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Éloge du monstre

<b><i>Monstre</i></b><br />
Depardieu<br />
Éditions le cherche-midi
Photo courtoisie Monstre
Depardieu
Éditions le cherche-midi

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Entre deux séances de tournage, de spectacles et de bouffe gargantuesque, l’incontournable Gérard Depardieu reprend la plume. Après s’être livré dans un premier ouvrage, où il nous racontait son enfance de petit voyou, Depardieu nous livre aujourd’hui ses réflexions et ses confidences de monstre, tout en revenant sur son passé.

« On parle du harcèlement sexuel, affirme-t-il d’emblée, mais tout est devenu harcèlement – le politique, les médias, la société, cette information lancinante. » Il y a tellement d’embûches qu’on sème sur le chemin de celui qui veut percer, que tout élan spontané est impossible et qu’il ne nous reste plus qu’à tourner en rond. Mais Depardieu s’y refuse et plaide en faveur de la liberté et du silence.

Il faut garder ses zones d’ombre et ne pas tout étaler sur Facebook, dit-il dans un éloge du secret, y compris pour les artistes, qui sont tellement pressés de lancer leurs mots au public, « comme s’ils ne pouvaient pas exister dans le silence. [...] Les silences de Marguerite Duras étaient fascinants ». Et la vérité se cache dans la ponctuation qui fait place aux silences, à la respiration et aux vibrations de l’âme, qui permettent une communion avec les spectateurs.

La méthode Depardieu

C’est le Depardieu animal de chair et de sang qui parle. Selon lui, le désir et la vie viennent en premier, avant l’idée. Cette philosophie de celui qui s’est façonné par lui-même, dans la rue, en dehors de l’école, l’oppose aux intellectuels, trop portés à se regarder dans le miroir et à poser. « Ils ne laissent jamais vivre leur chair, ils ne bandent que dans leur crâne. [...] Ils préfèrent raisonner que ressentir. » L’émotion part toujours du cœur et du corps, clame-t-il, et non pas de la tête.

Bien sûr, la méthode Depardieu ne s’applique pas à tout le monde, on ne peut pas revendiquer cette liberté totale où tous rejetteraient l’école et l’apprentissage de la culture. Mais cette façon de faire sied très bien à ce comédien sanguin qui n’a pas eu d’autre choix que d’apprendre sur le tas, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

Cet apprentissage hors norme a façonné son monstre intérieur, avec ses fantaisies, ses débauches et ses démesures, à l’opposé de la majorité des artistes, « petits comptables de leur image, de leur fonds de commerce [...] qui prennent soin de toujours briller et finissent par ne plus faire les choses que pour se montrer ».

Un seul regret

Depardieu est à prendre tel quel ou à laisser. Il préfère demeurer dans la marge, loin des moralisateurs et des donneurs de leçons. Ce n’est pas une posture, une fantaisie de riche qui mènerait une double vie. D’ailleurs, il avoue qu’il a toujours préféré « les rôles qui ne sont pas forcément aimables », se rangeant du côté des « pires salauds. [...] Il y a toujours un aspect du mal qui est comme le bon cholestérol ».

Depardieu ne se croit pas parfait, loin de là. Il se dit attentif à ses défauts et plaide en faveur de l’excès. « Il faut pourtant être abondant, excessif, quitte à parfois se tromper. »

Il refuse la nostalgie, c’est le présent qui l’intéresse et il avoue qu’il n’y a aucune histoire d’amour qu’il voudrait revivre. « Le passé, c’est un bagage qui nous scie l’épaule. [...] Seul le présent me mobilise. »

Il n’a qu’un seul regret, c’est de ne pas avoir été assez à l’écoute de ses enfants et il leur demande pardon.

Et la mort dans tout ça ? « Ce n’est pas un point d’interrogation, c’est un joli point d’exclamation sur le vécu. »