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La classe de Mme C.: L’art de conjuguer

Chronique de la prof
illustration Fotolia

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« Le lab-école, quel beau projet ! », me disait mon frère autour de la table du jour de l’An.

Père de deux jeunes enfants d’âge scolaire, il est, comme bien des parents, enchanté par la démarche. Et avec raison.

Repenser l’école. Et pour ce faire, utiliser l’expertise de trois pros issus de domaines variés afin de nous la faire voir sous des angles neufs et différents.

Une assez bonne idée dans l’ensemble.

Bien que j’aurais minimalement inclus dans la locomotive de ce projet, au côté des trois autres penseurs, au moins un pro de l’éducation.

J’aurais peut-être même pris le risque de le mettre carrément aux commandes. Mais bon.

Jeter, donc, un regard neuf. Penser une école adaptée aux besoins actuels et futurs.

« Imaginons l’école de demain ensemble »

C’est le slogan de ce lab-école.

Je veux bien. Mais demain, quand ? Demain lundi ? Demain dans six mois ? Ou demain dans vingt ans ?

Parce que moi, dans deux semaines, je m’assois avec l’équipe du secondaire. Comme toujours à cette période-ci de l’année.

Pour présenter chacun de mes élèves. Un par un. Parler de leurs défis. De leurs forces. Finaliser le classement.

Et je serai, une fois de plus, dans le flou à propos de plusieurs de mes moineaux. Qui mériteraient des mesures d’adaptation dans « la grande école ». D’un soutien particulier. D’un encadrement spécial. D’un suivi serré.

Mais qui, faute d’avoir été évalués en psychologie, en orthophonie ou autre, risquent de passer un peu sous le radar.

Quoique les diagnostics ne garantissent pas nécessairement le soutien. Mais j’aurais au moins le sentiment que mes élèves et leurs parents quittent le primaire éclairés.

À moins que le secondaire ne m’annonce qu’il n’y aura pas deux, mais une classe spéciale l’an prochain. Et assurément pas par manque de besoins.

Et donc que mon Jérémie n’y aura sans doute pas sa place.

Des besoins maintenant

Après sept années passées, non sans peine, dans une classe primaire ordinaire, j’aurais souhaité qu’au secondaire, il ait enfin la place qu’il lui faut.

C’est aujourd’hui que j’ai besoin de soutien dans ma classe. Que mes élèves ont besoin de soutien.

C’est aujourd’hui que tous doivent accéder aux outils technologiques. Pour que toutes les classes arrivent enfin en 2018.

C’est aujourd’hui que j’ai besoin de plus de livres. De dictionnaires et de grammaires appartenant à notre ère.

C’est aujourd’hui que des gymnases devraient être rénovés. Des cours d’école asphaltées et gazonnées. Des modules de jeux remplacés.

D’un ameublement de classe digne de ce nom.

Impératif, le présent

Repenser l’école. Avoir une vision. Ouvrir ses horizons.

Aller voir ce qui se fait de bien chez nous et ailleurs. S’en inspirer. Innover. Créer.

Quelle démarche emballante ! Pas parfaite. Mais emballante.

Et surtout absolument nécessaire. Voire urgente.

Mais peut-on en même temps se donner une vision ET s’occuper des élèves de la classe 603/local A-16 s’il vous plaît ? Il est minuit moins une pour mes grands de 6e année.