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La misère des riches

SYRIA-CONFLICT
Photo AFP

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Connaissez-vous les Lettres persanes de Montesquieu ?

Ce classique de la littérature publié en 1721 brosse un portrait décapant de l’Occident au XVIIIe siècle.

Montesquieu (l’une des figures majeures du Siècle des lumières) imagine les lettres que deux voyageurs perses de passage à Paris écriraient à leurs amis.

Leurs réflexions sur ce drôle de pays qu’ils ne connaissent pas et qui ne cesse de les surprendre par ses mœurs bizarres...

LA BOUCHE PLEINE

Ces temps-ci, je me dis que ça pourrait être drôle d’écrire un remake de ce classique.

Les Lettres persanes 2.

Les réflexions d’un Syrien qui débarque au Québec en 2018.

Le gars a vécu la guerre, il a vu sa femme et ses enfants mourir sous les bombes, il a connu la faim, la terreur, l’horreur.

L’enfer.

Pris en sandwich entre Belzébuth et Lucifer, les troupes de Bachar el-Assad et l’État islamique.

Ce nouvel arrivant (qui souffre d’un puissant stress post-traumatique) lit nos journaux, et que voit-il ?

Un premier ministre qui dit qu’on ne devrait pas utiliser le mot « humanité », car c’est sexiste.

Des transgenres qui veulent qu’on remplace les prénoms « il » et « elle » par « yel ».

Et des féministes qui pourfendent le milieu de l’art parce que « les murs des musées sont couverts de femmes déshabillées » (texte d’opinion publié dans La Presse il y a trois jours).

Vous imaginez les lettres que ce gars-là enverrait à ses amis ?

Pas sûr que cet homme partagerait notre douleur, notre indignation et notre révolte...

Vous savez ce qu’il se dirait ?

Qu’on se plaint la bouche pleine.

Qu’on est des maudits enfants gâtés.

Et qu’on a des problèmes de riches.

VRAIMENT ?

Plus je nous regarde et je nous écoute, et plus je nous trouve obscènes, insupportables, odieux.

La planète est à feu et à sang, et on se plaint parce que nos petits garçons non binaires et non genrés ne peuvent aller à l’école en robe et en talons hauts.

Comme disait Justin Trudeau à Edmonton : « Really ? Really ???? »

Petits bourgeois privilégiés avec des problèmes de petits bourgeois privilégiés.

Petits intellectuels blancs qui vivent à NDG et à Outremont, qui écoutent de la musique classique en mangeant des chips de kale et qui reçoivent de généreuses bourses pour écrire des thèses que personne ne lira sur le sexe des anges et la façon la plus politiquement correcte d’enculer des mouches.

Et quand on a honte de notre gros confort sale, on écrit un bel hommage à Che Guevara.

On se sent alors rebelle.

Hou que je suis révolté. Hou que je suis voyou.

Allez, hop, on ouvre notre ordi et on signe une pétition contre le machisme au Musée national des beaux-arts.

En défendant la liberté de porter le hijab, bien sûr.

On est ouvert ou bedon on l’est pas.

AU PARADIS

Mon ami Denis Gravel de la méchante Radio X à Québec ne cesse de me le dire : nos pseudo-problèmes sont des problèmes de riches.

« Ces faux débats sont la preuve que nous vivons au paradis », me répète-t-il chaque semaine.

Oui, mais...

Il y a des toiles de femmes nues dans les musées, Denis !!!