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Pas si gentilles...

Pas si gentilles...
Photo courtoisie

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Il faut se méfier de la fragilité ou de la gentillesse apparente. Elles peuvent faire écran à une impitoyable détermination. En 12 nouvelles, L’allumeuse le démontre habilement.

Suzanne Myre a l’habitude des personnages déroutants, elle qui, depuis des années, conjugue une œuvre solide d’écrivaine et son travail de brancardière à l’hôpital.

Son tout nouveau recueil de nouvelles, L’allumeuse, est de la même eau : méfiez-vous des apparences ! Les onze femmes et un homme qui sont mis en scène en font foi.

Tourments de jeunesse

Ainsi, de la première nouvelle qui donne son titre au recueil, on y découvre la colère secrète d’une adolescente qui s’est retrouvée sur la fine ligne où se mêlent l’abus de l’adulte et la curiosité d’une sexualité en éveil.

On est dans les années 70 et Annabelle, 12 ans, s’est laissé séduire par le bedeau de la paroisse, un peu consentante, un peu ensorcelée, mi-confuse et mi-tentée. Quand il quitte sa fonction sans la prévenir, c’est pour elle un tel choc qu’elle provoque un incendie dans l’église, puis s’enferme dans sa bulle.

Mais elle le reverra, car cet homme devient, par hasard, le nouvel amoureux de sa mère. Mal lui en prit, il finira assassiné, avec une narratrice au-dessus de tout soupçon. Ce qui laissera quand même des traces dans sa vie.

Ce sombre récit est raconté avec un tel mélange de délicatesse et de sarcasme qu’il témoigne parfaitement des tourments de l’adolescence, tout en dressant un portrait précis de l’époque.

Montréal-Nord

Ce ton particulier traverse tous les textes. Certains sont toutefois plus cruels que d’autres. Ainsi, dans la nouvelle « Ritcharde », une fillette de 10 ans aura sa façon bien à elle de se venger de sa très égoïste maman. À l’inverse, dans « Bébé à jeun », la mère, jeune femme battue, cherche à protéger son enfant qui va naître, mais d’une manière qui, on le voit déjà, s’annonce bien vaine.

Mais on trouve aussi de l’empathie. Elle est même au cœur de la très belle nouvelle « Les mégots du directeur ». On y suit les premiers pas d’un jeune enseignant à la polyvalente Calixa-Lavallée de Montréal-Nord, à la sinistre réputation. Il est bien déterminé à tenir le coup face à des élèves rebelles et, surtout, face au cynique directeur adjoint. Pas de suspense, il y arrivera, et ça nous est finement raconté.

Ces nouvelles ont par ailleurs un trait d’union ­accrocheur : elles se déroulent toutes à Montréal-Nord, « lieu bigarré auquel la littérature ne s’intéresse jamais », comme le mentionne le quatrième de couverture. Il s’en passe pourtant, des choses, dans ce quartier autrefois de classe moyenne, aujourd’hui multiethnique et considéré avec méfiance.

Comme Suzanne Myre y est née, elle sait en explorer tous les recoins. Une autre manière d’aller au-delà des apparences et de nourrir les drôles d’histoires qu’elle sait si bien raconter.