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« Nous avons besoin de nous réconcilier avec notre héritage amérindien »

« Nous avons besoin de nous réconcilier avec notre héritage amérindien »
Photo Jean-François Desgagnés

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Bien avant de devenir un film sur Montréal, dont la première présentation publique faisait partie des festivités du 375e, la fresque historique Hochelaga, terre des âmes est d’abord et avant tout une œuvre née du besoin du cinéaste François Girard de creuser ses racines. « J’avais le désir de montrer là où je vis », dit-il.

« Jamais je n’avais montré Montréal ou le Québec, sauf dans Le violon rouge, avec Sam Jackson », explique le réalisateur, qui a tourné avec de grands noms comme Keira Knightley, dans Silk, et Dustin Hoffman, dans Boychoir.

C’est chose faite dans Hochelaga, terre des âmes, un film ambitieux qui nous transporte dans cinq époques différentes de l’histoire de Montréal.

À travers le personnage d’un archéo­logue mohawk (Samian) appelé à fouiller le sous-sol du stade Percival-Molson­­­, Girard fait sienne une thèse voulant que se trouve à cet endroit, au pied du mont Royal, le village d’Hochelaga, où aurait débarqué Jacques Cartier (joué par l’acteur français Vincent Perez) en 1535.

L’arrivée du navigateur français constitue évidemment un des tableaux historiques présentés dans le film, tout comme la fièvre pourpre ayant décimé les colons, la rébellion des patriotes et remontant même jusqu’à 1267, au moment où seules les Premières Nations occupaient le territoire.

Les autochtones occupent d’ailleurs une place prépondérante dans le récit, construit de façon à nous rappeler qu’ils habitaient ce qui allait devenir le Québec, longtemps avant l’arrivée des Français. « Collectivement, je pense que nous sommes rendus à un point où on a besoin de se réconcilier avec notre héritage amérindien », déclare ­François Girard.

Une scène du film Hochelaga, terre des âmes
Photo courtoisie
Une scène du film Hochelaga, terre des âmes

Pas encore la réconciliation

Hochelaga, terre des âmes serait-il alors un film de réconciliation ? Le comédien et rappeur Samian, d’origine algonquine, ne va pas jusque là.

« Il ne peut y avoir de réconciliation tant et aussi longtemps que l’on vit dans un pays où un régime d’Apartheid, la Loi sur les Indiens, est encore actif en 2018. Le Canada a fêté son 150e anniversaire et la loi a 142 ans. Pas besoin d’être fort en mathématiques pour y voir de la tyrannie », affirme Samian, qui préfère parler de « reconnaissance et d’une prise de conscience ».

Cette précision apportée, le comédien affirme qu’il n’a pas hésité une seconde à accepter la proposition de François Girard. « Ma première réaction, quand j’ai vu qu’il allait aussi loin dans l’histoire, a été de me dire : enfin, quelqu’un le fait. »

Un budget important

Pour reconstituer cinq époques, le cinéaste a pu miser sur plus de quinze millions de dollars, un budget d’une ampleur inédite pour un film québécois.

Le comédien Gilles Renaud, habitué aux tournages à moyens modestes, voit la chose autrement. « Quand on a tourné dans le trou, il y avait une structure avec des grues. Ce n’était pas en broche à foin. Les techniciens d’ici travaillent sur les films américains qui se tournent à Montréal, mais nous, les acteurs, on ne travaille jamais sur ces films. Alors, se retrouver tout à coup avec des conditions de travail extraordinaires, ça replace les affaires. »

Dans les écoles ?

Même si sa thèse voulant que le village d’Hochelaga soit situé sur le site du stade Molson demeure fictive, bien que plausible selon plusieurs historiens, François Girard croit que son film aura une durée de vie plus longue que sa carrière en salle. « C’est un regard sur nous-mêmes qui pourrait très bien avoir une valeur pédagogique », croit François Girard.


Hochelaga, terre des âmes prendra ­l’affiche vendredi.