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Histoires malicieusement noires

Suzanne Myre
Photo courtoisie, Eva-Maude TC

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Écrivaine maintes fois récompensée, la Montréalaise Suzanne Myre s’est en partie inspirée de son enfance à Montréal-Nord pour écrire les récits qui composent son nouveau recueil, L’allumeuse. Il est question de bedeau à l’esprit tordu, de sa classe de français avec Madame Paradis, de rencontres fatales et de situations cocasses.Suzanne Myre, avec une plume joyeuse, moqueuse, parfois cynique ou noire, parle de mariages ruinés, de maladie, d’infertilité, de désespoir, de lampions d’église et de l’allure de la rue Balzac.

Les souvenirs de son église de quartier, de sa polyvalente, des gens et de leurs habitudes trouvent parfaitement leur place dans ces courtes histoires pleines de malice, qui se passent toutes à Montréal-Nord.

« Ce livre a une tonalité un peu plus grave, [il est] différent de mes autres livres, plus sérieux, avertit Suzanne, en entrevue. Je suis connue pour avoir un ton caustique, sarcastique, drôle, comique. Mais quand tu lèves la couverture de l’humour, tu vois du monde qui s’arrache la tête, mais qui essaie­­­ d’être heureux dans la vie. Ce livre est un peu plus grave, peut-être à cause du sujet. »

<i>L’allumeuse</i></br>
Suzanne Myre</br>
Éditions Marchand de feuilles 216 pages
Photo courtoisie
L’allumeuse
Suzanne Myre
Éditions Marchand de feuilles 216 pages

Un « Pèlerinage »

La première nouvelle du recueil parle d’un bedeau aux mains longues et d’une petite fille qui met le feu à une église en allumant des lampions. Un sujet sorti tout droit de l’imagination de Suzanne Myre, qui n’a pas vécu de problèmes de ce genre. Par contre, enfant, elle a déjà créé une méga flamme dans l’église en mettant le feu aux bâtonnets de bois qui servent à allumer les lampions. Ouf.

Ce recueil de nouvelles s’est construit petit à petit, au fil des ans. Mais il a pris une couleur définitive lorsque Suzanne Myre a eu l’idée, un samedi d’automne, d’aller faire un « pèlerinage » avec son chum dans le quartier où elle a vécu jusqu’à l’âge de 20 ans.

« Montréal-Nord, c’était un endroit très agréable quand j’étais jeune, dans les années 1960 et 1970. C’est comme je le dépeins dans L’Allumeuse : on jouait dans la rue, c’était convivial, c’était familial. Ça a changé au cours des ans. »

En passant devant l’école Saint-Vincent-Marie, l’église, la rue Balzac où elle vivait, elle a eu un choc. « C’était tellement déprimant... la maison de mon enfance est toute décrépite. J’ai rencontré une voisine qui m’a tout raconté les potins. Je suis rentrée à la maison quasiment en dépression », commente-t-elle.

« Je suis allée à la petite bibliothèque où j’ai commencé à lire... qui m’apparaissait tellement grande et qui est en réalité miniature. Je suis retournée voir la polyvalente Calixa-­Lavallée, qui m’est apparue comme une espèce de bunker en ciment, vraiment laid. »

« Boucler la boucle »

Quand elle est rentrée à la ­maison, elle a décidé que toutes les ­histoires du recueil allaient se passer à ­Montréal-Nord et allaient prendre la couleur de Montréal-Nord. « J’avais besoin de le sortir de moi : je me suis rendu compte qu’une partie de moi était restée là et qu’en allant faire une visite finale, que j’ai close par un ­hamburger chez Dic Ann’s, ça a été une façon de boucler la boucle. »