/opinion/blogs/columnists
Navigation

La solution pour l’itinérance? Plus de logements, moins d’austérité

cure-claude-paradis
Photo Hugo Duchaine

Coup d'oeil sur cet article

Il y a trois ans, Montréal se prêtait pour la première fois au dénombrement des sans-abri présents sur son territoire. Des centaines de bénévoles ont alors arpenté les rues pour interroger ceux et celles qui dormaient dehors à propos de leur situation. L’exercice, bien qu’imparfait, a permis de mettre un chiffre sur une réalité complexe, un chiffre qui peut ensuite servir de référence pour tracer son évolution. L’an prochain, on reprendra en effet le compte. Par contre, comme ce travail n’a commencé qu’en 2015, il est difficile de voir l’effet réel et complet de l’austérité sur l’itinérance dans la métropole. Voilà qui est dommage car, comme le démontre un article du British Medical Journal (BMJ) qui s’est penché sur le cas du Royaume-Uni, il y a un lien direct entre les politiques de « rigueur » budgétaire et l’augmentation de l’itinérance.

Selon les auteurs, trois facteurs expliquent la hausse fulgurante qu’ils observent entre 2010 et 2017 au Royaume-Uni.  Pendant cette période, le nombre de ménages sans-logis reconnus passe de 50 000 à 78 000. La première cause est presque trop simple : la spéculation immobilière a rendu les logements privés inabordables. Le gouvernement a non seulement très peu encadré le marché, mais il n’a pas su non plus compenser par la création de logements sociaux abordables. Devant l’absence d’une alternative pour faire face à la hausse du prix des loyers, pas surprenant que plusieurs se tournent vers la rue.

Viennent ensuite les compressions dans la lutte à l’itinérance elle-même. Les subventions pour les refuges se sont raréfiées sous prétexte d’atteindre le plus rapidement possible l’équilibre budgétaire. Le même virage s’est opéré dans les services publics. Il en résulte un système qui, faute de moyens, a du mal à répondre aux besoins d’une population vulnérable. Une intervention hâtive fait pourtant souvent la différence entre une période d’instabilité temporaire et une situation qui perdure.

Finalement, et en lien avec la première raison, le gouvernement de la Grande-Bretagne s’est engagé dans une réforme de son programme d’aide sociale, réduisant les prestations associées au logement. Bien que les loyers augmentaient en moyenne de 2% par année, la hausse des subventions associées à cet élémaent était limitée à seulement 1%. Encore une fois, il n’est pas surprenant que la situation ait amené certaines personnes et familles à faire le non-choix de ne plus avoir de toit.

Faire fi des conséquences à moyen et long terme de leurs choix budgétaires est une pratique fréquente pour les gouvernements néolibéraux. Couper dans le soutien aux plus précaires, dans les programmes de logements sociaux et dans les services publics cause des dommages irréparables pour les personnes qui y perdent accès. L’insulte s’ajoute à l’injure quand on se rend compte, quelques années plus tard, que les sacrifices exigés des plus démunis se transforment en « cadeaux » pré-électoraux pour la classe moyenne, comme on l’a vu récemment au Québec avec les baisses d’impôt consenties par le gouvernement Couillard.

 

Pour ce qui est de l’itinérance, l’efficacité des stratégies « logement d’abord » est pourtant connue et reconnue depuis plusieurs années. Le principe est très simple : pour aider ceux et celles qui vivent dans la rue il suffit de... les loger, de leur offrir un toit permanent et stable. L’attitude paternaliste qui consiste à exiger que les personnes concernées arrêtent d’abord de boire, de consommer ou s’engagent à suivre une thérapie ou à subir des traitements avant d’avoir un toit n’est pas aussi efficace. Bien entendu, il est essentiel que des services et de l’accompagnement soient associés à l’initiative, mais il faut qu’ils le soient en respectant les personnes qui ont besoin d’aide. Il faut également que les ressources sociales et monétaires soient au rendez-vous, et qu’ils ne soient pas coupés au gré des volontés austéritaires des gouvernements au pouvoir. En quel cas, comme nous le montre l’exemple de la Grande-Bretagne, ce sont de vraies vies qui sont en jeu.