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Cellulaires: la sainte paix

Yondr
Photo courtoisie, overyondr.com

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Mon nouveau héros s’appelle Graham Dugoni.

Ce n’est pas un chanteur, un danseur, un auteur ou un compositeur : c’est un inventeur.

Ce jeune entrepreneur américain a eu la plus belle idée depuis le pain tranché : ça s’appelle Yondr et c’est une pochette dans laquelle on glisse son cellulaire et qui le rend i-nu-ti-li-sa-ble pendant la durée d’un spectacle.

Alléluia, le jour de gloire est arrivé ! On va enfin avoir la paix, la sainte paix !

Suffisait d’y penser !

La technologie Yondr est super efficace, super brillante et, comme beaucoup d’idées géniales, super simple. C’est une housse munie d’une sorte de serrure automatique. En arrivant dans la salle, les spectateurs doivent mettre leur téléphone en mode vibration et les glisser dans l’étui. Une fois qu’ils sont dans le périmètre du spectacle, l’étui se verrouille automatiquement. Si les spectateurs sentent leur appareil vibrer et pensent que c’est une urgence, ils sortent de la zone verrouillée et accèdent à leur cell. Voilà tout !

Avec ces pochettes Yondr, qui sont utilisées lors des spectacles de l’humoriste Chris Rock ou du musicien Jack White, plus personne ne va nous emmerder en textant, en filmant, en photographiant ou en envoyant des émojis de pizza en plein milieu d’une performance artistique.

Si je rencontrais Graham Dugoni, je lui sauterais au cou pour le remercier d’avoir eu cette idée.

J’ai bien hâte que Yondr soit utilisée dans toutes les salles de spectacle et tous les événements au Québec.

Je suis tout simplement écœurée de voir ces zombies du cell, ces accros du SMS, incapables de s’abandonner et de profiter d’un divertissement.

En même temps, comme j’ai un jeune enfant, je ne voudrais pas non plus être incapable de prendre l’appel de la gardienne s’il y avait une urgence à la maison en plein milieu du dernier spectacle de Martin Matte, juste au moment où il fait un monologue sur la superficialité de Facebook.

Rencontre intime au musée

Le week-end dernier, je suis allée au Musée d’art contemporain de Montréal voir la magnifique expo consacrée à Léonard Cohen.

Dans la salle où sont projetés des extraits de spectacle, j’étais assise à côté d’une inconnue, émue aux larmes, comme moi. À un moment, nos regards se sont croisés. On s’est souri, longuement. On était, pour utiliser un mot que n’aurait pas renié le spirituel Cohen, en « communion », touchées en plein cœur par la poésie de Cohen.

Si nous avions toutes deux eu un cellulaire vissé devant le nez, aurions-nous partagé cet instant de magie ?

Mise en demeure ?

J’ai dit que j’aimerais bien que Yondr soit imposé partout au Québec. Mais je m’attends au pire.

Récemment un ado de 15 ans a envoyé une mise en demeure à sa commission scolaire pour se plaindre que l’on confisquait le cell de ses camarades. Imaginez comment des adultes vont réagir, s’ils sont en sevrage de leur cellulaire pendant 90 minutes.

Un recours collectif ? Une commission royale d’enquête ?

Môman, j’ai le douaaaaaaaaa !