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Trop chicken pour prendre de la drogue en avion

Un dispensaire du centre-ville de Vancouver
Photo Annabelle Blais Un dispensaire du centre-ville de Vancouver

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La fille du dispensaire ne portait pas de sarrau. C’est peut-être un détail, mais je ne lui faisais pas confiance à 100%. Je n’ai donc pas eu le courage de consommer de la drogue avant d’embarquer dans l’avion.

Il y a deux semaines, je suis allée à Vancouver. J’en ai profité pour visiter quelques dispensaires. La différence avec le Québec est hallucinante.

Chez nous, il y a le centre compassion, à Montréal. C’est pas mal ça. Et il n’est même pas à l’abri des descentes policières, en plus.

À Vancouver, il y a 15 boutiques de ventes ou clubs compassion, 32 qui sont en attente d’une autorisation de la Ville et 72 qui ont pignon sur rue sans toutefois avoir les autorisations.

Pour vous dire à quel point le cannabis est toléré là-bas, il y a même quelques cafés où on peut fumer du pot sur place. Le Amsterdam canadien, genre.

Ça tombe bien, Jeremiah Vandermeer, le chef des opérations de Cannabis Culture qui possède des dispensaires, m’a fait visiter son voisin, le New Amsterdam Café.

«Les gens peuvent venir fumer ici à partir de 5pm», m’a-t-il expliqué.

Mon regard s’est alors porté vers couple qui se fumait un quatre papiers. Il était midi.

«Ouin, je pense que le dimanche, c’est à partir de n’importe quelle heure...», a-t-il nuancé sans grande conviction.

Un dispensaire du centre-ville de Vancouver
Photo Annabelle Blais

 

Quelques heures plus tard, je déambulais dans les rues de Vancouver, à la recherche d’un bon resto de sushis. Je suis plutôt tombé sur un dispensaire, le Green Room.

À l’intérieur, il y avait un comptoir et des tables où se trouvait un client occupé à se rouler un joint. Sur les étagères, il y avait des contenants de cannabis et de gélules. Et sur les murs, il y avait des affiches pour expliquer les maux que le cannabis pouvait traiter: dépression, perte d’appétit, douleur chronique, etc.

Je devais prendre l’avion quelques heures plus tard, alors je n’allais pas acheter du pot. Mais, j’étais curieuse d’essayer quelque chose. Journaliste de terrain, tsé. Gonzo pis toute.

J’ai rempli un formulaire en deux minutes et ils ont fait une photocopie de mon permis de conduire. Puis hop, à moi l’or vert ! Sans prescription.

«Qu’est-ce que je peux vous offrir ? », m’a demandé la fille au comptoir. Elle ne portait pas de sarrau, mais son regard était plein de... compassion (Dieu me jugera).

«Je vais prendre l’avion, je suis toujours un peu stressée. Que me recommandez-vous?», ai-
improvisé.

C’est vrai que je stresse un peu en avion. Disons que j’ai de la difficulté à dormir et j’ai une fâcheuse et étrange tendance à pleurer en regardant des films que je snoberais en temps normal (je vous hais Marley and Me et P.S I love you).

La vendeuse m’a suggéré d’essayer des capsules de CBD.

Un petit rappel s’impose
 

THC (tétrahydrocannabinol): c’est le principal composant psychoactif de la marijuana. Il est responsable des effets euphoriques. C’est grâce au THC que, lorsque vous regardez ben gelé un documentaire animalier ou une info-pub mal traduite, vous vous dites : «C’est fucké, pareil!»

CBD (cannabidiol): Deuxième substance présente dans le cannabis. On lui prête des effets thérapeutiques, sans euphorie. Il aide à traiter les inflammations, les nausées et l’anxiété. Grâce à lui, vous avez envie de dire à votre chum rushant: «heille, man ! Relaxe» 

La dame au comptoir a insisté : si je prends des gélules de CBD, je serai détendue et n’aurai pas de buzz.
J’ai beaucoup entendu parler de CBD, mais on dirait que j’avais peur de me sentir défoncée dans l’avion, pliée en deux en regardant les gags Juste pour rire sur mon petit écran de siège.

L’horreur.

J’ai quand même acheté deux gélules de 50 mg pour un gros 10$ en me disant que je verrais bien.

Mais à l’aéroport, j’ai finalement opté pour une méthode de détente éprouvée par des années de recherche médicale : un verre de vin rouge. Ok plutôt deux.
Bon, ok, trois.

Quant aux gélules, je les ai soigneusement caché oublié dans mon flacon d’Advil.

Ce n’est qu’une fois revenue dans le confort de mon appartement que je me suis finalement claquée une gélule. Je me suis vite sentie ben relaxe. Pis je ne me suis endormie. C’est tout. Fin de l’histoire.

Qui doit vendre le cannabis ?

De retour au travail, j’ai suivi avec attention l’étude du projet de loi 157 qui encadrera le cannabis, au Québec. L’Association des pharmaciens propriétaires (APPQ) et l’Ordre des pharmaciens sont venus dire au gouvernement qu’ils voulaient le monopole de la vente du cannabis thérapeutique.

À l’heure actuelle, pour ce qui est du médical, une personne qui a une prescription achète directement au producteur de cannabis. Dans un reportage, j'avais déjà démontré que ce n'était pas si compliqué d'obtenir une prescription.

Les pharmaciens croient que c’est eux qui devraient le vendre, après tout, on ne demande pas à Pfizer de vendre ses antidépresseurs directement à Mme Tremblay m’a expliqué Jean Thiffault, le président de l’APPQ.

«Est-ce que les producteurs de cannabis connaissent les différentes sortes de cannabis ? On croit que les pharmaciens sont les mieux placés pour conseiller les gens», a-t-il ajouté.

La dernière fois qu’un ami a appelé un livreur de pot, il avait le choix entre du A, AA et AAA. Exactement les mêmes options que pour l’achat...d’un steak. Ce n’est pas avec ça qu’on va faire des choix éclairés pour traiter ses douleurs chroniques, on s’entend là-dessus.

Mais entre le dealer du coin et le pharmacien, il y a tout de même les producteurs de cannabis autorisés par Santé Canada. Et eux croient qu’ils peuvent continuer à vendre le cannabis.

« Nous aimerions voir la participation des pharmacies dans la distribution de cannabis, mais pas de façon exclusif », a répliqué Adam Greenblatt chef de marque au Québec du producteur Canopy Growth.

«Ils ne sont pas formés sur le cannabis du tout, c'est une expertise qui existe uniquement dans l'industrie de cannabis. Drôle que ça leurs a pris tellement de temps de montrer un intérêt considérant que ça fait 18 ans que le cannabis médical est légal au Canada», a-t-il ajouté.

Qui doit vendre le cannabis médical? Je n’ai pas la réponse. Mais comme je suis impressionnable, je pense être game de consommer avant de prendre l’avion ...si les pusher se mettent à porter un sarrau.