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Parlons de festivals d’humour... et d’argent public

Parlons de festivals d’humour... et d’argent public
Photo d'archives Agence QMI, Sébastien St-Jean

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La question des festivals d’humour revient beaucoup dans les médias ces temps-ci, et c’est tout à fait compréhensible. Il y a énormément de brouillard autour de la vie « post-Gilbert Rozon » de Juste pour rire / Just for Laughs.

Parallèlement, on note de la curiosité pour la venue d’un nouveau festival initié par la coalition des humoristes, le Grand Montréal Comédie Fest, sans parler du ComediHa! de Québec qui a lancé sa programmation 2018 récemment.

Le tout est assez excitant : les choses bougent beaucoup et relativement vite. Les cartes se brassent et, de l’extérieur, difficile de dire qui a les meilleures en mains.

Mais il y a aussi cette croyance populaire que l’humour est nourri par une pléiade de subventions, notamment par le biais des festivals.

Et bien non, mesdames et messieurs ! Et pour vous en convaincre, et pour comprendre ce qui s’en vient dans les prochaines semaines, mettons la table convenablement.

Il se tient annuellement entre cinq et sept festivals dédiés majoritairement à l’humour au Québec depuis le début des années 2000, et quatre ont survécu à l’épreuve du temps jusqu’ici – plus de cinq ans sans interruption.

Juste pour rire a donné le ton en 1983, puis s’est donné une réputation incontournable à l’international en 1985 avec Just for Laughs.

En 1998 et en 1999, ce sont le Festival d’humour en Abitibi-Témiscamingue (Val-d’Or) et le Grand Rire de Québec - devenu le ComediHa! - qui se sont ajoutés.

Le président-fondateur du ComediHa!, Sylvain Parent-Bédard
Photo d'archives, Stevens LeBlanc
Le président-fondateur du ComediHa!, Sylvain Parent-Bédard

Finalement, le dernier né qui se démarque par sa longévité est le Zoofest, petit frère « off » de Juste pour rire. Apparu en 2009, il se distingue par son orientation vers la relève et l’expérimental.

Comment s’explique la longévité d’un festival d’humour ? Cela dépend de plusieurs facteurs dont les plus importants sont le soutien de la ville, l’implication de la communauté d’affaires, les talents de gestion des organisateurs et la satisfaction du public.

Moins d'aide publique

L’apport de subventions peut aider, c’est certain, mais comparativement à plusieurs festivals artistiques et culturels québécois, qui, parfois, peuvent obtenir un financement public qui va au-delà de 40 % de leur budget, les festivals d’humour reçoivent beaucoup moins en deniers publics - de deux à quatre fois moins.

Sans oublier que certains festivals ne reçoivent pas d’aide du tout. Et ceux qui en reçoivent ont des comptes à rendre : on ne leur signe pas un chèque en blanc.

Là où les gros festivals peuvent tirer leur épingle du jeu est par la production télévisuelle et la vente de droits de diffusion des spectacles pour lesquelles ils obtiennent des crédits d’impôt.

Certains diront que la différence entre subvention et crédit d’impôt est mince, voire nulle. La différence que je vois est que le crédit d’impôt n’est pas obtenu à la suite d’une évaluation par un comité qui rejettera 75 % des demandes. Il est accessible à toutes les entreprises qui mettent sur pied un projet accepté pour la scène et/ou la télévision, donc pas seulement pour l’humour soit dit en passant.

Mais, et je le répète, certains festivals réussissent sans ce genre d’aide, quoiqu’ils sont également de moindre envergure. Les modèles économiques et artistiques de ces festivals diffèrent également. Un bel exemple est celui du festival Dr. Mobilo Aquafest de Montréal, créé et géré par des artistes de l’humour.

«Mais les zartistes, eux, qu’on subventionne pour tout et rien, les humoriches, c’est sûr que ça vit de nos taxes ? » Désolée, mais non ! Comme l’humour n’est pas reconnu comme un art par les institutions culturelles québécoises bailleuses de fonds, sachez que les artistes de l’humour ne reçoivent pas d’aide publique à la création.

Certains auteurs et metteurs en scène peuvent être des mois sans recevoir un sou quand ils travaillent sur un spectacle, puisqu’ils ne seront rémunérés que sur les profits de la vente de billets. Le tout les oblige à cumuler les contrats, et parfois de longues années d’angoisse et d’instabilité financière. Donc, non : l’humour n’est pas synonyme de richesse automatique.

Importance des festivals

On peut considérer que la moyenne de cinq à sept festivals d’humour par année est excellente pour le Québec, lorsqu’on considère notre population d’environ 8,4 millions (un festival pour 1,2 million d’habitants). Comparativement, les États-Unis ont un festival d’humour pour 2,2 millions d’habitants environ. En ce qui concerne le Royaume-Uni, avec sa vingtaine de festivals, c’est de l’ordre d’un festival pour 2,5 millions d’habitants, et la France, un festival pour 1,7 million.

En passant, saviez-vous que le premier festival d’humour que la recherche a repéré (en dehors des carnavals et fêtes foraines dont on trouve des traces jusqu’à l’Antiquité) n’est pas Juste pour rire ? Il s’agit du Festival d’humour de Vienne en Isère, en France, qui a fait ses débuts en 1981, deux ans avant Juste pour rire, et qui roule toujours sa bosse.

Les festivals d’humour sont des lieux et des occasions de s’immerger dans un monde parallèle, comme tout autre festival artistique. Certains artistes plairont, d’autres moins : tous les goûts sont dans la nature. Surtout, ce sont souvent des événements à coûts relativement bas pour le spectateur, surtout quand le festival offre des spectacles et des activités extérieures gratuites. Ils font partie de l’offre touristique d’une ville et d’une région, et apportent une distinction à leur communauté – parlez-en aux gens de Val-d’Or !

Maintenant que la table est mise, il ne nous reste plus qu’à attendre les développements de la vente de Juste pour rire / Just for Laughs. Qui sait quels effets cela aura sur le reste de l’industrie québécoise et internationale ?!