/weekend
Navigation

Lumière sur la ville hôte des Jeux

Coup d'oeil sur cet article

Les Jeux olympiques représentent sans aucun doute l’événement sportif le plus prestigieux de la planète. Les meilleurs athlètes du monde s’y retrouvent. Mais les Olympiques sont aussi l’occasion, pour un pays, de se faire connaître au reste du monde. Depuis l’avènement de la télévision, c’est une vitrine inestimable qui met de l’avant une ville, une communauté et les efforts mis en œuvre pour faire partie de l’Histoire. Alors que tous les regards seront tournés vers les performances sportives dans les prochains jours, voyons comment se fait la couverture du pays hôte en marge des Jeux et l’impact qui en résulte.

C’est en 1936 que les premières images des Jeux olympiques ont été télédiffusées. Les Jeux avaient lieu à Berlin. La télévision en était à ses balbutiements. Les Allemands ont vu une opportunité de propager l’idéologie nazie. Hitler présidait d’ailleurs la cérémonie d’ouverture. Il faut attendre 1960 pour la première retransmission internationale des Jeux. Nous sommes alors à Rome. Quatre ans plus tard, on estime que 800 millions de téléspectateurs auraient capté les Jeux de Tokyo dans le monde.

« Accueillir les Jeux olympiques, c’est faire partie d’un club sélect, fait remarquer Jean Gosselin, stratège en communication corporative et consultant indépendant en marketing sportif, notamment. À Sotchi, Poutine voulait montrer la grandeur de la Russie. C’était une propagande claire. » Sotchi, les Jeux de la démesure... et du dopage. « Pour Pékin, en 2008, poursuit-il, les Jeux ont été la première véritable activité d’ouverture sur le monde. »

L’ouverture sur le monde. Ça s’inscrit dans le mandat de la société d’État, diffuseur officiel des Jeux. « Nous nous donnons le mandat d’offrir différents vecteurs, confirme Chantal Léveillé, rédactrice en chef, Sports et Olympiques à Radio-Canada­­­. Nous faisons toujours des profils d’athlètes, parlons de leur communauté, de la façon dont ils sont appuyés. Mais il y a aussi un aspect culturel à partager. Nous sommes reçus par un pays hôte. Il faut le faire connaître, transposer ce qui s’y vit, ce qui s’y passe. Une partie de notre contenu y est dédié, en parallèle à l’aspect sportif. »

L’hôte dans ses apparats

C’est dans ce créneau que les documentaires La Corée de mon père (rediffusion 8 février 20 h à RDI) ont été diffusés. « C’est pour ça qu’à pareille date, l’année dernière, Guy Daoust s’est rendu en Corée du Sud pour tourner ses Carnets de Corée, des capsules de 2-3 minutes diffusées pendant les Jeux, ajoute Chantal Léveillé. Il s’est rendu dans des marchés, dans un temple bouddhiste, à Séoul aussi et sur l’île de Jeju où se trouvent les dernières pêcheuses en apnée à mains nues. Une tradition développée en temps de guerre qui tend à se perdre. On veut montrer où et comment vivent les Sud-Coréens­­­, ce qu’ils mangent, leurs valeurs et traditions qui sont confrontées à une volonté de modernisme, car c’est un pays aussi très techno.

Guy Daoust
Photo courtoisie
Guy Daoust

Pendant la couverture des Jeux, en après-midi, Alexis De Lancer nous fera découvrir les lieux entourant Pyeongchang tout en revenant sur les moments importants de la compétition (diffusée en direct pendant la nuit – conséquence du décalage horaire). Il apprend le coréen afin de pouvoir se débrouiller et communiquer avec la population. » Un exercice qu’il avait fait en animant son émission en direct d’une plage de Rio lors des Jeux d’été. Jean-René Dufort sera aussi sur place pour nous présenter sa Corée avec son regard incisif. Et comme les Jeux d’hiver, contrairement aux Jeux d’été, sont loin des grands centres, les équipes ont un défi supplémentaire, étant donné les distances, pour nous offrir une carte postale juste et diversifiée de ces lieux de villégiature.

Jean-René Dufort
PHOTO JEAN BERNIER PHOTOGRAPHE INC
Jean-René Dufort

« Il est difficile de mesurer les retombées à court terme de la visibilité que procurent les Jeux, note Jean Gosselin. Les retombées sont plus à long terme. Mais actuellement, le marché mondial se tourne vers l’Asie. L’émergence se fait en Chine, en Inde, au Japon. La Corée du Sud envoie le message qu’elle est là. Les Jeux sont une vitrine. » Selon l’organisation des Jeux olympiques, les Jeux de Londres en 2012 auraient eu des retombées de 15 milliards de dollars US au pays. Près de 25 000 médias avaient alors couvert l’événement. Six ans plus tard, ce chiffre risque de gonfler avec la multiplication des plateformes.

Avoir bonne presse

Est-ce qu’un pays hôte impose ses exigences quant à la couverture qu’on en fait? « Non, affirme Chantal Léveillé, rien n’est dicté. Et notre équipe de nouvelles, dont font partie Anyck Béraud et Pascal Poinlane, a le mandat de faire l’état des lieux de façon objective. » Le code du Comité olympique est clair, les médias doivent pouvoir œuvrer en toute liberté. En plus, la situation politique est trop importante. Et la question du dopage aussi.

Anyck Béraud
Photo courtoisie
Anyck Béraud

« Ce qui pose problème, ce sont les coûts qui sont liés aux Jeux. Maintenant, il faut qu’il y ait acceptabilité sociale, observe Jean Gosselin. Le contexte des infrastructures, la planification et la réutilisation des lieux sont des facteurs qui contribuent à l’acceptabilité. On l’oublie, mais notre Parc olympique est un des équipements les plus occupés de toutes les infrastructures au monde. » Cette organisation­­­ contribue à donner­­­ bonne presse au pays hôte.

Tout comme le contexte social, politique et économique. La position de la Russie face à l’homosexualité n’avait rien d’avantageux, bien au contraire. « Les Jeux de Rio ont été entachés par les scandales financiers, la corruption. Inversement, les Jeux de Vancouver ont attiré l’attention sur l’Ouest canadien, ajoute Jean Gosselin. Et le jour où il y aura des Jeux dans un pays africain, ce sera tout un statement. »

La Corée du Sud a beaucoup à gagner du portrait que brosseront les médias lors des Jeux. Les Américains ont remis leur présence en question à cause des tensions politiques qui règnent sur le territoire. Mais Sud et Nord-Coréens marcheront côte à côte.

« Quand arrivent les Jeux olympiques, il y a des reportages qui reviennent toujours, observe Jean Gosselin. Est-ce que les travaux seront finis à temps, le manque de bénévoles ? Pyeongchang seront les premiers Jeux où nous pourrons mesurer si les scandales, du dopage notamment, auront un impact sur l’enthousiasme et le volume d’écoute. »


► Les Jeux olympiques de Pyeongchang se déroulent du 9 au 25 février. Ici Radio-Canada suivra les compétitions en direct.