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Deux drames pour un enfant

Deux drames pour un enfant
Photo courtoisie

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Les drames de l’enfance sont d’autant plus vifs quand ils sont racontés avec délicatesse, et Hugues Corriveau sait y faire. On n’a qu’une envie : serrer dans nos bras le jeune Thomas.

Hugues Corriveau, qui a tout écrit – poésie, romans, nouvelles, essais – depuis quarante ans, le raconte lui-même à la fin de La fêlure de Thomas, il avait lancé la première version de cette histoire il y vingt ans, dans une nouvelle. Elle est revenue le hanter, ­demandant à se déployer.

Vol à main armée

L’auteur a donc remis en scène un garçon de 11 ans qui, comme on joue des tours, vole de la gomme au dépanneur, sous le regard complice de la gentille caissière. Mais un soir, alors qu’il est seul avec elle dans le petit commerce, deux « gars à capuche » entrent : un vrai vol a lieu et la caissière est assassinée. L’un des bandits en perd son revolver, qui glisse jusqu’à Thomas, caché. Celui-ci s’en empare et tire, tuant les deux voleurs.

Le monde de thomas

C’est ainsi que nous entrons dans le lourd monde de Thomas, fait de misère matérielle et affective. Le père est parti, la mère n’en a que pour l’aîné de ses deux garçons. Mais Will, enfant adulé et frère adoré, mourra tout jeune, alors qu’il s’amusait avec Thomas.

Thomas a maintenant deux drames mortels sur la conscience. Nous suivrons sa manière d’y faire face dans sa tête, tout en nous identifiant à l’enquêteur, « l’homme patient » comme Corriveau le présente. Pour comprendre ce qui s’est passé dans le dépanneur, l’enquêteur doit absolument parler à ­Thomas. Mais celui-ci, recroquevillé dans un coin de sa chambre, reste d’autant plus muet qu’à ses côtés, sa mère ne cesse de l’abreuver d’insultes. Comment dès lors établir un lien de confiance avec cet enfant terrifié ?

Amour fraternel

C’est dur, et pourtant, ce n’est pas le misérabilisme qui caractérise ce récit. C’est plutôt son immense tendresse – à cause tant de l’attitude de l’enquêteur que de la manière dont Thomas se raccroche aux doux souvenirs de Will le Magnifique.

L’amour fraternel trouve ici une magnifique description : mélange d’admiration, du plaisir physique de la bataille, de jeux inventés, de l’ennui partagé, de réconfort face aux dangers du monde – dont la mère fait partie. On y croit totalement.

On ne sait trop par contre à quelle époque se situe l’histoire de Thomas, car la religion catholique pèse dans le récit et les connaissances intellectuelles des deux enfants font très « école classique ». Or il fait aussi allusion à Facebook et aux selfies. C’est confondant.

Heureusement, l’essentiel est ailleurs : dans la beauté des mots qui racontent les blessures d’un enfant seul avec sa peine, univers que Corriveau sait bien exploiter. Des mots dont Thomas se sert aussi pour s’extirper de sa sombre réalité. Car ce roman en fait foi, l’art peut combler les fêlures.