin d’y réfléchir !

Caroline Bédard est présidente-directrice­­­ générale de l’Alliance québécoise des travailleurs(euses) autonomes et propriétaire de l’agence KB Communication.

www.allianceqta.com