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Entrevue de fond: 8 questions à Alex Harvey

Le fondeur Alex Harvey est l'un des meilleurs espoirs chez les athlètes québécois en vue des Jeux olympiques de Pyeongchang.
AFP Le fondeur Alex Harvey est l'un des meilleurs espoirs chez les athlètes québécois en vue des Jeux olympiques de Pyeongchang.

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MONTRÉAL | Comptant parmi les meilleurs espoirs chez les athlètes québécois en vue des Jeux olympiques de Pyeongchang, Alex Harvey a accordé une généreuse entrevue à l’Agence QMI.

Aucun sujet n’a été évité, que ce soit son objectif absolu d’obtenir une médaille olympique, sa retraite sportive prévue en 2019 ou encore son désir de fonder éventuellement une famille.

1. Quels sont tes objectifs clairs pour les Jeux olympiques de Pyeongchang?

«C’est sûr que c’est d’aller chercher une médaille. Il y a six épreuves de ski de fond aux Jeux olympiques. Ça donne quand même six belles cartes à jouer pour moi. Ce sont toutes des épreuves où j’ai remporté des médailles dans les deux dernières années. Le fait qu’il y ait six épreuves, ça réduit aussi la pression de devoir performer lors d’une journée en particulier. C’est étalé tout au long des Jeux. Mon épreuve préférée a toujours été le skiathlon, sur 30 kilomètres. Je le sais que c’est l’épreuve dans laquelle j’ai le plus de chances de gagner une médaille. En même temps, si on regarde l’an passé aux Mondiaux à Lahti, j’avais terminé cinquième à cette épreuve-là. J’étais vraiment déçu, car je l’avais échappé au niveau stratégique. Les skis, la forme physique, tout était là. Au moins, je m’étais bien rattrapé au 50 kilomètres, à la dernière journée des Mondiaux (avec la médaille d’or). À Pyeongchang, le skiathlon sera la première épreuve des Jeux. C’est mon épreuve préférée, mais honnêtement, les chances sont là pour moi dans les quatre courses individuelles.»

2.  A-t-on prévu apporter des changements en vue des Jeux olympiques?

«On ne voulait pas tomber dans le piège d’essayer quelque chose de différent lors de l’année des Jeux olympiques juste parce que ce sont les Jeux olympiques. On veut s’assurer d’avoir une routine qui est bien rodée. L’année passée, c’était la dernière année qu’on se permettait des changements. Moi, au niveau de l’équipement, j’ai changé de compagnie de skis. Cette année, nous sommes face à du connu. Maintenant, le but pour tout le monde, c’est d’avoir des Jeux olympiques de rêve.»

3. Qui seront tes principaux adversaires en Corée du Sud?

«Il y a le Suisse Dario Cologna qui, à Sotchi, avait gagné deux médailles d’or. Chez les Norvégiens, c’est certain qu’il faut surveiller Martin Johnsrud Sundby. C’est lui qui a remporté le cumulatif de la Coupe du monde lors des trois dernières années. Il y a le Finlandais Ivo Niskanen qui a été champion du monde, l’an passé. Faut aussi se rappeler que les Russes avaient monopolisé le podium au 50 kilomètres à Sotchi. Plusieurs pays peuvent prétendre à des médailles olympiques en ski de fond.»

4. Est-ce que les Jeux olympiques de Sotchi, il y a quatre ans, représentent ta plus grande déception en carrière?

«C’est certain. Jusqu’à l’an passé, 2014 avait été ma meilleure saison en carrière avec trois victoires en Coupe du monde. Durant la semaine qui avait précédé les Jeux de Sotchi, j’avais remporté une Coupe du monde. La semaine d’après, j’avais aussi gagné en Suède. C’est sûr que ç’a été une grosse déception, mais en même temps, on a beaucoup appris en tant qu’équipe. On a fait des changements dans l’équipe de fartage. On a amélioré notre support technique avec une machine pour structurer la base des skis. Ç’a été un peu la suite de Sotchi. On a ajusté le tir depuis... Mais en général, oui, j’ai des souvenirs assez noirs quand je pense aux Jeux de 2014.»

5. Comment on arrive à performer dans une discipline où règnent certains pays dont la culture sportive est complètement différente?

«Je pense qu’il faut être en mesure de tourner ça en notre avantage. Nous serons toujours un peu les "underdogs". Nous ne sommes pas les grands favoris et il y a peut-être un peu moins de pression sur nous. Aujourd’hui, mon nom est plus connu, c’est sûr. Mais quand nous sommes en Europe, quand nous sommes en Norvège spécifiquement, les gens vont parler des Norvégiens avant de parler des Canadiens. Quand on a une bonne performance, il y a soudainement plus d’attention sur nous. Mais quand on a une moins bonne performance, disons que ça s’oublie plus facilement que si c’était arrivé à un Norvégien... Aussi, en se retrouvant dans de plus petites équipes, le ratio entre le nombre d’entraîneurs et le nombre d’athlètes devient intéressant. Par exemple, les Norvégiens, en ski de fond, ont peut-être une quinzaine d’athlètes sur leur équipe nationale. De notre côté, nous sommes parfois quatre ou cinq.»

