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[AUDIO] Cette animatrice raconte comment elle a vécu l’anorexie

[AUDIO] Cette animatrice raconte comment elle a vécu l’anorexie
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L’animatrice de radio Karen Paquet a livré un vibrant témoignage vendredi dernier à propos de l’anorexie.

Elle a raconté son histoire liée au trouble alimentaire qu’elle a vécue dans la Commission Gendron sur les ondes d’Énergie 98,9.

Voici quelques déclarations marquantes

«Moi, quand ça a commencé, j’avais à peine 18 ans. Mon chum venait de me laisser pour une fille qui portait du trois ans. C’était bien révélateur, ça. [...] Il s’est senti mal après, je pense, quand il a vu le résultat quelques années plus tard. C’était l’élément déclencheur. Et il y a quelqu’un, qui ne me connaissait pas, qui est passé dans un stationnement en me demandant, en me criant après: “t’es-tu enceinte, toé?”»

«Vous ne vous rendez probablement pas compte de l’importance des mots que vous avez prononcés ou écrits à cette personne-là. [...] Les commentaires qu’on fait, des fois on ne les fait pas nécessairement méchamment ou on ne pense pas que ça va avoir cet impact-là, mais ça peut l’avoir.»

«Ç’a commencé graduellement, j’ai décidé d’arrêter de manger de la viande... Ç’a été assez rapide. Ç’a été sur une période de deux semaines où j’ai perdu énormément de poids. Il y avait le stress de fin de session... Je coupe la viande, j’en viens à manger un repas par jour, le souper. Je mentais sur ce que je mangeais. Je jetais la moitié de mes lunchs. Mes lunchs n’étaient pas vraiment gros, je vais te l’avouer.»

«Je maigrissais, et là tout le monde me disait: “Hein! Comment t’as fait? Ça te fait bien!” Tout ce que j’avais, c’était du positif. Les gens me valorisent parce que j’ai perdu du poids. Ça a marché. J’avais vengeance sur mon ex qui sort avec une fille qui porte du trois ans. Je gagne sur toute la ligne. J’ai de l’attention, je me sens mieux. Il n’y a aucun côté négatif à ce moment-là.»

«Ç’a été une perte de poids, d’un 30 livres en moins d’un mois. Ça n’avait pas de bon sens. Pour continuer à conserver ce poids-là, je ne pouvais pas recommencer à manger normalement. T’es dans une spirale. Tu continues, tu continues, tu continues... Ça ne s’en va pas. Tu ne te vois pas aller.»

«Les messages sont toujours super positifs. Tu ne te rends pas compte que ça ne va pas jusqu’à un moment où il y a des gens qui me confrontent à l’école en disant: “Je pense que t’as un problème. Veux-tu, on va t’aider?” Moi, je ne voulais rien savoir. “De quoi tu te mêles? Mêle-toi de tes affaires. Tout va bien.”  Ç’a été dans le temps de Noël où on m’a prononcé le mot “anorexie”. Je le savais, intérieurement, que j’avais un problème. Ça n’allait pas bien. Toute la journée, ce que je pensais, c’était à manger.»

«J’étais en contrôle, selon moi. Je contrôlais tout. Je réussissais à l’école. Je pogne avec les gars. Tout marchait. Je ne voyais pas l’effet négatif jusqu’à ce que tu te rendes compte... Bon, le matin, je ne déjeunerais pas. Je vais prendre huit cafés pour survivre jusqu’au midi. Là, au midi, je vais manger avec des gens à l’école, mon plat n’est pas gros, je me sens mal, je vais en jeter la moitié, mais furtivement. Tu te rends compte que tu te caches toujours. Tu ne manges pas avec les autres. Tu ne vas pas dans les partys. T’es très solitaire. Moi, je m’isolais beaucoup.»

«Quand j’ai terminé le collège radio télé, je m’en allais aux Escoumins et, ensuite de ça, à Baie-Comeau. Je me disais que la maladie allait rester à Québec. [...] À ce moment-là, j’avais conscience que j’avais un problème, mais je n’étais pas prête à le régler. [...] C’est lorsque je me suis ramassée dans un milieu beaucoup plus petit, isolé de ma famille, de mes amis, personne ne me voyait aller ou à peu près, je pouvais faire ce que je voulais. Les gens là-bas ne me connaissaient pas, ils ne savaient pas ce que je faisais ou comment j’étais avant. Ils m’ont connue comme ça. Pour eux, c’est normal.»

«La première fois où j’ai essayé de me faire vomir, là, j’ai su que ça ne marchait pas. J’ai appelé à Québec, à la Maison l’Éclaircie, et je leur ai raconté ma vie de la dernière année. Quand l’intervenante m’a dit: “Karen, est-ce que tu sais qu’en ce moment, ton cœur bat moins vite. J’aimerais que t’ailles à l’hôpital pour prendre tes signes vitaux.” Je dis: “Hein? Ben voyons donc.” Moi, je ne voulais pas mourir, là. Je ne voulais pas que mon cœur batte moins vite. Je voulais juste être mince et être heureuse. C’était juste ça que je voulais. Là, ça me rendait un peu moins heureuse, je vais t’avouer.»

«J’avais des black-out en char, j’avais de la misère à faire des phrases. J’avais étudié toute ma vie pour être animatrice de radio et je ne pouvais plus faire une phrase. Je magasinais avec mon amie, puis je commençais un bout de phrase et je le finissais. Je la regardais, puis je disais: “Ça n’a pas de bon sens, ce que je viens de te dire, hein?” Elle disait: “Non!” Le cerveau ne marchait plus.»

«Je vais toujours me souvenir de cette phrase-là. Ma mère, à chaque matin, me demandait si je voulais déjeuner. Je disais tout le temps “non”. Un matin, je ne sais pas ce qui m'a pris, je lui ai dit “oui”. Elle me disait: “Hein? Tu veux déjeuner?” Elle est partie faire des toasts, elle capotait. J’ai regardé ça et je me suis dit: “Ça n’a pas d’allure.” La réaction qu’elle a, là, elle devrait l’avoir quand je lui dis “non” à chaque jour.»

«Je suis revenue à Québec pour me faire soigner. J’avais des veines d’éclatées dans les yeux tellement que les vomissements étaient violents. Il fallait que je mente sur la raison pourquoi j’avais les yeux en sang...»

«On m’a référée au PITCA, un programme pour les troubles alimentaires qui est associé au CHU de Québec, un programme fantastique, qui offrait un programme de jour. Donc, moi, je passais mes semaines là-bas. Je revenais à la maison à tous les soirs. On prenait le déjeuner, la collation, le dîner. On y allait étape par étape. Il y avait des gens qui étaient hospitalisés qui étaient avec nous. J’ai rencontré la mort pour la première fois. Elle s’appelait Julie. Julie, elle avait des os que je ne savais même pas qui existaient. Je ne voulais pas être comme elle. Je voulais vivre. Je ne voulais pas mourir.»

«L’anorexie, la boulimie, ce n’est pas une question de poids. C’est dans la tête. C’est le discours qu’on tient. [...] J’espère tellement que les professionnels de la santé sont au courant parce que moi, la première fois que j’ai consulté un médecin, il m’a dit que je n’étais pas anorexique et que j’étais dans mon poids santé.»

Pour écouter l’extrait complet: