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Une présidence sûre d’elle-même

Le président Donald Trump lors d’une réunion à la Maison-Blanche hier
Photo AFP Le président Donald Trump lors d’une réunion à la Maison-Blanche hier

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Cette Maison-Blanche est peut-être sur les dents, comme différents auteurs l’ont récemment écrit. Les gens qui y travaillent se méfient possiblement les uns des autres et ils redoutent fort probablement le président lorsque les téléviseurs, allumés de manière continuelle, diffusent de mauvaises nouvelles pour le commandant-en-chef.

Sauf qu’à y arpenter les corridors et à entendre Donald Trump conserver ce ton provocateur de campagne électorale dans ses discours personnels – pas ceux qu’on lui a écrits et qu’il lit, mais les siens qu’il improvise fréquemment –, j’observe un homme de plus en plus confiant et en contrôle.

C’est vrai – Matthew Gertz l’a démontré pour Media Matters –, le président des États-Unis semble élaborer ses opinions non pas des rapports fouillés de ses services de renseignement ou de son extraordinaire réseau de diplomates, mais à partir des commentaires des animateurs et des invités de Fox & Friends, l’émission matinale de la chaîne Fox News.

C’est vrai aussi que, de toutes les plateformes qu’il pourrait utiliser pour présidentiellement s’adresser à ses compatriotes – une adresse à la nation du Bureau ovale, une conférence de presse à grande échelle, des interviews aux principaux journaux, radios ou chaînes de télé du pays –, Donald Trump a fait le choix de passer ses messages via Twitter, le réseau social qui le forçait jusqu’à récemment à limiter ses points de vue à 140 caractères.

Un pays, un parti, un chef

Ce n’est pas glorieux, je le reconnais. Ce qui l’est toutefois, c’est le succès qu’il a eu à faire rentrer dans les rangs les membres de son parti. Ceux et celles qui, d’abord en campagne présidentielle, puis aux premiers jours de sa présidence, se tenaient à distance, le qualifiaient de clown et le jugeaient trop vulgaire pour la Maison-Blanche se la sont fermée.

Il y a bien un sénateur ici et un gouverneur là qui osent encore le critiquer, mais Trump a gagné son pari.

Ce parti républicain qui vantait les vertus du libre-échange et favorisait une immigration, soit peu qualifiée (pour fournir aux entreprises une main-d’œuvre bon marché) soit au contraire hautement qualifiée (pour pourvoir les postes que les diplômés des écoles publiques sont incapables de remplir), ce parti-là a changé de peau.

Le candidat Trump a fait ressortir ce qu’on pourrait appeler « le républicain nouveau », un électeur qui ne ressemble ni à Ronald Reagan, ni aux Bush, père et fils, ni non plus aux leaders républicains qui ont mené la vie impossible à Barack Obama au cours de ses dernières années à la présidence.

Un électorat méconnaissable

Jonathan Swan d’Axios, l’influent site d’information en ligne, a adroitement ciblé ce à quoi correspond maintenant l’électorat républicain, celui du Trump Country : socialement conservateur, culturellement réactionnaire, mais fiscalement libéral. Ces républicains, qui la plupart du temps tirent le diable par la queue, sont attachés aux programmes sociaux, aux pensions de vieillesse (Social Security) et à l’assurance-maladie pour les plus démunis (Medicaid).

Ces électeurs croient qu’ils se sont fait avoir par la mondialisation, qu’une peine de prison est une peine de prison, qu’on parle trop espagnol autour d’eux et que des immigrants, il n’en faut pas moins, il n’en faut plus.

Cet électorat-là, Trump – le milliardaire new-yorkais, allez comprendre pourquoi – l’a parfaitement bien saisi. Et comme il est aussi épaulé par la bonne santé de l’économie américaine, il est tranquillement en train d’aligner derrière lui les autres républicains, ceux qui jusqu’à récemment encore le méprisaient.

D’où cette confiance de plus en plus perceptible chez Donald Trump. Les démocrates se voyaient (et se voient encore) triomphants en novembre aux élections de mi-mandat. Ce n’est pas gagné, je vous dis.