6. Qu’est-ce que tu penses du skieur alpin Erik Guay?

«Erik a été une grande source d’inspiration pour moi. Je me souviens qu’aux Jeux olympiques de Turin, en 2006, il avait terminé quatrième, tellement près du podium. Il était aussi passé tout près d’une médaille olympique à Vancouver, en 2010. Mais de passer près aussi souvent dans sa carrière, ça ne l’a jamais écrasé. Il a toujours réussi à se relever et à avoir de superbes performances. Un globe de cristal en super-G, deux titres de champion du monde. Il est aussi capable de mener une vie de famille à travers tout ça. C’est un super beau modèle pour les skieurs et pour tous les athlètes au Canada.»

7. La retraite sportive pour Alex Harvey semble envisageable après la Coupe du monde de 2019, à Québec. Est-ce bien le cas?

«Ça ressemble pas mal à ça. Ce n’est pas encore défini à 100 %. Plus que je me rapproche de ça, plus que ça devient la réalité pour moi. J’adore mon sport, j’adore m’entraîner, j’adore compétitionner, mais ce qui est de plus en plus lourd, c’est d’être éloigné de la maison pendant des longues périodes.»

8. As-tu le désir de devenir papa?

«J’ai deux amis qui ont eu leur premier enfant dans la dernière année. C’est sûr que ça fait un choc de voir des gars avec qui tu es allé à l’école qui sont rendus là. Mais l’idée de prendre ma retraite sportive, c’est surtout le fait de vouloir une vie normale. J’ai une blonde depuis maintenant neuf ans. Je ne l'ai pas vue beaucoup dans les dernières années. Je veux passer plus de temps avec elle, avec ma famille et avec mes amis.»

Fidèles complices

Les Jeux olympiques de Pyeongchang seront les deuxièmes et possiblement les derniers pour Alex Harvey. Pour l’occasion, le skieur de fond gâte les amateurs qui sont abonnés à sa page Facebook avec une série de capsules racontant sa vie.

Le fondeur Alex Harvey est l'un des meilleurs espoirs chez les athlètes québécois en vue des Jeux olympiques de Pyeongchang.
Photo AFP

 

Son père Pierre Harvey et son entraîneur des 15 dernières années Louis Bouchard, qui ont eu un impact déterminant dans sa carrière, se confient d’ailleurs, démontrant qu’ils sont aussi devenus deux de ses plus grands «fans».

«Je suis très très fier de lui, même qu’il m’émerveille, affirme ainsi Pierre Harvey, dans une vidéo vue quelque 200 000 fois. Souvent je me dis, il est donc bien bon. De voir son sang-froid durant la course, puis arriver à la fin et aller chercher ça... Il m’impressionne.»

«J’étais content la journée où je me suis rendu compte qu’il était meilleur que moi. Pour moi, c’était un cadeau, a poursuivi le paternel, qui a lui-même participé aux Jeux olympiques de Sarajevo, en 1984, et de Calgary, en 1988, en ski de fond. Peut-être même que ça l’a motivé à aller plus loin, à se dire, "moi mon père il a fait ça, et bien moi, je peux être encore meilleur que mon père".»

Depuis une quinzaine d’années, Pierre Harvey a vu tous les efforts et sacrifices de son fils pour atteindre les sommets. Il sait que ses cinq médailles, dont deux d’or, en Championnats du monde et que ses 27 médailles en Coupe du monde ont été chèrement gagnées.

«Je sais qu’il passe 23 heures par jour entouré d’experts et qu’il pense toujours à s’améliorer, a ajouté Pierre Harvey. C’est déjà tellement étouffant tout ce qu’il y a autour. Moi, j’essaie de lui donner un peu d’oxygène, c’est juste ça mon rôle.»

Un athlète minutieux

Son entraîneur Louis Bouchard sait aussi tout le travail qui se cache derrière les réussites de son protégé.

«C’est un athlète hyper professionnel, a-t-il témoigné dans une différente vidéo. Pour lui, tous les détails sont importants et sont liés à sa réussite.»

Bouchard se souvient de la ténacité dont a fait preuve le jeune Harvey lors de certains passages plus difficiles.

«Il y a eu une époque, vers 22-23 ans, il voulait des résultats et ça ne se passait pas (...) Quand tu y donnes toute ta vie, ça fait toujours mal.»

Des chances de gagner

Dans quelques jours, à Pyeongchang, Alex Harvey aura l’occasion de racheter ses Jeux de Sotchi, où il était l’un des favoris. Les problèmes de fartage de l’équipe canadienne et la tenue «exceptionnelle» de ses concurrents russes l’ont empêché d’obtenir les résultats espérés. Bouchard est confiant que cette fois-ci, les astres seront mieux alignés.

«On sait qu’on ne contrôle pas tout, a repris l’entraîneur. Je souhaite à Alex que la préparation se fasse comme prévu, qu’il ait du fun comme d’habitude et que la passion soit là. Juste le fait d’avoir tout ça, il aura des chances de gagner, c’est certain.»

Alex Harvey a déjà annoncé sa possible retraite pour le printemps 2019. D’ici là, il tentera d’ajouter une première médaille olympique à son illustre palmarès. Et le fondeur de 29 ans pourra encore une fois compter sur l’appui de ses fidèles complices.