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Bonhomme et son harem de vendeuses de bougies

Bonhomme et son harem de vendeuses de bougies
Illustration Philippe Melbourne Dufour

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Avez-vous déjà songé que symboliquement, le Bonhomme Carnaval représente le roi d’un harem constitué de jeunes femmes qui travaillent à vendre la bougie, objet promotionnel qui finance l’événement? Vous ne trouvez pas ça étrange? Rétrograde? Misogyne? Paternaliste? Injuste?

Vous le savez peut-être déjà, je suis la cofondatrice de la Revengeance des duchesses. Depuis de nombreuses années, je m’intéresse au Carnaval de Québec et à ses représentantes féminines: les duchesses. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les duchesses et ex-duchesses ont toute mon admiration.

Elles ont utilisé, et utilisent encore aujourd’hui, la plate-forme que leur offre le Carnaval pour occuper l’espace public. Elles sont devenues, et deviennent encore aujourd’hui, de fières représentantes des différents arrondissements de la Ville de Québec.

Ce qui me gosse davantage, et ce depuis toujours, ce sont les organisateurs du concours des duchesses. Aujourd’hui (heureusement!), de nombreuses femmes sont impliquées dans la sélection des candidates, mais ça n’a pas toujours été le cas. Suffit de regarder le documentaire de l’ONF, Le soleil a pas d’chance, réalisé en 1975 par Robert Favreau, pour s’apercevoir que plusieurs critères de sélection concernaient le physique des femmes.

Tout d’abord, à l’époque, lorsqu’on reçoit les aspirantes duchesses, on les appelle par des numéros. L’un des membres du comité de sélection (formé majoritairement d’hommes) commente «la» numéro 61 en affirmant ceci: «Ils étaient beaux son sourire!»...Autre époque, autres moeurs! #boys_club

Les hommes du comité «sélection des duchesses» organisaient à l’époque un spectacle mettant en vedette les aspirantes duchesses. Ces hommes, qui ne sont pas beaucoup plus âgés que les jeunes femmes, en sont les metteurs en scène et les directeurs artistiques.

Par conséquent, ils donnent des instructions aux candidates, les dirigent, et vont même jusqu’à leur prescrire la manière de se laver les cheveux : «...le soir du spectacle, si t’as les cheveux gras, tu les laves juste avant de partir de chez vous.». Les jeunes femmes ne décident absolument rien par elles-mêmes. Elles sont totalement infantilisées. #paternalisme.

La meilleure scène du film, c’est la visite des duchesses à l’Hôtel de Ville de Québec. Une gang de «Bonhommes» prennent des photos, observent les jeunes femmes attentivement, rient grassement, se jettent des regards complices. Pour la photo officielle, les duchesses entourent de très près le maire de Québec et les bonshommes rient fort!

On devine leurs envies...Le photographe demande aux duchesses d’entourer le maire, de l’entourer encore plus près et encore plus près. Un homme moustachu insiste pour que les deux duchesses qui se trouvent de chaque côté de l’homme politique l’embrassent sur les deux joues, en même temps. Elles s'exécutent. Monsieur le Maire est comblé!

Clic! Photo. Le moustachu libère ensuite les duchesses: «C’est beau les filles, c’est fini pour aujourd’hui». #consentement

En effet Monsieur le moustachu, ça devrait être fini et depuis longtemps, mais le Carnaval de 2018 se sert toujours de jeunes femmes pour vendre sa bougie. Pourquoi? Parce que ça fait fantasmer les Bonhommes? Sinon, pourquoi n’inclut-on pas les hommes, les trans, les queers? Et pourquoi y a-t-il une limite d’âge? Le Carnaval a beau se bomber le torse et stipuler que le concours des duchesses a évolué, à part le 2000$ de compensation pour un travail qui en mérite sans doute le triple, je cherche désespérément les preuves...

Tout ce que je vois de nouveau, c’est l’utilisation de l’étiquette «entrepreneurship» pour que ça passe mieux.