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Le lait de la honte

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Vous trouvez que le lait et les fromages « de chez-nous » coûtent chers et que ce ne serait pas une mauvaise idée d’avoir un accès illimité au lait américain à bon marché en abolissant la fameuse gestion de l’offre?

Pour votre porte-monnaie, vous avez probablement raison, du moins à court terme, mais pour tous les autres aspects, il faudra vous boucher le nez au moment de déguster votre lait « made in USA » car il est une véritable honte sur le plan social, environnemental et de la santé.

Bien sûr, il y a d’excellents fromages américains et les fermes laitières familiales du Vermont ou du Wisconsin peuvent se comparer aux fermes québécoises. Cependant, elles sont en déclin face au modèle californien des fermes de 1000 vaches et plus, en milieu semi-aride, opérées par des travailleurs illégaux et qui produisent du lait aux hormones de croissance.

Si le lait américain a un goût si amer, c’est parce que :

  • des produits vétérinaires interdits ici sont autorisés aux États-Unis, y compris la somatropine qui force la production mais ruine la santé des vaches;
  • l’expulsion des travailleurs illégaux promise par Trump mènerait à la faillite de ce modèle économique qui repose sur l’exploitation de ces personnes, souvent dans des conditions de semi-esclavage;
  • c’est un non-sens environnemental et agronomique de regrouper plusieurs milliers de bêtes, jusqu’à 15 000 sur certaines fermes du Nouveau-Mexique, dans des endroits qui manquent d’eau et où ces herbivores sont nourris presqu’exclusivement de céréales importées d’autres régions;
  • la disparition des fermes familiales au profit de ces méga fermes crée un désert social dans les campagnes. Là où vivaient plusieurs familles, on n’aperçoit plus que les maisons mobiles où vivent les travailleurs illégaux;
  • partout où des systèmes comparables à la gestion de l’offre ont été abandonnés, en Australie, en France ou au Royaume-Uni, les intermédiaires ont empoché les économies promises, les familles ont continué à payer le plein prix et les milieux ruraux ont été déstructurés.

Est-ce ce modèle que nous voulons chez-nous? Il faut se poser la question au moment où les américains mettent énormément de la pression pour faire tomber la gestion de l’offre dans les négociations pour le renouvellement de l’ALÉNA.

Tout n’est pas merveilleux dans le monde laitier québécois et tout n’est pas sombre du côté américain. Pour toutes sortes de raisons, climatiques, technologiques ou simplement de taille, les fermes laitières américaines sont globalement plus efficaces que les nôtres.

Mais la productivité n’est pas tout. Nous devons continuer à progresser à ce chapitre, probablement en acceptant que nos fermes grossissent, mais sans sacrifier les valeurs essentielles que sont la sécurité et la qualité des aliments, la protection de l’environnement, l’occupation du territoire et la justice sociale.

Collaboration spéciale de l’Institut Jean-Garon