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Liberté et conséquences

Vincent Duguay
Photo courtoisie Vincent Duguay

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Je suis papa et je suis enseignant. La bêtise, c’est mon quotidien. À la maison avec mes trois enfants et à l’école avec mes 125 élèves. Est-ce que j’ai un problème avec ça ? Non. 

Mes adolescents, je les aime bien. Je leur pardonne facilement. Après tout, nous sommes là pour les éduquer. Autant que faire se peut, il faut les amener à réfléchir plutôt que de les encourager dans leurs niaiseries. J’aime à croire que nous devons être des exemples, des modèles.

Voilà pourquoi mon monde, celui des adultes, a le don de me mettre le feu au derrière. Un peu comme dans l’histoire de cet élève, Vincent Duguay, qui a envoyé une mise en demeure à sa commission scolaire.

Ce qui devait être une banale histoire réglée à l’interne est devenue une bombe médiatique. Ici, nous sommes des experts pour propulser au rang de rock star la voix de l’insignifiance.

« ...on réalise que ça touche beaucoup de gens. C’est un problème de société et de génération... Le nœud du problème, c’est que les sanctions débordent de la période d’enseignement. » - Benoit Duguay, père de Vincent

Il est vrai que si des accusés de crimes graves ont commencé à être libérés grâce à l’arrêt Jordan, pourquoi un élève devrait-il subir une ignoble conséquence lorsqu’il enfreint les règlements adoptés démocratiquement par le conseil d’établissement de son école ?

Si j’étais ton prof

Cher Vincent, défenseur de la veuve et de l’orphelin, si j’étais ton enseignant, j’aurais un mot ou deux à te dire.

D’abord, sache que je respecte tous les jeunes qui veulent changer le monde. Ils m’inspirent et me poussent à rester jeune dans ma tête. À conserver cette capacité à m’indigner, à me révolter. Mais...

Tu semblais souffrir de victimisation la semaine passée. Ton intro FB qui te présentait comme « Prisonnier à École Secondaire Charles-Gravel » en disait long sur ta relation avec ton milieu de vie. Je suis content de constater ta progression cette semaine. En effet, ta récente modification FB pour « Futur juriste à École de la vie » me rassure sur ta capacité d’adaptation et ton opportunisme.

Ensuite, tu as le choix de respecter ou non les règlements de ton école. Pour ton info, la liberté ce n’est pas de pouvoir faire n’importe quoi. La véritable liberté, c’est de jouir de la possibilité de choisir. Toutefois, un choix entraîne généralement une conséquence. Il s’agit malheureusement du revers de la même médaille. Eh oui ! La liberté a un prix.

En parcourant les nouvelles, j’ai lu que « c’est après que tes amis eurent perdu leur emploi ou eurent des problèmes de couple à cause de ces sanctions que tu as décidé d’aller de l’avant avec ta procédure. »

Futur juriste, tu représentes combien de clients ? Combien de tes amis ont perdu leur emploi ? J’imagine que si des vilains employeurs ont sacré à la porte des employés modèles pour une seule coche mal taillée, n’est-il pas alors tentant d’envoyer aussi une mise en demeure à ces abuseurs du pouvoir ?

Et tes amis qui ont des problèmes de couple à cause d’un manque de ... cellulaire ? Ne serait-il pas préférable que tu leur proposes de consulter le psychologue de l’école ?

Tu affirmes que « ce serait mieux de donner une retenue et ça aurait le même effet. Par exemple, on pourrait nous redonner le cellulaire à la fin de la journée de classe, et après une récidive, être suspendu pour une ou deux journées. »

Nous allons la mettre quand la retenue mon Vincent ? N’oublie pas que tu as le droit de déjeuner, de dîner et de quitter l’école (ou ta prison) au son de la cloche. Et une suspension... Tu rigoles ? Tu as aussi le droit d’assister à tes cours.

J’oubliais. Tu as également le droit inaliénable de ne pas faire tes devoirs et d'occuper un emploi.

Je vais te faire une confidence, je médite régulièrement cette citation de Jean Béliveau : « Un gagnant sait pourquoi se battre et quand céder à un compromis. Un perdant cède à un compromis quand il ne faut pas le faire et se bat pour quelque chose qui n’en vaut pas la peine. »

À l’instar de mes élèves, je souhaite vivement que tu deviennes un gagnant. Pour le bien de notre société. Entre deux cours, j’aurais adoré discuter avec toi de réels combats possibles : en éducation, en santé, en culture, en économie ou encore en environnement.

En attendant, j’ai un devoir pour toi, futur juriste à l’école de la vie...

J’ai quelques élèves-clients qui veulent intenter un recours collectif, car ils reçoivent des conséquences qui briment leurs droits lorsqu’ils arrivent en retard à leurs cours. Ces jeunes ont de l’ambition et leurs parents appuient la démarche.

Leur suggestion ? Ils préféreraient recevoir une prime pour être ponctuels.

C’est probablement pourquoi leur mur FB indique « futur médecin à l’école des abus ».