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Le procès fait à Lisée

Le procès fait à Lisée
Photo d'archives, Simon Clark

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Les démissions en rafale de plusieurs députés péquistes, parmi ceux-là certains des plus importants du caucus, confirmeront certainement dans l’esprit public l’idée que le Parti Québécois s’engage dans une année extrêmement difficile qui pourrait lui être fatale. Je reviendrai demain en chronique sur les suites à prévoir pour le PQ dans les circonstances actuelles. Pour l’instant, je me permets un bref commentaire sur le procès de Jean-François Lisée auquel on assistera dans les prochains jours.

On le sait, dans son livre Naître colonisé en Amérique (Liber, 2017), Christian Saint-Germain a défendu la thèse apparemment loufoque et vaguement psychanalytique voulant que Jean-François Lisée ait été choisi par les membres du PQ à la manière d’un bouc-émissaire devant porter l’odieux de l’effondrement du mouvement souverainiste lors des prochaines élections. On pouvait en rire de bon cœur mais il n’en demeure pas moins que dans les prochains jours, la tentation sera forte de faire porter à Lisée la responsabilité exclusive de la décomposition du PQ. On fera son procès.

Mais cette dénonciation attendue reposera la plupart du temps sur une réflexion historique allégée, se rendant coupable de présentisme. Ce qu’il faudrait rappeler, c’est que la crise du PQ correspond à une crise du souverainisme, qui elle-même s’explique par la décomposition de la question nationale dans les suites de la défaite référendaire de 1995. Comment maintenir un parti souverainiste au cœur du jeu politique dans une société qui veut désinvestir la question nationale de l’espace public?

Depuis 1995, et plus encore, depuis la démission de Lucien Bouchard, les souverainistes n’ont connu qu’un long déclin. Ils ont essayé de reprendre l’initiative de bien des manières et qu’ils n’ont pas toujours bien joué leurs cartes. Était-il possible de relancer une offensive référendaire en 1996? Je le crois. Était-il possible de contenir la montée de l’ADQ puis de la CAQ en évitant de trop déserter le flanc droit du nationalisme? Je le crois aussi. Mais ce n’est pas arrivé. Et il est trop facile d’écrire après-coup une histoire des occasions ratées, à la lumière de la raison spéculative.

En fait, la seule fois où les souverainistes ont repris le contrôle du jeu politique, c’est lorsqu’ils mirent de l’avant la stratégie identitaire, avec la Charte des valeurs, parce qu’alors, ils s’accordaient à la sensibilité nationaliste d’aujourd’hui. La défaite de 2014 n’a pas remis en question la place croissante de la question identitaire dans le Québec d’aujourd’hui et la CAQ, d’ailleurs, en a profité se hisser au premier rang en l’assumant. Paradoxalement, le système médiatique a à ce point culpabilisé le PQ d’avoir occupé ce terrain qu’aujourd’hui, il n’en veut plus.

La simple existence de la CAQ et de QS rend la vie impossible au PQ. Ces deux partis, chacun à leur manière, offrent un certain discours à tonalité nationaliste pour l’électorat tout en refusant de se positionner d’abord autour de la question nationale. La première croit que le Québec est administrable dans le régime actuel et prétend vaguement défendre l’identité québécoise. La seconde se dit souverainiste mais fonde son adhésion à l’indépendance non pas sur une critique du régime canadien mais sur une forme d’utopisme associé à la gauche radicale.

L’espace laissé au PQ est de plus en plus étroit. Et c’est une image d’impuissance qui se colle à lui. Dans la conscience populaire, il passe pour le parti de l’ancien temps, exagérément accroché à sa légende, et qui devra bien un jour disparaître pour que le Québec tourne la page de l’illusion indépendantiste. Et la jeune génération a été éduqué dans un environnement idéologique profondément antinationaliste, qui la rend étrangère à l’histoire québécoise et aux grandes aspirations qui la traversent.

Tout cela pour dire qu’on est en droit de se demander si un chef, quel qu’il soit, dans les circonstances actuelles, a les moyens de sauver le PQ d’un destin unioniste. Comme l’UN, le PQ pourrait périr. Ce n’est pas impossible, bien évidemment. Mais dans la mesure où le PQ n’apparait plus comme l’alternative provinciale au Parti libéral, la CAQ s’étant emparé de ce rôle, et ne peut pas non plus miser sur un grand sursaut indépendantiste dans une société indifférente à l’indépendance, les manières de redresser la situation sont limitées. Chose certaine, il devra mettre de l’avant des propositions fortes et polarisantes dans les prochains temps.

À tout le moins, pour Jean-François Lisée, c’est un parcours héroïque et tragique qui commence. On l’imagine mal démissionner à 8 mois des élections. On l’imagine mal aussi accepter sa défaite à l’avance. Peut-être aura-t-il dans les prochains temps du renfort, si Jean-Martin Aussant et d’autres figures souverainistes se joignent à lui pour sauver le PQ et lui redonner l’élan qui lui manque. Mais c’est Lisée qui sera à la barre en ayant en tête chaque jour la crainte d’être le commandant lors du naufrage du parti souverainiste. Dans l’adversité, peut-être surprendra-t-il les Québécois, qui aiment comme tout le monde les histoires où l’underdog surprend tout le monde?