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Enquête difficile dans une réserve

Alexandra Shimo
Photo courtoisie

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La journaliste torontoise Alexandra Shimo signe un essai qui témoigne de l’ampleur des problèmes sociaux auxquels font face les Premières Nations du nord de l’Ontario dans Le Nord invisible. Ce livre-choc, considéré comme le meilleur livre de l’année par le quotidien torontois Globe and Mail lors de sa sortie, fait le point sur un endroit où tout le monde est poussé au bout de ses ressources.

Alexandra Shimo, ex-rédactrice au magazine Maclean’s, s’est rendue dans la réserve de Kashechewan, dans le nord de l’Ontario, pour ­enquêter sur la rumeur voulant qu’une crise de l’eau potable ait été inventée de toutes pièces.

Souhaitant comprendre ce qui avait bien pu motiver l’élaboration de ce coup d’éclat, elle n’a pas tardé à réaliser, sur place, la somme de défis auxquels cette communauté éloignée était confrontée. Face à toutes sortes de problèmes, la journaliste s’est mise elle-même à perdre ses moyens.

Son récit est extrêmement troublant. Elle fait état des nombreux enjeux auxquels les communautés autochtones du Canada sont confrontées : manque de ressources, coût exorbitant des denrées alimentaires, éloignement, taux de suicide élevé, problèmes sociaux, conditions de vie précaires, disparitions et assassinats de femmes autochtones.

Au-delà des faits

Alexandra Shimo souhaitait, à travers ce livre qui est à la fois le résultat d’une enquête difficile sur le terrain et de travaux de recherche, aller au-delà des faits et des statistiques qui sont publiés dans les médias au sujet des réserves. « J’avais le sentiment que les gens eux-mêmes, leurs histoires et leur vie quotidienne manquaient. En partie parce que la couverture est assurée par les journalistes dans les salles de nouvelles des grandes villes comme Toronto et Montréal. On n’a pas le portrait de la vie réelle.

« Je travaillais à l’époque pour la CBC et je voulais être plus près de la réalité – j’ai décidé d’aller sur place », ajoute-t-elle. Elle est restée à Kashechewan quatre mois, puis elle y est retournée à deux reprises.

Cette expérience a changé sa vie. « Il y a des choses qui sont devenues la norme, là-bas. À un moment, un jeune est venu me demander si j’avais fait une tentative de suicide. J’avais dit non. Il m’a demandé pourquoi. J’ai dit : parce que j’aime la vie. Alors... dans un environnement pareil, le fait que les gens gardent espoir que les choses vont s’améliorer pour leurs enfants et les enfants de leurs enfants, qu’ils tiennent bon, c’est vraiment un acte de courage et de résilience. »

Conditions choquantes

Ce qu’elle a observé pendant son séjour à Kashechewan était terriblement choquant. « Le Canada est un pays très riche. J’ai été choquée de voir qu’on y retrouvait des conditions de vie d’un pays du tiers-monde – même du quart-monde : les prix sont extrêmement élevés pour la nourriture et les gens survivent avec l’aide sociale, avec environ 400 $ par mois. Ils n’ont presque pas les moyens de se nourrir. »

Alexandra Shimo pense que personne ne veut retourner au mode de vie traditionnel des années 1600. « Ce que ces gens veulent, et ce que le conseil de bande de Kashechewan souhaite faire, est de créer des projets de développement économique qui vont leur permettre d’être autosuffisants économiquement. Il y a deux volets : ils veulent obtenir leur identité spirituelle, mais aussi devenir plus autonomes face à l’avenir – un avenir où ils peuvent s’épanouir et progresser économiquement. »

<b><i>Le Nord invisible</i></b><br>
Alexandra Shim,  Les Éditions de l’Homme, 228 pages
Photo courtoisie, Les Éditions de l'Homme
Le Nord invisible
Alexandra Shim, Les Éditions de l’Homme, 228 pages
  • Alexandra Shimo est journaliste émérite, ex-rédactrice au magazine Maclean’s. Elle vit à Toronto.
  • Le Nord invisible a été nommé Livre de l’année 2016 du quotidien torontois Globe and Mail.
  • L’auteure présente des conférences à l’université sur les sujets traités dans son livre.