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Où va notre argent?

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Hier, mon collègue Richard Martineau se demandait, avec raison, si les Québécois n’étaient pas tombés sur la tête. Après tout, un sondage Léger-Le Devoir laisse entendre que nous préférons majoritairement confier au gouvernement la tâche de « réinvestir » en santé et en éducation, plutôt que d’accepter de recevoir des baisses d’impôts.

C’est pourtant loin de la réalité, si on se fie à un autre sondage, de la même firme, dévoilé hier. Mais au-delà des sondages, il faut comprendre une chose : les Québécois veulent avoir de meilleurs services. Mais ils ne veulent pas qu’on lance simplement de l’argent sur le problème. Ils s’accrochent à l’idée que, peut-être, un jour, leur argent va être bien dépensé et faire une réelle différence. Qu’on va enfin s’occuper des familles, des aînés, et qu’on va retaper nos vieilles écoles.

Salaires et régimes de retraite

Or, dépenser plus d’argent (ou « réinvestir ») en santé ou en éducation ne garantit pas nécessairement que nous aurons de meilleurs services, ou du moins, pas autant que nous le souhaitons. Pour la simple raison que livrer les mêmes services chaque année coûte de plus en plus cher.

Prenez l’éducation, par exemple. Malgré ce qu’on entend à gauche, au cours des dix dernières années, les dépenses publiques en éducation ont fortement augmenté, même corrigées pour l’inflation. Et ce, pendant que le nombre d’élèves diminuait dans les écoles ! Professeur(e)s : voyez-vous une différence dans votre quotidien ? Avez-vous soudainement un accès rapide et facile à des psychologues et autres spécialistes pour vous épauler avec les cas difficiles ? J’en doute.

Où va l’argent ? Un rapport de l’Institut Fraser, l’an dernier, montrait que sur chaque dollar dépensé en éducation au Canada, 74 cents servent à la compensation totale des employés – salaires, avantages sociaux et surtout, régimes de retraite. Au Québec, les comptes publics montrent également que le coût des régimes de retraite, entre autres, a bondi ces dernières années et représente une part importante de la hausse des dépenses en éducation­­­.

Bureaucratie

Et il y a la bureaucratie. Une analyse de Statistique Canada pour le compte de l’Association canadienne du personnel administratif universitaire, datant de 2010 et relayée à l’époque dans le Maclean’s, montrait qu’en 2010, au sein des 25 plus grandes universités canadiennes, 20 cents de chaque dollar du budget de l’enseignement et de la recherche était dépensé pour l’« administration centrale ».

En 1988, c’était seulement 12 cents pour chaque dollar. « Une part disproportionnée de nouveaux revenus a été utilisée non pour maintenir la qualité, mais pour élargir la bureaucratie centrale », écrivait l’auteur.

Des chiffres plus récents d’une association de facultés universitaires en Ontario montre que les salaires d’employés temps plein non-enseignants ont augmenté de 78 % de 2001 à 2014, corrigés pour l’inflation. Le gros de ces emplois est dans l’admi­nistration, à tous les niveaux.

L’éducation n’est qu’un exemple. La réalité est probablement similaire en santé ou dans les sociétés de transport en commun, deux autres domaines où des « réinvestissements » sont souvent réclamés.