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Les plaisirs littéraires de Philippe Delerm

Les plaisirs littéraires de Philippe Delerm
Photo Hermance Triay

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Dans Et vous avez eu beau temps ?, qui vient tout juste de paraître, l’écrivain français Philippe Delerm s’est amusé à traquer toutes les petites phrases du quotidien qui sont loin d’être parfaitement innocentes. De notre côté, on s’est plutôt amusé à lui poser plein de questions !

Les plaisirs littéraires de Philippe Delerm
Photo courtoisie

 

 

Vous vous rappelez avec quel roman vous avez réellement commencé à aimer la lecture ?

En fait, c’est un souvenir très fort. Quand j’avais sept ans, le soir de Noël, je n’ai plus été capable de respirer. J’avais une maladie des bronches et on m’a envoyé dans le sud de la France où on pouvait soigner ce genre d’affection respiratoire. Dans le train qui m’amenait là-bas, j’ai lu Crin-Blanc de René Guillot [d’après le film d’Albert Lamorisse], une histoire d’amitié entre un enfant et un cheval qui se termine de façon assez inquiétante : le petit garçon s’accroche à l’encolure du cheval pour aller sur une île où les enfants et les chevaux sont toujours heureux... Ça a été ma première émotion de lecture et par la suite, jamais un livre ne m’a fait autant d’effet.

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Photo courtoisie

 

Lorsque vous ouvrez un livre, est-ce que vous accordez ­beaucoup d’importance à la toute première phrase ?

Oui, parce que c’est avec elle que tout commence. Certaines de ces phrases sont d’ailleurs célèbres. Je pense entre autres à « Longtemps je me suis couché de bonne heure » (Du côté de chez Swann, de Marcel Proust). Commencer ce livre absolument merveilleux avec une phrase aussi banale, c’est l’antiroman d’aventure par excellence ! Et puis il y a des phrases qui marquent : « Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189... » (Le Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier). J’aime l’emploi de ce passé simple avec ce qu’il a de mystérieux... Autre exemple, « Aujourd’hui, maman est morte » (L’Étranger, d’Albert Camus). Avec cette simple phrase, le ton est tout de suite très étonnant.

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Photo courtoisie

 

Dans Et vous avez eu beau temps ?, vous consacrez un court chapitre aux magazines qu’on a un peu honte de feuilleter et... qu’on lit seulement chez sa coiffeuse ! Dans le même ordre d’idées, y a-t-il un roman que vous avez préféré lire en douce ?

En fait, il y en a deux ! Il y a très ­longtemps, j’ai lu Love Story d’Erich Segal. À l’époque, il était un peu mal vu de lire ce genre de livre, car il était considéré comme commercial. N’empêche, j’ai pleuré comme une madeleine ! Comme beaucoup de gens, j’ai ensuite lu La vie sexuelle de Catherine M., de Catherine Millet. J’ai trouvé ça extrêmement désagréable, car le texte, rédigé d’un ton un peu docte, ne m’a pas du tout paru excitant.

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Photo courtoisie

 

Dans l’ensemble, vous aimez surtout les classiques ?

Les classiques, j’y suis venu assez tard. Je n’ai longtemps aimé que les livres de littérature contemporaine, mais de plus en plus, je reviens au 17e siècle avec Les Fables de Jean de La Fontaine et, surtout, Les caractères de Jean de La Bruyère. Dans cet ouvrage, il y a une espèce de concision et d’humour dont je me sens assez proche, et la musique de ses phrases m’a inspiré.

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Photo courtoisie

 

Vous pouvez nous parler du dernier roman que vous avez adoré ?

C’est le premier roman de la comédienne Isabelle Carré, qui s’intitule Les rêveurs. C’est un roman qui évoque très bien la trame des années 1970-1980, qui donne une perspective sociologique sur ces années de façon littéraire. Moi qui n’aime pas trop les romans, j’ai été bluffé par celui-ci !

Et de tous les livres que vous avez lus au cours de votre vie, quels sont vos coups de cœur absolus ?

Il y en a trois :

  • Un vagabond joue en sourdine, du Norvégien Knut Hansun. Un livre que j’ai beaucoup aimé. Il ne se passe ­absolument rien et en même temps, on veut savoir ce qui va se passer !
  • Du côté de chez Swann. De tous les Proust, c’est celui qui me plaît le plus.
  • L’inconnu sur la terre, de J.M.G. Le Clézio. C’est un livre que relativement peu de gens connaissent, mais pour moi, c’est le plus beau. Je l’offre à tout le monde.

Selon vous, y a-t-il un auteur qui mériterait franchement d’être ­redécouvert ?

Il y a un auteur dont le nom est ­immensément connu, mais qu’on ­associe souvent à la littérature ­jeunesse. C’est Charles Dickens. Il a produit une œuvre très abondante – je crois qu’il a écrit neuf tomes – et moi, je ris tout seul quand je lis Les aventures de ­monsieur Pickwick. Les nouvelles réunies dans Esquisses de Boz sont aussi à mourir de rire !

Étant donné que ce sera bientôt la Saint-Valentin, quelle histoire d’amour recommandez-vous ?

Je recommanderais bien Le Grand Meaulnes. J’ai lu cette histoire quand j’avais 12 ans et pour moi, ça reste le livre d’amour numéro un.