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Les X, ces négligés en colère

Enfin, les X – nés entre 1963 et 1982 – obtiennent un peu d’attention en politique. Depuis Mario Dumont et André Boisclair, aucun chef de parti au Québec n’est issu de cette génération. 
Photos courtoisie Enfin, les X – nés entre 1963 et 1982 – obtiennent un peu d’attention en politique. Depuis Mario Dumont et André Boisclair, aucun chef de parti au Québec n’est issu de cette génération. 

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Le parti des baby-boomers, le Parti québécois, fait de la place aux X !

Il est facile d’ironiser face au geste que Jean-François Lisée a posé hier : donner des promotions à ses élus issus de la génération X.

Après Véronique Hivon, devenue « vice-cheffe », les Pascal Bérubé, Sylvain Gaudreault, Stéphane Bergeron et Alain Therrien prendront du galon.

Il fallait lire le communiqué du PQ où l’on révélait systématiquement, à côté du nom des promus, l’année de leur naissance !

Des plans pour se faire accuser de « gérontophobie » ! Dans notre judiciocratie, un avocat pourrait songer à traîner le PQ devant les tribunaux pour discrimination en fonction de l’âge, art. 10 de la Charte québécoise. (Je blague !)

Bien que ces changements soient légitimes au moment où le PQ sait qu’il va perdre nombre de vieux routiers – mais aussi un X notable, Alexandre Cloutier (1977) –, toute l’opération exsude la réunion de remue-méninges. Comme bien des idées du chef péquiste.

Génération négligée

En même temps, on peut se dire qu’enfin les X – nés entre 1963 et 1982 – obtiennent un peu d’attention en politique.

Il faut le dire : ils ont depuis des décennies été négligés et regardés de haut; bloqués aux portes du marché du travail par des boomers pleins aux as, bardés de protections, notamment syndicales. (Du moins, c’est le récit qu’on se racontait jadis entre nous.)

D’ailleurs, au tournant des années 1980 et 1990, les livres de X en colère contre la génération de leurs parents se multiplient.

Pensons à L’Acceptation globale (Boréal) de Philippe Chauveau et François Benoît, pamphlet contre la génération du Refus global. « Ta Volvo contre mon B.S. ? » pouvait-on lire sur la couverture.

En 1992, François Ricard publie son fabuleux essai, La génération lyrique (Boréal). Ministre du gouvernement Bourassa II, Lise Bacon le cite au début 1993 dans un discours où elle pourfend « l’égoïsme des baby-boomers » et lance : « Que vaut donc une société qui n’a pas d’égards pour sa jeunesse. »

En politique, jusqu’à maintenant, la société québécoise n’a pas eu tellement d’égards pour les X. Peu d’entre eux ont jusqu’à maintenant dirigé des partis, et aucun, le gouvernement. Et ceux qui ont osé ne l’ont pas eu facile. Pensons à André Boisclair et Mario Dumont, rivaux en 2007.

Mario Dumont a porté le flambeau de sa génération avec courage, dénonçant, entre autres, l’iniquité des « clauses orphelins ». Mais en 2008, il a subi un rejet brutal.

Depuis, aucun chef de parti au Québec n’est issu de la génération X (Manon Massé est née en 1963. Voir mon « Carnet de la semaine » pour plus de détail.).

Revanche ou vengeance ?

En 2018, les X pourront prendre leur revanche. Les élections qui viennent auront ceci d’unique : les boomers, les X et les Y auront, électoralement, « un poids équivalent », notait François Gélineau, de l’Université Laval, en 2015.

Le professeur soulignait que « la génération X exercera pour la première fois la balance du pouvoir en 2018, et la conservera pendant les 15 à 20 années suivantes ». Voilà qui explique peut-être certains gestes du chef péquiste !

Quant à la génération X, cependant, le positionnement du PQ pour un État fort est risqué. Plus les X ont obtenu des positions, plus leur ressentiment à l’égard des boomers a décliné, me soulignait hier Stéphane Kelly, auteur de l’essai À l’ombre du mur (Boréal, 2011).

Et « cette colère semble maintenant s’être retournée contre l’État », me confiait l’ami Alec Castonguay, qui signait un excellent dossier sur la revanche des X en novembre dans L’actualité.

Une colère qui, parfois, compte tenu de l’aspect « le Québec, paradis des familles » (expression du fiscaliste Luc Godbout), peut avoir des côtés ingrats.

Mais elle pourrait avoir bien des incidences dans le scrutin à venir en octobre.

 

Le carnet de la semaine

Pauvres « X » !

Enfin, les X – nés entre 1963 et 1982 – obtiennent un peu d’attention en politique. Depuis Mario Dumont et André Boisclair, aucun chef de parti au Québec n’est issu de cette génération. 
Photo d'archives

Quand ils étaient jeunes, les X se faisaient dire que la jeunesse n’avait pas d’idéal, pas de sens collectif, pas de culture. Maintenant qu’ils ont atteint l’âge mûr, la société n’en a que pour les « milléniaux ». Et comment on les décrit dans le livre Le Code Québec (Éditions de l’Homme), de Jean-Marc Léger, Pierre Duhamel et Jacques Nantel : « La génération X, coincée entre celles des baby-boomers et des milleniums, n’aura été qu’une génération de transition. Peu nombreuse et précaire économiquement, la génération X porte bien son nom, car elle n’a pas une forte identité et aura eu peu d’influence sur les valeurs québécoises. » Très valorisant !

Milléniaux ou millénariaux ?

Comment Léger, Nantel et Duhamel (voir livre cité plus haut) présentent-ils les Y ? « La nouvelle génération des milleniums porte en elle le gène de la réussite. Ce sont les enfants rois qui sont devenus les consommateurs rois et qui se transforment maintenant en citoyens rois, jamais satisfaits et à qui rien ne résiste. » Ce n’est pas fini ! Elle serait « gagnante, plus ambitieuse, plus entrepreneuriale, plus bilingue, [...] plus égalitaire, plus écoresponsable et sans frontières. » Quelle idéalisation ! Au reste, selon le Grand dictionnaire terminologique, il faudrait écrire « millénariaux », car millénial « ne s’intègre pas au système linguistique du français puisqu’il est mal formé. En effet, millénial dérive de millénium, qui n’a pas en français le sens général de “période de mille ans”, comme c’est le cas en anglais ». Ils sont fabuleux, mais mal nommés. Na !

Le cas de Manon Massé

Enfin, les X – nés entre 1963 et 1982 – obtiennent un peu d’attention en politique. Depuis Mario Dumont et André Boisclair, aucun chef de parti au Québec n’est issu de cette génération. 
Photo d'archives

Née en 1963, la coporte-parole de Québec solidaire Manon Massé est-elle une baby-boomer ou une X ? Notre Bureau d’enquête, ne reculant devant rien, lui a lancé la question, à laquelle elle a répondu de manière sympathique : « Je n’ai jamais “fité” dans une case, alors celle-là n’est pas plus facile... J’ai hérité du sens de la responsabilité collective de l’après-guerre et mon esprit a été pollué pendant 35 ans par la sacralisation du “si tu veux, tu peux”. J’ai quelque chose de très millenium

dans mon sentiment d’urgence face à la sauvegarde de la planète, de la biodiversité. »

 

La citation de la semaine

« Monsieur Lisée [...] est prêt à créer un climat de chambardement et de confrontation dans le réseau [de la Santé] du Québec. » – Le ministre de la Santé Gaétan Barrette, à l’entrée du caucus libéral mercredi