/misc
Navigation

Il y a un monde entre Fugueuse et Unité 9

Coup d'oeil sur cet article

Les rares fois où je fais l’éloge d’une émission de TVA, il se trouve toujours des lecteurs pour me traiter de « vendu » ou pour me souligner qu’évidemment, « je ne peux mordre la main qui me nourrit ». Voilà pourquoi je m’abstiens parfois d’écrire sur TVA, même si « l’empire » (un autre mot courant dans le vocabulaire de mes détracteurs) ne m’a jamais cogné sur les doigts et m’a toujours laissé la plus entière liberté.

C’est bizarre, mais quand je dis du bien d’une émission de Radio-Canada, de Télé-Québec, de V ou de TV5, aucun lecteur ne m’abîme de bêtises, même si tous ne sont pas toujours d’accord avec mes propos.

Depuis la diffusion du troisième épisode de Fugueuse à TVA, à 21 h le lundi soir, le débat s’est animé au sujet des scènes que montre cette série troublante écrite par Michelle Allen. Hier matin, par exemple, à l’émission de Paul Arcand au 98,5, Pierre Curzi se demandait si les images osées de la série n’étaient pas là juste pour mousser la cote d’écoute. Mario Dumont, de son côté, les trouve nécessaires pour que l’émission soit crédible.

À FAIRE CHAVIRER LE COEUR

J’ai revu les troisième et quatrième épisodes de cette minisérie de dix. Avec encore plus d’intérêt que la première fois, étant plus attentif aux détails de la réalisation d’Éric Tessier et aux images très réalistes, presque documentaires, de Pierre Gill.

Les parents qui ont vu leur fille fuguer ont sûrement le cœur qui chavire en regardant le sort de Fanny, jouée par l’étonnante Ludivine Reding. Quant à moi, j’ai revécu avec émotion une fugue semblable d’une de mes petites-filles. Elle fut sauvée du pire par le bon sens de ses parents et le personnel compréhensif d’un centre jeunesse.

Même si le cheminement de Fanny est prévisible, le scénario intelligent de Michelle Allen maintient l’intérêt. Ses dialogues, ni trop verbeux ni trop minimalistes, sont d’une grande justesse. Je crois entendre les ados que je fréquente. (Quant aux sous-titres pour les malentendants, ils sont bourrés de fautes et de signes inutiles !)

DES SCÈNES ESSENTIELLES

Rien à reprocher au jeu des comédiens, adroitement dirigés par Tessier. Claude Legault nous fait oublier « Ben » Chartier de 19-2. Quant à Jean-François Ruel (Damien) du groupe Dead Obies, on oublie vite qu’il est avant tout rappeur et musicien.

Les scènes de nudité sont vraiment nécessaires pour que Fugueuse soit plausible et fasse réfléchir. Elles sont aussi très soutenables, étant traitées avec discrétion et dans le respect évident des jeunes protagonistes de la série.

LA SRC SE FOUT DE LA RÈGLE

Je me suis élevé à quelques reprises dans cette chronique contre les scènes d’Unité 9 parce qu’elles frisent la pornographie et qu’elles sont de surcroît présentées à 20 h, ce qui est contraire à une règle non écrite à laquelle se plient tous les diffuseurs, sauf Radio-Canada.

Si une série comme Fugueuse peut sans contredit mettre en garde les adolescentes tentées de fuguer et renseigner les parents sur les signes avant-coureurs d’une fugue, je ne crois pas que les scènes graveleuses et grossières d’Unité 9 éloigneront les femmes du crime et de la prison. Je me demande même si elles ne pourraient pas plutôt inciter les criminelles les plus tordues à retourner en prison !