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Le discours sur l’état du «trumpisme»

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Photo AFP Le président Donald Trump, lors de son discours sur l’état de l’Union, prononcé hier au Capitole devant de nombreux parlementaires américains.

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Dès qu’il se montre relativement calme et posé, que ce qu’il dit apparaît le moindrement réfléchi, bref, pourvu qu’il s’en tienne à son texte, Donald Trump peut compter sur un réflexe spontané de sympathie d’un grand nombre d’Américains, un immense ouf ! de soulagement : il ne nous a pas fait honte.

Hier, il n’a certainement pas fait honte aux élus républicains qui ont ovationné son discours des dizaines de fois, hurlant même leur approbation quand il abordait des thèmes qui leur sont chers. Et dans ce sens, le président Trump ne s’est pas gêné : il s’est vautré dans le patriotisme et le conservatisme, au grand plaisir de ses électeurs. Avec lui, on se contente de peu.

Une observation que ceux et celles qui ont discuté avec Donald Trump font très souvent par la suite, c’est qu’il vit dans sa propre réalité, une « réalité alternative » où tout le monde partage son avis, où ses décisions sont basées sur des analyses exhaustives plutôt que des coups de tête et où – c’est lui qui l’a dit haut et fort – il regarde très peu de télévision.

C’est sur un aspect de cette réalité alternative que Donald Trump a levé le voile hier après-midi, en s’assoyant avec les présentateurs des principaux bulletins américains d’information. « Je veux voir notre pays uni. Je veux éloigner notre pays de l’énorme division qu’il vit. »

Réalité alternative

Donald Trump se voit comme un rassembleur, comme l’homme providentiel qui va réussir là où ses prédécesseurs ont échoué. Ce sauveur-là n’existe que dans sa réalité alternative. L’autre réalité, celle dans laquelle nous vivons tous, déborde d’incidents où le vrai Donald Trump est l’agitateur-en-chef, le diviseur par excellence.

Plus que quiconque, c’est lui qui a alimenté le questionnement sur le lieu de naissance de Barack Obama. La Constitution américaine n’est même pas claire – elle exige que le président soit un « natural born Citizen » –, mais les scholars, au fil des ans, ont convenu que le président doit être né aux États-Unis.

Dans le cas d’Obama, l’accusation n’était pas seulement ridicule, mais ouvertement raciste. Trump a poussé ce délire jusqu’à ce que la Maison-Blanche en vienne à produire le certificat de naissance complet du 44e président et même là, il lui a fallu des années pour s’en dire satisfait.

Entre-temps, il avait créé une génération de contestataires d’Obama, non pas de ses politiques ou de ses prises de position, mais de lui comme « homme qui a certainement quelque chose à cacher ».

« Je considérerais comme une grande réussite, si nous pouvions unir notre pays » : Trump encore, quelques heures à peine avant de prononcer son premier discours sur l’état de l’Union.

Insultes

Le même Trump qui non seulement insultait ses adversaires dans la course à l’investiture républicaine, mais les ridiculisait avec des surnoms : Ted « le menteur » Cruz, « Le p’tit » Marco Rubio, Jeb « faible énergie » Bush.

Fini ce temps-là ? Oh que non ! En novembre, Elizabeth Warren, la sénatrice démocrate du Massachusetts, était Pocahontas ; Bob Corker, le sénateur républicain du Tennessee, critique à son égard, est devenu « le p’tit Bob » ; la sénatrice démocrate de la Californie n’est que « Dianne Feinstein la sournoise » et même l’ancien directeur de sa campagne présidentielle, Steve Bannon, tombé en disgrâce n’est plus que « Sloppy Steve ».

Donald Trump en agitant le drapeau américain, en exigeant le respect de l’hymne national et en promettant toujours plus d’argent aux militaires pense qu’on lui pardonnera ses petits dérapages mesquins. Il en faudrait tellement plus.