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Comme un chien dans un jeu de quilles

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Le président Trump, champion du protectionnisme, de l’isolationnisme et de l’unilatéralisme, participe aujourd’hui à la grand-messe annuelle de l’internationalisme libéral. Il y sera certainement remarqué. Sera-t-il écouté ?

Il y a deux ans à Davos, l’idée même d’un président Trump était considérée comme impossible. L’an dernier, on se consolait en pensant que jamais ce populiste antimondialiste n’assisterait au rassemblement de l’élite globaliste qu’il vilipende sans relâche.

Il y est pourtant. À peine remise d’une chute de neige record, la coquette station balnéaire des Alpes suisses subit aujourd’hui la tempête Trump.

Pourquoi le président est-il à Davos et que souhaite-t-il en tirer ?

Pas si étonnant

À première vue, la présence à Davos d’un président pour qui l’opposition au mondialisme et l’anti-élitisme sont des marques de commerce pourrait étonner.

La doctrine « America First » de Trump contraste vivement avec l’internationalisme libéral de ce forum qui rassemble l’élite des politiciens, des milliardaires et des intellectuels en vue.

Mais Donald Trump se déplace rarement pour écouter les autres et sa présence à Davos revêt une importance symbolique particulière.

Malgré sa fortune, Trump a longtemps été boudé par cette élite dont les membres le considéraient comme un ignare, un imposteur ou un saltimbanque. Ce sera donc une douce revanche pour lui de voir ceux qui le snobaient hier se bousculer au portillon pour le rencontrer.

Accueil partagé

Le discours de Trump irritera certainement les tenants d’un ordre international libéral qui dépend d’un minimum de leadership de la part de la plus grande économie libérale du monde.

Personne n’aimera les appels à la fermeture et au chacun-pour-soi que Trump destinera d’abord à sa sacro-sainte « base ».

Malgré tout, quand Trump se vantera de la réforme fiscale républicaine qu’il a signée, ce sera de la musique aux oreilles des milliardaires et des grands patrons qui y trouvent d’immenses avantages. Entre deux conférences sur les inégalités de revenus, ceux-ci ne manqueront pas de faire pression en coulisses sur les dirigeants politiques pour qu’ils suivent l’exemple américain dans une course vers le bas qui ne peut qu’exacerber ces inégalités.

Leadership affaibli

Donald Trump a promis de rétablir la crédibilité et le respect qui sont les fondements du leadership international des États-Unis. À chacune de ses sorties à l’étranger, il parvient à affaiblir ce leadership.

À Davos, Trump occupera l’avant-scène et ses interlocuteurs le flatteront tous dans le sens du poil pour éviter d’écoper de ses sautes d’humeur. Ils sont toutefois conscients de la faiblesse de son pouvoir, alors que ses appuis populaires aux États-Unis et ailleurs sont historiquement bas et que l’étau de l’enquête sur l’affaire russe se referme chaque jour un peu plus sur lui.

Pendant ce temps, le leader du principal rival des États-Unis consolide son pouvoir. S’il est clair que le président américain sera plus entendu que son homologue chinois à Davos, il est loin d’être certain qu’il y sera plus écouté.