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Rien d’une maman

<i>La petite fille en haut de l’escalier</i></br>
François Gravel</br>
Éd. Québec Amérique, 125 pages
La petite fille en haut de l’escalier
François Gravel
Éd. Québec Amérique, 125 pages

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On sauve les apparences, mais guérit-on jamais de son enfance ? François Gravel ose lever le tabou dans ce récit où il présente une mère – la sienne – dépourvue d’affection envers ses enfants.

François Gravel, qui a signé plus de 100 romans destinés aux adultes et aux enfants, est un auteur souriant qui a le sens de la légèreté distillée à bon escient. Avec La petite fille en haut de l’escalier, le ton un brin désinvolte demeure, mais le fond est bien plus grave et n’a rien de la fiction.

Mère inadéquate

La petite fille du titre, c’est sa mère. Une femme qui n’aurait pas dû être mère, mais qui aura six enfants. Elle leur imposera son strict souci d’elle-même, qui passe par le rappel constant du sacrifice qu’elle a fait en les mettant au monde.

Cette Martine est en fait indifférente aux émotions des siens. On le comprend dès le premier chapitre. ­Gravel raconte avoir longtemps expliqué cette manière d’agir par « l’époque », celle des « notions de psychologie rudimentaires », quand on ne croyait pas mal faire. « J’ai longtemps eu ce genre de réflexe. Je ne l’ai plus aujourd’hui », écrit-il d’entrée de jeu.

L’intérêt du récit de ­Gravel, c’est qu’il ne met pas en scène une ­antipathique marâtre ni une mère négligente ou excentrique dont la marginalité finit par nous séduire. Ce dont il parle, c’est d’une mère tout bonnement inadéquate. Il ne lui cherche pas d’excuses et se contente de raconter sa vie de manière nette et dépouillée.

Rédemption

Il faut dire que Martine a eu un passé vraiment particulier. À quatre ans, sa mère meurt et la famille est dispersée. Elle, elle se retrouve chez son oncle, le curé, où elle passera toute son enfance dans un ­presbytère. Le lieu est confortable, la nourriture est bonne, la fillette est fort bien traitée, mais l’affection n’a guère de place dans cet environnement.

Émotions mises à part, Martine aura finalement une jeunesse dorée et peut aspirer à un beau mariage. La vie ne tournera malheureusement pas ainsi. « Elle rêvait d’Outremont, elle vit à Hochelaga », écrit son garçon. Dès le lendemain des noces, elle regrette son nouvel époux. Et elle le fera savoir toute sa vie, qui sera très longue puisqu’elle ­mourra centenaire.

Le quotidien, dès lors, sera étriqué, le mari détesté, et toute tentative de gentillesse de ses enfants à son égard sera tuée dans l’œuf. « Nous étions condamnés à entendre ses lamentations et à ne jamais parvenir à la consoler. »

Sa rédemption, François Gravel la trouvera dans la lecture puis l’écriture, particulièrement de romans jeunesse, eux qui, il le sait trop bien, permettent de s’évader de milieux étouffants.

Ce témoignage est dur, même s’il est livré sans ­effusions. Mais il reflète une réalité dont on parle peu et qui soulève une vraie réflexion : doit-on tout pardonner à ses parents ?